Ce Jour-là

Rule, Britannia!

Chant patriotique britannique

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Rule, Britannia! est un chant patriotique britannique, tiré du poème de James Thomson et mis en musique par Thomas Arne le 1er août 1740 ; la première présentation publique fut donnée en l'honneur du troisième anniversaire de la princesse Augusta-Charlotte de Hanovre. Dans l'esprit des Britanniques, cet air est fortement associé à la Marine britannique et à l'Armée britannique.

En 1813, le compositeur allemand Ludwig van Beethoven l'orchestra pour l'inclure dans sa La Victoire de Wellington (ou Bataille de Vitoria, nom d'une victoire du duc de Wellington contre les armées napoléoniennes en Espagne). Elle symbolise les forces britanniques.

En 1836, le compositeur allemand Richard Wagner en réalisa une transposition pour grand orchestre, connue sous le nom d'Ouverture Rule Britannia.

Rule, Britannia! est souvent joué comme air patriotique avec Jerusalem et Land of Hope and Glory. Ensemble, ce sont les trois chants qui sont entonnés par l'assistance, avec God save the King, lors de la « Last Night of the Proms », à la fin de la dernière soirée des BBC Proms au Royal Albert Hall, à Londres.

Rule, Britannia! fut créé pour un spectacle de cour à l'été 1740 : le masque Alfred du poète écossais James Thompson et du dramaturge écossais David Mallet donné dans les jardins à Cliveden, près de Taplow, Buckinghamshire, le 1er août (Lammas).Le compositeur anglais Thomas Augustine Arne a composé la musique. La première présentation publique fut donnée en l'honneur du troisième anniversaire de la princesse Augusta-Charlotte de Hanovre, fille de l'héritier présomptif du trône britannique, Frédéric, prince de Galles. C'était aussi l'anniversaire de l'accession au trône britannique du grand-père du prince de Galles, le roi George Ier (r. 1714-1727). La date était donc symbole de l'établissement de la maison de Hanovre sur le trône britannique.

Le livret d'Alfred est publié quelques jours après sa représentation à Cliveden. La musique n'est pas publiée et reste manuscrite, probablement parce que le masque était relativement court et ne justifiait pas les frais de publication. Quand la musique d'Arne pour The Judgment of Paris (en) de William Congreve fut publiée c. 1741, le sous-titre du volume indiquait : « To which (by particular Desire of Several Encouragers of the Work) are added the Celebrated Ode, in Honour of Great-Britain call'd Rule, Britannia » (« À laquelle (par Désir particulier de Plusieurs Encourageants de l'Œuvre) s'ajoute l'Ode célébrée, en l'Honneur de la Grande-Bretagne, dite Rule, Britannia. »). Déjà publié chez un autre éditeur, lors de la parution de la première édition du masque Alfred en 1751, ce chant est absent. Rule, Britannia! est ensuite inclus dans la deuxième édition d'Alfred.

Premières représentations publiques

Un oratorio basé sur le masque fut donné au théâtre royal de Drury Lane le 20 mars 1745. Un opéra fut joué au théâtre royal de Covent Garden le 12 mai 1753 avec le titre Alfred the Great (« Alfred le Grand »).

La Grande-Bretagne et l'Espagne

Thompson avait précédemment évoqué l'image de Britannia comme la personnification du Royaume-Uni dans son ouvrage en vers publié en janvier 1729 : Britannia : A Poem. Le poème lui-même est daté de 1719, ce qui peut être une erreur pour 1729, mais peut aussi être un reflet de l'invasion espagnole de la Grande-Bretagne cette année-là, pendant la guerre de la Quadruple-Alliance et la rébellion jacobite de 1719 (en). À l'époque de l'invasion espagnole de l'Écosse, Thompson étudiait à l'université d'Édimbourg, et il y avait une vague de sentiment anti-espagnol parmi les Whigs écossais. Le gouvernement du premier ministre britannique Robert Walpole a été critiqué pour avoir mené la guerre trop pacifiquement. Le poème de Thompson décrit Britannia pleurant l'inaction britannique contre l'Espagne, et rappelle les victoires contre l'Espagne au cours des siècles précédents, se référant aux marins anglais qui ont résisté à l'Armada espagnole (Invincible Armada) en 1588 en tant que Britanniques, et évoquant les côtes écossaises sur lesquelles la flotte a fait naufrage afin d'impliquer toute la Grande-Bretagne dans la victoire.

