Sacha Distel, né le 29 janvier 1933 dans le 13e arrondissement de Paris et mort le 22 juillet 2004 au Rayol-Canadel-sur-Mer (Var), est un chanteur, guitariste de jazz, compositeur et acteur français.
De religion juive et russe par son père, Lionia ou Loyina (Léonide), né à Odessa (1894-1970), Sacha Distel est aussi le neveu de Ray Ventura par sa mère, Andrée Ventura (1902-1965), également juive, sépharade de Turquie par son père, pianiste et ancienne lauréate du Conservatoire.
Son père arrive en France en 1917, au moment de la Révolution russe, pour y rejoindre son frère qui y possède une usine de produits chimiques. Il fait des études d'ingénieur chimiste avec l'intention de travailler dans l'usine de son frère mais celui-ci, en raison de difficultés financières, part vivre au Mexique. Loyina Distel devient alors garagiste, puis commerçant en produits électroménagers possédant deux magasins, l'un à Paris 8e, rue de Surène et l'autre à Saint-Ouen-sur-Seine.
Ses parents travaillant tous les deux, le jeune Sacha est mis au jardin d'enfants à l'âge de 3 ans et entre au cours préparatoire huit jours après. Il vit alors dans le 16e arrondissement de Paris, 34, rue Erlanger.
Il apprend le piano très jeune. Bien qu'il l'admire, il ne voit alors jamais son célèbre oncle Ray Ventura, souvent parti en tournée, sauf lorsque celui-ci installe son orchestre à Paris. Sacha Distel intègre, le temps d'un dimanche après-midi, son orchestre, y jouant du saxophone miniature. Adorant chanter et en particulier imiter Maurice Chevalier, en 1939, il participe à l'âge de 6 ans à un radio-crochet qu'il remporte.
Sous l'Occupation, la police française arrête sa mère le 7 février 1942, non pas parce qu'elle est juive, mais pour des raisons politiques. Elle est emprisonnée à la prison du Cherche-Midi, mais n'est pas déportée. Lors de l'arrestation de sa mère, alors qu'il a 9 ans, il espère pouvoir empêcher la police de l'emmener et se met à jouer du piano et à chanter. Sur l'initiative de son père, il est confié à Fernande Chaboche à La Baconnière en Mayenne. Il est caché comme treize autres enfants juifs par Constant Domaigné au collège de l'Immaculée-Conception, rue Crossardière à Laval, où il est enregistré sous le nom d'Alexandre Ditel, afin d'éviter la curiosité des militaires allemands présents dans les locaux du collège. Il reste au collège jusqu'à la libération de Laval au début d'août 1944 quand son père vient le chercher et retrouve sa mère lors de la libération de Paris.
À Paris, il entre au lycée Janson-de-Sailly, puis au lycée Claude-Bernard, où il est un élève moyen.
Grâce à son oncle Ray Ventura, Sacha Distel s'intéresse progressivement au jazz. Il assiste aux diverses répétitions et enregistrements de l'orchestre de celui-ci : Les Collégiens. En 1947, lors du tournage du film Mademoiselle s'amuse, dont son oncle est le producteur, il demande à Henri Salvador, guitariste de cet orchestre que l'on retrouve dans le film, de lui donner des leçons de son instrument, ayant deviné que c'était un puissant moyen de séduction auprès des femmes. Henri Salvador l'envoie s'acheter une guitare à Montreuil chez le luthier Di Mauro et Sacha devient son élève. À la rentrée scolaire 1947, il crée avec cinq camarades de son lycée Claude-Bernard les Noise Makers, un orchestre aux sonorités jazz Nouvelle-Orléans, dont il est le guitariste, répétant dans l'appartement familial de la rue Erlanger.
Ray Ventura, qui a eu vent de cela, lui propose de venir à une soirée à l'Alhambra l'hiver de 1948. Dizzy Gillespie y joue avec son orchestre. Entouré par Bruno Coquatrix, Paul Misraki, et André Hornez, Sacha découvre le bebop. Dans la salle, c'est une bataille d'Hernani.
