Sándor Ferenczi, né Sándor Fränkel le 7 juillet 1873 à Miskolc et mort le 22 mai 1933 à Budapest, est un neurologue et un psychanalyste hongrois. Membre de la première génération psychanalytique, il est le fondateur, en 1913, de l'Association psychanalytique hongroise. D'abord considéré par Freud comme son « paladin et vizir secret », il est mis au ban de la communauté psychanalytique dès 1932, avant d'être réhabilité à partir des années 1980, notamment grâce à Michael Balint qui traduit en anglais et publie son œuvre.
C'est Wladimir Granoff qui le fit connaître en France en 1958 au cours d'une conférence intitulée : « Ferenczi, faux problème ou vrai malentendu ».
Sándor Ferenczi naît le 7 juillet 1873 à Miskolc, dans le nord-est de la Hongrie, fils de Bernát Fränkel, Polonais d'origine juive né à Cracovie, arrivé à l'âge de 18 ans en Hongrie, et de Rose Eibenschütz, également d'origine polonaise. Il est le huitième enfant d'une fratrie de douze. Son père est libraire, éditeur d'écrits patriotiques et imprimeur. La famille « magyarise » son nom en 1879, alors qu'il a six ans. Il fréquente le lycée protestant de Miskolc où il est un élève studieux. Son père meurt en 1888 et sa mère reprend l'entreprise familiale. Il fait ses études de médecine à partir de 1891 à Vienne, où il loge chez son oncle paternel et retrouve son frère aîné, Zsigmund, ingénieur chimiste près de Vienne et collègue de l'époux de Melanie Klein. Il est diplômé en 1894 et effectue son service militaire, puis s'installe à Budapest, où il travaille comme interne à l'hôpital Saint-Roch de Budapest, puis en 1900, il devient neurologue à la maison des pauvres Elisabeth. Il ouvre son cabinet et publie des articles cliniques dans la revue Gyógyászat, éditée par le médecin Miksa Schächter et plus tard dirigée par Lajos Levy, l'un des fondateurs de l'Association psychanalytique hongroise. Son premier article, publié en 1899, est intitulé « Spiritisme ». Alors qu'il a lu L'Interprétation du rêve en 1893, dans la perspective d'en rendre compte dans Gyógyászat, il renonce à son compte rendu, estimant que cela n'en valait pas la peine.
Ferenczi lit l'ouvrage de Carl Gustav Jung, Diagnostische Assoziation Studien et invite son auteur à Budapest, le 3 mai 1907. Puis il rencontre Sigmund Freud à Vienne, en compagnie de C. G. Jung le 2 février 1908. Le 28 mars Ferenczi fait une conférence sur « les névroses à la lumière des recherches de Freud » et de la psychanalyse, destiné à un public de neurologues, dans lequel il s'appuie sur la théorie freudienne et la technique jungienne d'association d'idées. Il fait publier des textes psychanalytiques dans la revue littéraire Nyugat fondée en 1908 par Ignotus (en) qui en est le rédacteur en chef. Ferenczi donne plusieurs conférences au cercle Galilée. Il entretient une dense correspondance avec Freud, de 1908 à 1933, en allemand. Il participe à la première rencontre internationale, prélude à la création de l'Association psychanalytique internationale, à Salzbourg en 1908, et présente un exposé sur l'éducation des enfants, « Psychanalyse et pédagogie ». Il devient membre de la Société psychanalytique de Vienne et réalise des analyses. Jung et Ferenczi accompagnent Freud aux États-Unis, dans le cadre d'une invitation de l'université Clark de Worcester, dans le Massachusetts, qui organise un cycle de conférences pour son vingtième anniversaire en juillet et septembre 1909.
Ferenczi souhaite dès cette époque créer une association psychanalytique hongroise, il prépare aussi la création d'une association internationale, prévue pour le congrès international de Nuremberg les 30 et 31 mars 1910, et dont Carl Jung devient le premier président. Jung, « fils aîné » et « non-juif » est suisse, son élection permet donc de limiter l'influence du groupe viennois, dont Freud donne la direction à Alfred Adler. Ferenczi présente à Nuremberg une conférence intitulée « L'histoire du mouvement ». Il y compare le mouvement psychanalytique à une famille, « où le père ne détient pas une autorité dogmatique, mais seulement celle que lui confèrent ses capacités et ses actes », tandis que Freud s'exclut de la direction officielle, tout en gardant le contrôle des rouages. Freud confie à Ferenczi et Otto Rank, la rédaction en chef de l'Internationale Zeitschrift.