La guerre de l'oreille de Jenkins provoqua une nouvelle vague de sentiments anti-espagnols : en 1738, Andrew Millar réimprima la Britannia de Thompson avec une traduction du Manifesto of the Lord Protector de John Milton, sous-titré : « Où est montré le caractère raisonnable de la cause de cette république contre les déprédations des Espagnols ». Le masque Alfred de l'été 1740 et le chant Rule, Britannia! ont été composés alors que la guerre contre l'Espagne était en cours. Le premier ministre Walpole avait poursuivi une politique de paix avec l'Espagne. Les deux gouvernements s'accordèrent sur la Convention de Pardo en janvier 1739, mais l'opinion publique britannique s'enflamma contre l'Espagne et la Compagnie de la mer du Sud refusa de la signer. Des Whigs dissidents, soutenus par le parti Tory et se faisant appeler les « Patriots », dénoncent le gouvernement Walpole de « Don Roberto » et se regroupent autour du prince de Galles, Frédéric. La notion désormais traditionnelle de suprématie navale et les certitudes du mythe naval anglais ont été évoquées dans divers médias. La guerre avec l'Espagne est présentée comme inévitable et bénéfique. Le règne d'Élisabeth Ire d'Angleterre et d'Irlande (r. 1558-1603) et les discours de William Shakespeare sont évoqués, et le Tory Samuel Johnson écrit en faveur de la campagne patriotique. Finalement, le gouvernement est contraint à la guerre à partir d'octobre 1739. La marine royale britannique (Royal Navy) attaque Portobelo en novembre et capture sa garnison, mais le gouvernement reçoit peu de crédit pour la victoire rapide, car le vice admiral Edward Vernon est une figure éminente de l'opposition.

Frédéric, prince de Galles et Alfred, roi de Wessex

Le poème Britannia de Thompson et ses autres œuvres de l'époque font l'éloge du prince de Galles, Frédéric.

Certains au Royaume-Uni attendent beaucoup de l'héritier royal Frédéric, avant même son arrivée en Grande-Bretagne. Alors que Frédéric reste en Europe continentale en 1723, Richard Blackmore publie un poème épique qui compare explicitement Frédéric et Alfred le Grand, roi anglo-saxon du Wessex (r. 871-899), détaillant de nombreuses aventures embellies d'Alfred au-delà des îles Britanniques. Le poème contient une expression d'espoir que Frédéric imiterait le roi Alfred :

En 1736, Frédéric fit ériger dans son jardin de Carlton House à Londres une statue d'Alfred le Grand. La statue d'Alfred était associée à une statue du Prince Noir (le prince de Galles Édouard de Woodstock), que Frédéric considérait comme un modèle de la royauté. Les deux statues (ou bustes) se trouvaient dans ou à proximité d'un temple octogonal commandé en 1735. L'inscription latine sur le piédestal fait l'éloge d'Alfred comme « fondateur de la république et de la liberté des Anglais ».

Dix ans après la création du masque Alfred, Frederick projette avec l'aide de George Vertue une représentation du mont Parnasse à sa résidence à Kew Palace, composée de neuf bustes de sages antiques associés à des preux britanniques. Alfred devait être jumelé avec le fondateur de la constitution spartiate, Lycurgue, mais Frédéric meurt avant le début des travaux.

De même, dans la seconde moitié des années 1730 une folie construite par William Kent dans les jardins de Stowe House pour Richard Temple, 1er vicomte Cobham comprend un buste d'Alfred le Grand réalisé par Peter Scheemakers (en). Scheemakers réalise également des bustes pour le même Temple of British Worthies (« Temple des Preux Britanniques ») représentant le Prince Noir, Thomas Gresham, Francis Drake, Walter Raleigh, Alexander Pope et John Barnard (en). Cette folie abrite également des bustes plus anciens de John Michael Rysbrack représentant la reine Élisabeth Ire, Francis Bacon, William Shakespeare, John Hampden, John Milton, John Locke, Isaac Newton, Inigo Jones et le roi Guillaume III d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande. Chaque buste est marqué d'une inscription ; d'Alfred, il est dit qu'il secur'd the seas (« sécurisé les mers ») et qu'il guarded liberty, and was the founder of the English constitution (« garda la liberté, et fut le fondateur de la constitution anglaise »). Le buste d'Alfred ressemble beaucoup à la gravure de Vertue pour la traduction de l'Histoire d'Angleterre de Paul de Rapin de Thoyras par Nicolas Tindal.

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