Ce Jour-là

Sabri al-Banna

Militant palestinien, fondateur du mouvement terroriste Fatah-Conseil révolutionnaire

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Sabri Khalil al-Banna (en arabe : صبري خليل البنا), connu sous le nom d’Abou Nidal (en arabe : أبو نضال, en français : « le père de Nidhal »), né en mai 1937 à Jaffa et mort le 16 août 2002 à Bagdad, est le fondateur du Fatah-Conseil révolutionnaire (Fatah-CR), un mouvement palestinien dissident plus connu sous la dénomination d’Organisation Abou Nidal. Au faîte de sa puissance, dans les années 1970-1980, cette organisation extrémiste en conflit ouvert avec Yasser Arafat s'est spécialisée dans l'assassinat des dirigeants palestiniens modérés, défenseurs d'un dialogue avec la gauche israélienne, et dans les opérations anti-juives.

Abou Nidal a créé le Fatah-CR en octobre 1974, à la suite d’une scission avec le Fatah de Yasser Arafat au sein de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Agissant sous sa propre bannière, Abu Nidal aurait ordonné des attentats dans 20 pays, tuant plus de 300 personnes et en blessant plus de 650 autres. Le groupe a en particulier perpétré les attentats des aéroports de Rome et de Vienne le 27 décembre 1985, au cours desquels des hommes armés ont, simultanément dans les deux aéroports, ouvert le feu sur des passagers aux comptoirs d’El Al, tuant 20 personnes. Le groupe périclite dans les années 1990.

Selon Robert Fisk l'organisation Abou Nidal fonctionnait aussi comme un groupe mercenaire. Certains États arabes, tout particulièrement l'Irak, l'utilisait ponctuellement pour des missions à l'étranger. Patrick Seale, qui a consacré une biographie à Abou Nidal, révèle que celui-ci aurait même travaillé pendant un certain temps pour le Mossad israélien.

Abou Nidal est mort des suites d’un (ou de) tir(s) d’arme(s) à feu dans sa maison de Bagdad en août 2002. Des sources palestiniennes ont affirmé qu’il a été tué sur ordre de Saddam Hussein, alors que les autorités irakiennes ont soutenu qu’il s’était suicidé au cours d’un interrogatoire. Après l'invasion américaine de l'Irak des documents révélés dans la presse montrent que les services de sécurité irakiens pensaient qu'Abou Nidal travaillait pour les États-Unis.

Abou Nidal est né en mai 1937 à Jaffa, sur la côte méditerranéenne de ce qui était alors la Palestine sous mandat britannique. Son père, Hajj Khalil al-Banna, possédait 24 km2 d’orangeraies entre Jaffa et Majdal (aujourd’hui Ashkelon en Israël) (p. 45-46), (p. 57 pour les orangeraies). La famille vivait luxueusement dans une maison en pierre de trois étages près de la plage, devenue plus tard un tribunal militaire israélien (p. 45-46; 122-123 pour image du tribunal).

Muhammad Khalil al-Banna, le frère d’Abou Nidal, a raconté à Yossi Melman (en) :

« Mon père était l’homme le plus riche de Palestine. Il vendait environ 10 % des récoltes d’agrumes expédiées de Palestine en Europe – surtout en Angleterre et en Allemagne. Il possédait une résidence estivale à Marseille en France et une autre à Alexandrette, ville alors syrienne et plus tard turque, ainsi que de nombreuses maisons en Palestine même. La plupart du temps, nous vivions à Jaffa. Notre maison avait environ vingt chambres et, nous autres enfants, nous descendions nager dans la mer. Nous avions également des écuries avec des chevaux arabes et l’une de nos maisons à Ashkelon avait même une grande piscine. Je pense que nous étions alors la seule famille palestinienne possédant une piscine privée (p. 45).

[...] Le kibboutz nommé Ramat HaKovesh a jusqu’à maintenant un terrain appelé « le verger al-Banna ». Mon frère et moi en avons conservé les titres de propriété même si nous savons très bien que ni nous, ni nos enfants, n’avons aucune chance de le récupérer (p. 47). »

La prospérité de Khalil al-Banna lui permit d’avoir plusieurs épouses. Dans une interview accordée à Der Spiegel, Abou Nidal a indiqué que son père avait 13 épouses, 17 fils et 8 filles. Yossi Melman écrit que la mère d’Abou Nidal fut sa huitième épouse (p. 46). D’autres sources indiquent qu’elle fut la seconde épouse. Elle avait été l’une des servantes de la famille, une jeune-fille alaouite de 16 ans, mais aurait été en réalité une danseuse de cabaret devenu servante pour approcher le père. La famille désapprouvait ce mariage, selon Patrick Seale, et en conséquence Abou Nidal fut méprisé par les aînés de sa fratrie. Par la suite, leurs relations se sont arrangées (p. 58).

