Ce Jour-là

Sacre des rois de France

Du temps du royaume des Francs puis de France, l'avènement du nouveau roi était légitimé par la cérémonie de son couronn

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Du temps du royaume des Francs puis de France, l'avènement du nouveau roi était légitimé par la cérémonie de son couronnement avec la couronne de Charlemagne à Notre-Dame de Reims. Cependant, le roi n'avait pas besoin d'être reconnu comme monarque français ; de par les lois fondamentales du royaume de France, le nouveau roi montait sur le trône automatiquement à la mort de son prédécesseur, cela étant symbolisé une première fois lorsque le cercueil du monarque précédent descendait dans la chapelle de la basilique Saint-Denis, et que le duc d'Uzès, premier pair de France, proclamait : « Le roi est mort, vive le roi ! ».

La partie la plus importante de la cérémonie du couronnement français n'était pas le couronnement lui-même, mais le sacre - c'est-à-dire l'onction d'une huile sainte sur le corps du roi. C'était ce qui différenciait le sacre des rois en France d'un simple couronnement, l’apposition de la couronne sur la tête du monarque étant le plus important des rituels dans d'autres royautés, contrairement à la France.

Le premier sacre d'un roi en France est celui de Pépin le Bref, principalement par alliance avec l'Église catholique pour assurer sa légitimité. Il est sacré une première fois en mars 752 par une assemblée d'évêques du royaume des Francs réunie à Soissons et sans doute conduite par l'archevêque de Mayence, Boniface. Le dimanche 28 janvier 754, il est sacré une deuxième fois à Saint-Denis par le pape Étienne II qui donne aussi l'onction à ses deux fils, et bénit son épouse Bertrade ou Berthe de Laon.

Le premier monarque français à être couronné et sacré dans la cathédrale de Reims est Louis le Pieux en octobre 816. Cela fut lié au premier roi de tous les Francs, Clovis Ier, baptisé en 496 (ou 499) par l'archevêque saint Remi à Reims. En 869 fut redécouverte dans la tombe du saint la Sainte Ampoule, plus tard ajoutée au rituel du sacre. L'huile miraculeuse passait pour avoir oint Clovis et avoir été amenée par une colombe descendue du ciel ; à partir de 1027, elle oint tous les rois francs puis de France à leur sacre, légitimant ainsi leur pouvoir de droit divin.

Le dernier sacre d'un roi de France fut celui de Charles X le 29 mai 1825 dans la cathédrale de Reims, où trente-trois souverains ont été sacrés en un peu plus de 1 000 ans. À partir des Ordines ad consecrandum et coronandum regem, des textes manuscrits de recueils liturgiques rédigés à Reims à la fin du règne de Saint Louis, on peut décrire précisément la liturgie de cette cérémonie.

Les insignes du couronnement comme le trône et le sceptre de Dagobert Ier ou la couronne et l'épée de Charlemagne ont été conservés dans la basilique Saint-Denis, près de Paris, et les instruments liturgiques à Reims comme la Sainte Ampoule et le Calice. Ils sont aujourd'hui encore partiellement conservés, surtout au Louvre et dans d'autres musées parisiens. La Sainte Ampoule était conservée dans un reliquaire ayant la forme d'une plaque ronde en or sertie de pierres précieuses et au centre de laquelle se trouvait une représentation en émail blanc de la colombe du Saint-Esprit, debout avec les ailes ouvertes et pointant vers le bas, dont la Sainte Ampoule formait elle-même le corps. Le reliquaire avait une lourde chaîne par laquelle il pouvait être porté autour du cou de l'abbé de l'abbaye de Saint-Rémi (où il était normalement gardé) quand ce dernier l'apportait, marchant pieds nus à la tête d'une procession de ses moines sous un dais porté par quatre gentilshommes à cheval, les otages de la Sainte Ampoule, de l'abbaye jusqu'aux marches mêmes du maître-autel de la cathédrale, où il remettait la relique à l'archevêque de Reims pour son usage dans le rituel du couronnement.

Les reines françaises furent sacrées avec leur mari à Reims ou seules à la Sainte-Chapelle ou à l'abbaye de Saint-Denis.