Débuts comme guitariste de jazz
Dès le lendemain, Sacha Distel tente le tout pour le tout, en essayant de rallier les Noise Makers à sa nouvelle passion. Cette tentative scelle la fin de l'orchestre et donne naissance à deux groupes concurrents : les « Irréductibles » du style New Orleans de Guy Wormser et les « Aficionados » du cool jazz et du be-bop menés par Sacha Distel. En rencontrant Hubert Damisch, saxophoniste et fan de cool jazz (devenu depuis un historien de l'art), Sacha Distel monte le groupe qui lui permet d'entrer dans la cour des grands. Avec l'aide de Jean-Marie Ingrand (bassiste), Mimi Perrin (pianiste) et Jean-Louis Viale (batterie), ils décrochent à la Nuit du jazz du Coliséum le prix du meilleur petit orchestre moderne (Hubert Damisch et Sacha Distel récoltant, quant à eux, des prix en tant que saxophoniste ténor et guitariste). Le café-restaurant Sully d'Auteuil les engage pour jouer tous les samedis après-midi, Jean-Louis Durand lui propose de l'accompagner pour une tournée en Bretagne. Pour Sacha Distel, une fois obtenu le baccalauréat, c'est le début de la carrière de musicien, qui commence l'année d'après.
Il a 19 ans lorsque Ray Ventura l'expédie à New York, où il achète une guitare électrique, pour y apprendre l'anglais et découvrir le métier d'éditeur musical. Il y découvre les musiques de Stan Getz et Jimmy Raney. Il revient des États-Unis ivre de jazz, tout pétri de la musique noire du Birdland et de Greenwich Village. Il en rapporte aussi sa guitare électrique.
À son retour, il commence par être guitariste de jazz dans les boîtes de Saint-Germain-des-Prés et du Quartier latin, notamment le Caveau de la Huchette. Il côtoie le saxophoniste britannique Don Rendel. En 1955, il enregistre avec Lionel Hampton l'album French New Sound et avec John Lewis, le pianiste du Modern Jazz Quartet, Afternoon in Paris.
En 1956, Sacha Distel est considéré comme l'un des meilleurs guitaristes de jazz français et durant cette décennie, l'égal de grands guitaristes américains comme Tal Farlow, Barry Galbraith, Joe Pass ou Barney Kessel. Il joue avec Stéphane Grappelli, Roger Guérin, Bernard Vitet, Maurice Vander, Michel Portal, et bien d'autres. Il accompagne Juliette Gréco à Saint-Germain-des-Prés, également Sarah Vaughan et découvre Frank Sinatra. Il joue ainsi dans des clubs de jazz, de cool jazz, de be-bop où il accompagne des stars du moment débarquées à Paris comme Bud Powell ou Clifford Brown.
Chanteur et homme du show business
Ce travail d'accompagnateur de musiciens et chanteurs l'encourage à se lancer lui-même dans la chanson. Le titre Scoubidou le lance définitivement en 1959. Ce titre est au départ une pochade introduite dans un récital présenté au Casino d'Alger, en décembre 1958, avec un trio de jazz. Le refrain, « Des pommes, des poires et des scoubidous-bidous », inspiré du scat « shoo-bee-doo-be-doo », devient rapidement populaire.
En 1961, une mélodie, Marina (La Belle Vie) que Sacha Distel compose à la demande de Roger Vadim pour l'un des sketches du film Les Sept Péchés capitaux rencontre un beau succès. Les succès s'enchaînent : Personnalités en 1959, Mon Beau Chapeau en 1960, puis Quand on s'est connus.
Sacha Distel vit une idylle de l'été 1958 au printemps 1959 avec Brigitte Bardot, rencontrée une première fois en 1956 dans le studio musical à Paris rue Jean-Giraudoux après le tournage de Et Dieu... créa la femme dont il est chargé de surveiller l'enregistrement de la bande sonore du film.