En août 1910, S. Freud et Ferenczi séjournent à Paris, puis en septembre, ils voyagent en Italie, à Rome, Naples, Syracuse et Palerme, dernière étape, où se manifeste un différend entre les deux hommes : alors qu'ils avaient prévu de travailler ensemble sur la paranoïa, thème sur lequel Ferenczi a déjà écrit un article, Freud propose à Ferenczi de prendre en notes ses élaborations sur les Mémoires d'un névropathe de Daniel Paul Schreber. Ferenczi refuse cette fonction de secrétaire, et Freud décide de travailler seul durant le reste de leur séjour. Ferenczi fera régulièrement référence à l'« Incident de Palerme » pour évoquer ce qu'il considère comme un « malentendu persistant » entre Freud et lui, et qui constitue, selon Yves Lugrin, « l'épreuve, après coup édifiante, d’un “trauma fondamental” », tandis que Freud, lorsqu'il relate ce voyage en Italie à Carl G. Jung, évoque « l'attitude infantile » de Ferenczi à son égard. Les propos de Freud ont été repris par de nombreux psychanalystes contemporains. Toutefois cette image dévalorisée de Ferenczi fut relativisée par certains auteurs.
Le « comité secret » est créé en 1912, à la suggestion d'Ernest Jones, après le départ de Wilhelm Stekel et d'Alfred Adler du cercle freudien, et en prévision de la rupture avec Carl Jung qui est définitive en 1913. Outre Jones, le comité comprend à cette date Sándor Ferenczi, Otto Rank, Hanns Sachs, et Karl Abraham, puis Max Eitingon en 1919.
Ferenczi oscille durant une grande partie de sa vie entre deux relations amoureuses entre lesquelles il n'arrive pas à choisir : Gizella Pálos et sa fille Elma. Il est engagé dans une relation avec Gizella Pálos, qui appartenait au cercle relationnel de la famille Ferenczi à Miskolc alors qu'il était un enfant et qu'elle était jeune mariée. Leur rencontre à l'âge adulte de Ferenczi date de 1909. Ferenczi a 36 ans et est célibataire, Gizella quant à elle, alors âgée de 44 ans, est mariée et mère de deux filles, Elma, âgée de 22 ans, et Magda, 20 ans, qui épouse Lajos, un frère cadet de Ferenczi cette année-là. Ferenczi et Gizella Pálos entament une relation amoureuse, et en 1910, le couple, rend visite à Freud à Vienne, accompagné d'Elma que Ferenczi psychanalyse, puis qu'il envoie se faire psychanalyser par Freud en janvier 1912. Elma revient à Budapest six mois plus tard et Ferenczi la reprend en analyse. Sigmund Freud pour sa part est très actif dans les élaborations de cette relation, il accepte d'analyser Elma, et conseille à Ferenczi d'épouser Gizella, ce que celui-ci ne cessera de lui reprocher. Ferenczi prend la décision d'épouser Gizella en 1917, celle-ci acceptant de se marier avec lui en 1919, après son divorce, non sans avoir sollicité auparavant l'accord d'Elma. Ferenczi analyse son transfert négatif à l'égard de Freud, qui l'a poussé à renoncer à l'union avec la femme jeune, Elma, qui aurait pu lui permettre d'avoir des enfants pour une union raisonnable avec Gizella, au bénéfice de l'« accueil compréhensif » que lui procure celle-ci.
Création de l'Association psychanalytique hongroise
Sándor Ferenczi crée en 1913 une association hongroise de psychanalyse. Le bureau comprend István Hollós, Lajos Lévy, Sándor Radó, Hugo Ignotus (en) et Anton von Freund. La rupture entre Freud et Carl Jung, « fils aîné » est consommée en 1913. Jung démissionne de la présidence de l'Association psychanalytique internationale la même année, et Karl Abraham le remplace.
Lorsque Ernest Jones décide de faire une analyse didactique, c'est à Budapest qu'il la fait, avec Ferenczi, en juin et juillet 1913. Lou Andreas-Salomé fait, elle aussi, le voyage de Budapest pour faire la connaissance de Ferenczi.
Sándor Ferenczi est d'abord affecté comme médecin-auxiliaire dans l'armée territoriale en juillet 1914, son âge lui évitant d'être envoyé au front, puis il est mobilisé et incorporé en tant que médecin militaire dans la cavalerie, à Pápa en fin d'année. Il traite des névroses de guerre. Il travaille à un ouvrage qui sera publié sous le titre de Thalassa en 1924. Il est muté à l'hôpital Maria-Valéria de Budapest en 1916, chargé d'un service de neurologie traitant les névroses de guerre, thème sur lequel il donne une conférence devant les médecins de l'hôpital, publiée dans Zeitschrift, dans laquelle il envisage une origine traumatique aux névroses de guerre. Il reprend également son travail de médecin conseil ainsi que l'exercice psychanalytique en cabinet privé. Il obtient une permission mi-juin 1916 qui lui permet de se rendre à Vienne pour faire une analyse de trois semaines avec Freud, à raison de deux séances par jour, puis une troisième analyse de deux semaines à raison de trois heures par jour. La correspondance publiée des deux hommes permet d'en reconstituer des éléments.