Rudolf Khametovitch Noureev (en russe : Рудольф Хаметович Нуреев, Roudolf Khametovitch Noureïev ; en tatar : Рудольф Хәмит улы Нуриев ; en bachkir : Рудольф Хәмит улы Нуриев) est un danseur classique, chorégraphe et directeur de ballet russe d'origine tatare, né le 17 mars 1938 à Irkoutsk (Sibérie, Union soviétique) et mort le 6 janvier 1993 à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine, France).
Doué d'une technique exemplaire, Rudolf Noureev, surnommé le « seigneur de la danse », est considéré comme l'un des plus grands danseurs classiques et l'un des plus grands chorégraphes de son temps.
Il fut l'un des meilleurs interprètes du répertoire classique, mais exprima aussi son talent dans la danse contemporaine et fut l'un des premiers danseurs à s'intéresser de nouveau au répertoire baroque. Sa notoriété, due non seulement à son talent, mais aussi au déroulement extraordinaire de sa vie, dépasse le monde de la danse.
Il marqua l'histoire du ballet en formant deux couples mythiques :
l'un avec Margot Fonteyn, sa partenaire au Royal Ballet. Ensemble, ils forment un des couples les plus emblématiques de l'histoire du ballet ;
l'autre avec Sylvie Guillem du Ballet de l'Opéra de Paris dans les années 1980. Selon Pierre Lacotte, sur scène « ces deux sont une personne ». Rudolf Noureev et Sylvie Guillem ont encore dansé ensemble même après que Sylvie Guillem eut quitté le ballet de l'Opéra de Paris pour rejoindre le Royal Ballet, et même lorsque Rudolf Noureev devint fragile en raison du stade avancé du Sida qu'il avait contracté en 1984.
Rudolf Noureev fut directeur du Ballet de l'Opéra de Paris de 1983 à 1989, également maître de ballet et chorégraphe en chef jusqu'en 1992. En tant que chorégraphe, il revisita tous les grands ballets classiques, donnant une place très importante aux hommes jusqu'alors souvent cantonnés à n'être que les faire-valoir des ballerines, en introduisant des variations pour hommes, notamment dans sa version du Lac des cygnes.
Noureev a ainsi renouvelé tout le répertoire de Marius Petipa qui n'apparaissait pas à Paris jusque-là. Les années de Rudolf Noureev à l'Opéra de Paris sont considérées comme un « âge d'or » pour le ballet et ses chorégraphies y sont régulièrement reprises.
Période soviétique (1938-1961)
Origines familiales et première enfance (1938-1945)
La famille paternelle du danseur, originaire d'Oufa (république de Bachkirie), est issue d'un milieu paysan bachkir et tatar de culture musulmane. Le grand-père de Rudolf Noureev avait pour nom de famille Fasli (Fazliev). Mais une erreur d'enregistrement à la mairie fit du patronyme « Noureev » le nom de famille. Khamet Noureev signifie littéralement « Khamet fils de Nour » signifiant « la lumière » en arabe.
Rudolf Noureev est le fils de Khamet Fazlievitch Noureev (1903-1985), né près d'Oufa, et de Farida Agliullovna Agliullova (1907–1987), née à Kazan, au Tatarstan. Il est le benjamin d'une fratrie, venant après trois sœurs : Rosa, née en 1928 ; Lilia (1933), est sourde ; Razida (1935).
Dans son autobiographie, Rudolf Noureev raconte que sa naissance a eu lieu entre le lac Baïkal et Irkoutsk, en Sibérie, dans une voiture de troisième classe au cours d'un voyage en train vers Vladivostok, Farida rejoignant son époux par le Transsibérien. Khamet Noureev venait en effet d'obtenir un logement de fonction à Vladivostok où il avait été affecté en tant que « politrouk » (instructeur politique) dans l'Armée rouge. Par la suite, la famille gagne Moscou.
Rudolf Noureev indique qu'il n'a aucun souvenir de son père dans son enfance. En effet, ce dernier est mobilisé en 1941 au moment de l'invasion de l'URSS par l'Allemagne, alors que Noureev n'a que trois ans, et ne le revoit qu'en 1946. Cela explique en partie une relation père-fils assez conflictuelle.
En 1941, la famille est évacuée de Moscou et se réfugie à Oufa, où Rudolf Noureev passe son enfance. Les conditions de vie sont précaires : la famille partage une isba avec trois autres familles. Cette habitation est sans eau ni électricité. Le climat y est très rude en hiver. La nourriture consiste essentiellement en pommes de terre bouillies.
À l'école, les autres enfants se moquent de Rudolf Noureev car il n'a pas de chaussures et porte le manteau de l'une de ses sœurs.
Débuts dans la danse à Oufa (1945-1955)
Cependant, Oufa a un théâtre de bon niveau. Dès son plus jeune âge, Rudolf Noureev est passionné de musique. Il a une révélation le soir du Nouvel An 1945, lorsqu'il assiste à un ballet patriotique intitulé Le Chant des cigognes, avec la danseuse étoile Zaïtouna Nazretdinova. Il a trouvé sa vocation et commence la danse cette même année, à l'âge de sept ans.