Le Rwanda, en forme longue la république du Rwanda (en kinyarwanda : Repubulika y'u Rwanda, en anglais : Republic of Rwanda, en swahili : Jamhuri ya Rwanda), surnommé le « pays des mille collines », est un pays d'Afrique de l'Est. En 2026, la population du pays comptait 14 803 020 habitants. Le Rwanda étend ses 26 338 km2 dans la région des Grands Lacs. Il partage des frontières avec, au nord, l'Ouganda, à l'est, la Tanzanie, au sud, le Burundi, et à l'ouest, la république démocratique du Congo. Sa capitale Kigali est située au centre du pays.
Les Rwandais parlent le kinyarwanda, et vivent dans les collines qui constituent la localisation de référence des habitats. Les Banyarwandas, le groupe culturel du pays, et de la région, est divisé en trois sous-groupes, les Twa, les Hutu et les Tutsi, qui constituent respectivement 1 %, 84 %, et 15 % de la population. Le Rwanda est établi comme un royaume au XVe siècle dirigé par des rois Tutsi avant de devenir une partie de la colonie allemande de l'Afrique orientale allemande en 1885. Après la défaite de l'Allemagne à l'issue de la Première Guerre mondiale, le territoire fait partie de la colonie belge du Ruanda-Urundi en 1923. Les deux puissances coloniales pratiquent une politique pro-Tutsi à travers la monarchie et engendrent du ressentiment dans la majorité Hutu. La révolution rwandaise mène à la chute de la monarchie, la création d'un gouvernement républicain dominé par des Hutu, et l'indépendance du pays en 1962 sous le président Grégoire Kayibanda. Lors d'un coup d'État en 1973, Juvénal Habyarimana lui succède et continue une politique pro-Hutu. Après l'assassinat de Habyarimana en avril 1994, le pays connaît le génocide des Tutsis qui se termine en juillet 1994 par une victoire militaire du Front patriotique rwandais (FPR), un groupe rebelle dirigé par des Tutsi provenant de l'Ouganda, menant une guerre civile contre le gouvernement de Habyarimana depuis 1990. Le président actuel du pays est Paul Kagame, un ancien commandant du FPR en fonction depuis 2000. En 2003, il promulgue une nouvelle constitution mettant fin aux discriminations. Il est souvent qualifié de dictateur par des observateurs.
Le Rwanda est membre de nombreuses organisations internationales dont l'Organisation des Nations unies (ONU) depuis 1962, l'Union africaine (UA) depuis 1963, la Communauté d'Afrique de l'Est depuis 2007, le Marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA), l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) depuis 1970 ou encore du Commonwealth depuis le 29 novembre 2009.
En français, les graphies Ruanda et Rouanda ont aussi été utilisées avant l'indépendance en 1962 pour désigner le pays.
Époque pré-coloniale et coloniale
Le premier monarque connu du Rwanda est Gihanga, de la dynastie des Banyiginya, qui devient, vers 1091, souverain (mwami) du pays. Le Rwanda est alors une confédération de clans. La population rwandaise pré-coloniale est structurée en une vingtaine de clans composés d'éleveurs (les Tutsi), d'agriculteurs (les Hutus majoritaires) et d'artisans (les Twa). Les Twa sont issus des populations pygmées qui peuplaient primitivement la région. Le clan est la référence identitaire de chaque Rwandais. Chaque clan avait un chef nommé mwami issu d'un lignage patriarcal. Un des clans, dirigé par un lignage tutsi, dominait la région et son mwami était considéré comme le roi du Rwanda. Les populations parlaient la même langue, le kinyarwanda, partageaient la même religion, pouvaient parfois se marier entre elles et pouvaient passer d'une caste à l'autre par une faveur du mwami comparable à l'anoblissement. L'application de la notion d'ethnie à ces populations est critiquée. Ce système clientéliste parfois qualifié de féodal était basé sur la possession de troupeaux ou de terres. Cette structure était concrétisée par un chef du bétail, un chef des terres et un chef militaire.