En 1944 ou 1945, son père l’a placé au collège des Frères de Jaffa (en), un établissement scolaire français des Frères des écoles chrétiennes où il étudia une année (p. 47). Son père est décédé en 1945 quand Abou Nidal avait sept ans et la famille chassa sa mère de la maison (p. 58). Ses frères lui firent quitter le Collège des Frères et l’inscrivirent dans une prestigieuse école musulmane privée de Jérusalem, aujourd’hui connue sous le nom d’école élémentaire Umariya (en). Il y étudia pendant deux ans (p. 48).

Le 29 novembre 1947, l’ONU a approuvé la résolution 181 validant le plan de partage de la Palestine en un état arabe et un état juif, Jérusalem étant placé sous contrôle international. Des combats éclatèrent immédiatement et l’interruption de l’agrumiculture affecta les revenus de la famille (p. 48). À Jaffa, il y eut une pénurie alimentaire, des explosions de camions piégés et un bombardement au mortier par l’Irgoun. Yossi Melman écrit que la famille al-Banna avait eu de bonnes relations avec la communauté juive, mais c’était la guerre et les relations ne les aidèrent pas (p. 48-49). Le frère d’Abou Nidal raconta à Yossi Melman :

« Mon père était un ami proche d’Avraham Shapira, un des fondateurs de l’organisation d’auto-défense juive Hashomer. Il lui rendait visite à sa maison de Petah Tikva ou bien Shapira nous rendait visite à cheval à notre maison de Jaffa. Je me souviens aussi que nous rendions visite au Dr Weizmann [qui deviendra plus tard premier président d’Israël] dans sa maison à Rehovot (p. 48-49). »

Juste avant que les troupes israéliennes ne conquièrent Jaffa en avril 1948, la famille s’était réfugiée dans sa maison près de Majdal. Mais les milices juives conquirent également cette ville et la famille dut à nouveau s’enfuir. Cette fois, elle s'installa au camp de réfugiés de Bureij dans la bande de Gaza, alors sous contrôle égyptien. Yossi Melman écrit que la famille y a passé neuf mois, vivant sous des tentes, dépendant de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) pour des rations d’huile, de riz et de pommes de terre (p. 49). Cette expérience eut un profond impact sur Abou Nidal (p. 49), (p. 59).

Installation à Naplouse puis en Arabie saoudite

L’expérience commerciale de la famille al-Banna et l’argent qu’ils avaient réussi à emporter avec eux, leur permirent de se relancer dans les affaires, écrit Yossi Melman (p. 49). Ils avaient toutefois perdu leurs orangeraies, qui faisaient désormais partie du nouvel état d’Israël qui avait déclaré son indépendance en mai 1948. La famille déménagea à Naplouse en Cisjordanie, à l’époque sous contrôle jordanien (p. 46). Abou Nidal y acheva ses études secondaires en 1955 et adhéra au parti nationaliste arabe Baas (p. 100). Il aurait exercé le métier d'enseignant pendant un temps. Et il commença des études supérieures d’ingénieur à l’université du Caire, mais les interrompit au bout de deux ans, sans avoir obtenu de diplôme (p. 50).

En 1960 il partit pour l’Arabie saoudite, où il s’installa comme peintre et électricien, et travailla comme intérimaire pour l’Aramco (p. 50), (p. 64). Il resta proche de sa mère et lui rendit visite chaque année, à Naplouse depuis l’Arabie saoudite, comme l’a raconté son frère à Yossi Melman. C’est en 1962, lors d’une de ces visites, qu’il rencontra son épouse, dont la famille s’était également enfuie de Jaffa. Le couple eut un fils et deux filles (p. 51).

Abou Nidal n’était souvent pas en bonne santé, si l’on en croit Patrick Seale, et il avait tendance à porter des blousons à fermeture éclair et de vieux pantalons, et buvait du whisky chaque soir vers la fin de sa vie. Il devint, toujours selon Patrick Seale, « maître en dissimulation et subterfuge, n’accordant sa confiance à personne, solitaire et sur la défensive, [vivant] comme une taupe, à l’abri des regards » (p. 56). Ses connaissances disaient qu’il était capable de travailler dur et avait le sens des affaires (p. 57). Salah Khalaf (Abou Iyad), le numéro deux du Fatah, qui sera assassiné par l’Organisation Abou Nidal en 1991, le connaissait bien à la fin des années 1960, quand il le prit sous son aile. Il a raconté à Patrick Seale :

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