Le sabordage de la flotte allemande se produisit dans la base de la Royal Navy à Scapa Flow (une baie de l'archipel des Orcades, dans le nord de l'Écosse) après la fin de la Première Guerre mondiale en 1919 mais avant la signature du Traité de Versailles afin d'éviter que ces navires soient livrés aux marines des puissances victorieuses.
Onze cuirassés, cinq croiseurs de bataille, huit croiseurs et vingt-cinq destroyers de la Hochseeflotte avaient été internés à cet endroit selon les termes de l'Armistice du 11 novembre 1918, et les négociations sur l'avenir des navires se poursuivaient. Craignant qu'ils ne soient partagés entre les marines alliées, le chef de la flotte (le vice-amiral von Reuter) ordonna aux équipes de gardiennage allemandes de les saborder.
Le sabordage fut réalisé le 21 juin 1919. Pour les sauver, les gardes britanniques des navires réussirent à en échouer quelques-uns sur la plage, mais 52 des 74 navires coulèrent. La plupart des épaves furent renflouées et envoyées à la ferraille ; la grande profondeur, leur position sur le fond et sûrement le manque de rentabilité scellent le sort des sept navires restant. Celles qui restent attirent aujourd'hui les plongeurs et sont une source de low-background steel.
Le sabordage coûta la vie à 9 soldats allemands.
Au total, 11 cuirassés, 5 croiseurs de bataille, 5 des 8 croiseurs et 32 des 50 destroyers internés furent sabordés.
Réactions britannique et allemande
L'amiral de la Flotte Rosslyn Wemyss, Premier Lord de la Mer de la Royal Navy, déclara à la suite du sabordage : « Je vois le naufrage de la flotte allemande comme une véritable bénédiction. Il dispense de la question épineuse future au sujet de la redistribution de ces navires. »
Pour autant, Ludwig von Reuter et 1 773 autres membres d'équipage furent déclarés prisonniers de guerre. Alors que la plupart des prisonniers furent rapidement relâchés, von Reuter resta prisonnier en Grande-Bretagne jusqu'en janvier 1920.
L'amiral Reinhard Scheer, dernier chef d'État-major de la Marine impériale allemande, fut profondément marqué par les mutineries de Kiel au début de novembre 1918 et déclara : « Je me réjouis. La souillure de l'abandon a été rayée de l'écusson de la flotte allemande. Le naufrage de ces navires prouve que l'esprit de la flotte n'est pas mort. Ce dernier acte est conforme aux meilleures traditions de la marine allemande. »[réf. souhaitée]
Pour diverses raisons (épaves exceptionnelles et bien préservées , contexte historique, environnement écologique...et peut être un brin de patriotisme britannique) plonger sur les épaves de Scapa Flow est considéré comme un sommet par les plongeurs récréatifs britanniques (sous l'égide du très sérieux et quelque peu élitiste British Sub-Aqua Club) . Ces plongées ne sont pas à la portée de tous, ni techniquement (profondeur , paliers de décompression, eaux froides pièges propres aux épaves) ni financièrement (combinaison de plongée "sèche" ou chauffante, équipements de haut niveau, prix des prestations de clubs locaux). Ces épaves sont autorisées à la plongée récréative (n'étant pas considérés comme des "tombes de guerre" contrairement à l'épave du cuirassé HMS Royal Oak coulé par un sous marin allemand dans cette même rade de Scapa Flow en 1940.
1987 : Scapa Flow, Le tombeau des Flottes réalisé par Christian Petron.
Juin 1919 - Le sabordage de la flotte allemande de Martin Koddenberg
Scapa Flow : le tombeau de la flotte allemande, épisode 1 de Mystères d'épaves, réalisé par Franck Guérin et Kévin Sempé.
Sabordage de la flotte française à Toulon
Sabordage de la flotte danoise à Copenhague
(en) Ludwig von Reuter, Scapa Flow : The Greatest Scuttling of All Time, Londres, Hurst & Blackett, 1940.
(de) Friedrich Oskar Ruge, Scapa Flow 1919 : Das Ende der deutschen Flotte, Berlin-Est, Oldenbourg, 1969.