Le Royaume du Rwanda, gouverné par le clan tutsi Nyiginya, est devenu le royaume dominant à partir du milieu du XVIIIe siècle, s'étendant par un processus de conquête et d'assimilation, et atteignant son apogée sous le règne du roi Kigeli Rwabugiri en 1853–1895. Rwabugiri a étendu le royaume à l'ouest et au nord, et a lancé des réformes administratives qui ont provoqué un fossé entre les populations hutu et tutsi. Celles-ci comprenaient uburetwa, un système de travail forcé que les Hutus devaient accomplir pour retrouver l'accès aux terres qui leur avaient été confisquées, et ubuhake, en vertu duquel les patrons tutsis cédaient du bétail à des clients hutus ou tutsis en échange de services économiques et personnels.
En 1885, la conférence de Berlin attribue le Rwanda à l'Empire allemand. Les premiers Européens à pénétrer au Rwanda, en 1892 et 1894, sont Oscar Baumann et Gustav Adolf von Götzen. À leur arrivée, les colonisateurs, allemands puis belges, trouvent une société qui ne correspond pas aux critères européens et décident de classer les populations en fonction de caractéristiques comme leurs activités ou leur apparence physique. Ils sont en particulier impressionnés par la monarchie rwandaise tutsi et assimilent les Tutsi en général à la cour royale et à une « race » supérieure. Les colonisateurs décrivent les Tutsi comme plus grands, plus beaux et plus aptes à diriger.
L'administration coloniale s'appuie donc sur les Tutsi, au détriment des mwami des clans hutu. L'ancienne distinction entre Hutu et Tutsi s'exacerbe, les Hutu étant considérés comme inférieurs dans la société coloniale. L'accès aux avantages, à l'enseignement et aux postes administratifs est réservé prioritairement aux Tutsi. Les termes de « Hutu » (roturier) et de « Tutsi » (noble) deviennent une référence identitaire essentielle pour les Rwandais, entraînant une différenciation antagonique de la société entre ces deux groupes. Le terme « ethnie » n'ayant pas d'équivalent en kinyarwanda, l'administration coloniale utilise à sa place le terme « ubwoko », qui désigne le clan.
L'histoire enseignée durant la tutelle belge décrit les Hutu majoritaires comme des fermiers d'origine bantoue, tandis que les Tutsi seraient un peuple pastoral arrivé dans la région au XVe siècle depuis les hauts-plateaux éthiopiens et d'un ADN nilo-hamitique ; cependant, des recherches ADN réfutent cette théorie colonisatrice et placent leur arrivée vers le IXe siècle. Les Twa seraient les descendants, issus des Pygmées, des premiers habitants de la région.
Ces théories sont désormais fortement remises en cause. On tend aujourd'hui à considérer que les colonisateurs belges des années 1920, négligeant les références claniques, ont interprété de façon ethnique la structure socio-professionnelle de la population, sous l'influence aussi de l'organisation héritée des colonisateurs précédents, les Allemands, et ont ainsi appliqué une politique formellement appuyée par la Société des Nations qui avait confié à la Belgique la tutelle du Ruanda-Urundi.
Les Tutsi, érigés par le colonisateur en caste dominante, sont de plus en plus dénoncés par la majorité hutu à partir des années cinquante. Dans un texte publié le 24 mars 1957, le Manifeste des Bahutu, neuf intellectuels hutu dénoncent « l'exploitation » dont les Hutu seraient victimes. La revendication d'indépendance des Tutsi incite les Belges à renverser leur alliance au profit des Hutu. En novembre 1959 éclate la révolution rwandaise, une période de violence accompagnée de massacres ethniques qui entraîne le départ en exil de 300 000 Tutsi. La majorité hutu prend le pouvoir, avec le soutien des autorités coloniales et de l'Église catholique.
La Première République est proclamée le 28 janvier 1961 et Grégoire Kayibanda, un Hutu, devient président de la République le 26 octobre 1961. L'ONU fixe au 1er juillet 1962 la date d'indépendance du Rwanda. La passation des pouvoirs et le retrait des troupes belges ont lieu le 1er août 1962. Le nouveau régime affronte des attaques des exilés tutsi, qui sont le prétexte de violentes répressions sur les Tutsi de l'intérieur, notamment en décembre 1963 où plusieurs milliers de Tutsi sont massacrés.