Le sacre a été pratiqué par l'Israël antique mais celui-ci n'en est pas l'inventeur : les archives diplomatiques d'Aménophis IV, à Tell El-Amarna, contiennent une lettre d'un roi syrien nommé Addou Nirari rappelant au pharaon vers 1500 avant Jésus-Christ, que le grand-père du roi d’Égypte « avait répandu l'huile sur la tête » de son aïeul ; la pratique de l'onction royale se retrouve à Ninive, Babylone, Damas, chez les Hittites. Le prophète Samuel emprunte donc le sacre aux pays voisins ; on ne saurait comprendre le sens du sacre des rois de France sans repartir des textes de l'Ancien Testament, particulièrement les Livres de Samuel, des Rois, des Chroniques et des Psaumes que les clercs récitaient au fil des offices tout au long de la semaine ; il est donc logique que l'idée que l'onction a pour effet de faire descendre l'esprit divin sur la tête de l'homme se soit répandu dans l'Occident chrétien. Les huiles étaient considérées dans le monde ancien, notamment par les Égyptiens, comme des substances divines, émanation de Dieu car substances solaires, qui graissent et illuminent à la fois. L'onction d'huile servait à consacrer les prêtres et si les rois d'Israël, n'étaient pas prêtres, ils participaient au sacerdoce. À la dimension sacerdotale, le sacre ajoute la dimension filiale : quand l'Esprit saint investit le roi, il en fait son fils adoptif : « Moi je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. » Investi de l'esprit de Dieu, le roi devient par le sacre l'oint du Seigneur, en hébreu meshiah, soit messie. Pour David et Salomon, seule l'onction, à l'écart de la foule, est mentionnée ; par la suite, la cérémonie se déplaça dans le Temple de Jérusalem et comporta la remise d'un diadème. C'est ce modèle qui inspira les penseurs et clercs de l'Europe chrétienne.

La question d'un sacre irlandais est débattue parmi les historiens : Michael Enright défend l'hypothèse d'une onction administrée par saint Colomba vers 574 au roi Aidan mac Gabrain. En revanche, l'existence d'un sacre des rois wisigoths d'Espagne est attestée, parfois mise en relation avec l'importance de la pensée politique d'Isidore de Séville, avec le canon 75 du Concile de Tolède IV de 633, qui assimile les rois aux « oints du Seigneur » ou avec la conversion au catholicisme du roi Récarède. Le premier sacre attesté est celui du roi Wamba en 672, mentionné par Julien de Tolède. Les écrits d'Isidore de Séville et la conception sacrée biblique et chrétienne de l’Espagne wisigothique ont pu être répandus en Gaule avec la vague de réfugiés chrétiens fuyant la péninsule ibérique. Le sacre wisigothique dans un contexte où l'hérédité ne dictait plus la succession royale ; il visait à établir fermement la légitimité et la inviolabilité de l'oint du Seigneur.

Quand le roi Pépin décida, avec le soutien de l'Église d'accéder à la royauté, il recourut à l'héritage biblique pour sacraliser la fonction royale. La Bible évoque maintes fois l'inviolabilité de celui qui a reçu l'onction ; de fait, de Pépin le Bref à Charles IX, la protection contre le régicide a été efficace, alors que les rois mérovingiens, sur une période beaucoup plus brève, furent assassinés à trois reprises. Comme David, Pépin le Bref n'était pas appelé à régner par sa naissance et comme lui, il reçut avec le sacre une promesse de pérennité : en novembre 751, à Soissons, après son élection par les Francs réunis, les évêques des Gaules le sacrèrent au nom de la sainte Église catholique en lui donnant la sainte onction, marquant son front avec de l'huile sainte, le Saint-Chrême, pour lui transmettre l'Esprit Saint — comme cela se faisait déjà lors d'une cérémonie chez les rois wisigoths de Tolède ou comme l'onction des rois d'Israël dans la Bible. Par cette onction, peut-être administrée par l'archevêque Boniface de Mayence, le roi des Francs fut investi par Dieu d'une mission de protection de l'Église. La pratique fut maintenue par ses successeurs jusqu'à Charles X.

Le roi est sacré par l'archevêque de Reims qui est assisté de quatre évêques suffragants de sa province ecclésiastique, de l'évêque de Langres ainsi que du chapitre de la cathédrale de Reims. L'ordre protocolaire des six évêques est le suivant :

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