Ce Jour-là

Royaume du Cambodge (1953-1970)

Régime du Cambodge de 1953 à 1970

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La période de l'histoire du royaume du Cambodge, également connue sous le nom de période du Sangkum, allant de 1953 à 1970 correspond à celle de l'exercice personnel du pouvoir par Norodom Sihanouk après la fin du protectorat français en 1953, jusqu'à la déposition du roi en 1970, suivi par la proclamation de la République khmère.

Norodom Sihanouk gouverne à l'époque avec les titres officiels — successivement, et parfois en même temps — de roi (jusqu'en 1955), de Premier ministre (à plusieurs reprises), puis de chef d'État (à partir de 1960). Les premières années du régime, marquées par la domination politique de Norodom Sihanouk et de son mouvement, le Sangkum Reastr Niyum, se déroulent sous le signe d'une certaine prospérité, et d'un réel effort pour moderniser le pays. La vie politique du Cambodge se ressent cependant à la fois de l'autoritarisme personnel de Sihanouk, et de sa position internationale, de plus en plus difficile à tenir avec les années. Sihanouk oriente le Cambodge, dans les contextes de la guerre froide et de la guerre du Viêt Nam, vers une neutralité ambigüe, recherchant de plus en plus, face au poids politique des États-Unis, le soutien des pays communistes et notamment de la république populaire de Chine.

Le renversement de Sihanouk en 1970 est suivi d'une période de chaos politique. La guerre civile cambodgienne, commencée trois ans plus tôt, s'intensifie pour aboutir en 1975 à la prise de pouvoir par les Khmers rouges.

Devenu roi du Cambodge en 1941, à l'âge de 19 ans et à l'instigation de l'administration coloniale française, Norodom Sihanouk joue rapidement, dans la vie politique du Cambodge, un rôle actif et prépondérant. En mars 1945, après le coup de force de l'empire du Japon, il crée le poste de Premier ministre du Cambodge, qu'il assume lui-même ; en août de la même année, il est toutefois évincé par Son Ngoc Thanh qui bénéficie du soutien des Japonais. Après la capitulation du Japon, Sihanouk prend contact avec les Français qui veulent rétablir le protectorat du Cambodge, au sein de l'Indochine française. Il peut néanmoins négocier avec la France un modus vivendi qui, signé le 7 janvier 1946, définit un nouveau statut du Royaume, sur le principe de l'autonomie interne. Devenu une monarchie constitutionnelle et un État associé à l'Union française, le Cambodge élit en septembre 1946 une Assemblée nationale au suffrage universel direct : la majorité, avec 50 sièges sur 67, est remportée par le Parti démocrate, dirigé par le prince Sisowath Youtevong. Le Cambodge adopte un régime parlementaire comparable à celui de la quatrième République française.

Le Cambodge doit néanmoins faire face à la montée, au sein de l'Indochine française, des mouvements indépendantistes, principalement animés par le Việt Minh. Les Khmers issarak, ensemble disparate de groupes nationalistes de droite et de gauche, sont principalement actifs autour de la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande. À partir de la fin des années 1940, les groupes Khmers issarak sont fédérés sous l'égide du Việt Minh et créent un embryon de gouvernement dans les territoires sous leur contrôle. L'activisme indépendantiste durant la guerre d'Indochine demeure cependant assez faible au Cambodge, en comparaison de la situation au Viêt Nam et au Laos. La vie politique du Cambodge souffre par ailleurs d'instabilité, le Parti démocrate cambodgien étant affaibli par les querelles de clans et de clientèles, auxquelles s'ajoutent les rivalités entre les branches de la famille royale cambodgienne, présentes dans l'appareil du parti. Norodom Sihanouk décide finalement, profitant des dissensions au sein du parti majoritaire, de dissoudre l'assemblée le 18 septembre 1949 et, prétextant de l'insécurité dans certaines régions, s'abstient d'organiser de nouvelles élections, ce qui lui laisse les mains libres pour négocier directement avec les Français le statut du pays, souhaitant évoluer à sa manière vers l'indépendance. Le 8 novembre de la même année, Sihanouk signe avec la France le traité franco-khmer, qui abolit formellement le protectorat et reconnaît l'indépendance du Cambodge dans le cadre de l'Union française. Le texte stipule également que le Cambodge ne renonce pas à ses droits sur la Cochinchine. Sihanouk doit cependant gérer une situation politique complexe : lorsque de nouvelles élections sont convoquées elles sont à nouveau, remportées par le Parti démocrate dont le chef, Huy Kanthoul, devient premier ministre et s'oppose à la fois au roi et aux Français. Son Ngoc Thanh, autorisé à revenir au Cambodge après plusieurs années d'exil en France, se lance lui aussi dans une surenchère nationaliste puis appelle au soulèvement et prend le maquis à la tête de ses propres troupes, les Khmers Serei. Le roi décide de reprendre la situation en main et, le 15 juin 1952, avec l'appui d'unités françaises, congédie le gouvernement et se proclame lui-même premier ministre, assumant le poste pour la troisième fois en sept ans. Le 11 janvier 1953, il dissout l'assemblée nationale jusqu'à nouvel ordre. Il annonce en outre une série de réformes, et l'évolution vers une indépendance « pleine et entière ». À partir de février 1953, Sihanouk réalise une tournée internationale, en France puis aux États-Unis, où il plaide pour l'indépendance. N'ayant obtenu aucune concession, il s'exile un temps en Thaïlande, puis s'installe au Cambodge dans la Province de Battambang en refusant tout contact avec les Français. Le gouvernement de Paris est finalement amené, par la situation en Indochine, à négocier avec les différents États au sujet de leur statut. Le 17 octobre, une convention est signée entre la France et le Cambodge. Le 8 novembre, Norodom Sihanouk fait une rentrée triomphale dans Phnom Penh et, le 9 novembre, l'indépendance du Cambodge est proclamée.

Le Cambodge participe ensuite à la conférence de Genève, visant à mettre un terme au conflit en Indochine française : le 21 juillet 1954, les accords de Genève sont signés. Ayant déjà obtenu l'indépendance, le gouvernement de Sihanouk et de son premier ministre Penn Nouth obtient de ne faire aucune concession aux Khmers issarak, dont l'accord prévoit la démobilisation dans les trente jours. Dans une convention séparée, les représentants du Cambodge, de la France et du Viet Minh, conviennent de retirer toutes les forces en présences du sol cambodgien, ce qui devient effectif en octobre 1954. Les Khmers issarak déposent les armes ou quittent le territoire cambodgien, dans le sillage des troupes de l'Armée populaire vietnamienne.

En échange du retrait de leurs forces, les représentants communistes à Genève souhaitaient une neutralité totale du Cambodge et du Laos. Cela impliquait le départ des forces militaires américaines dans ces pays. À la veille de la conclusion de la conférence, toutefois, les représentants cambodgiens insistent sur le fait que, si le Cambodge devait être véritablement indépendant, il ne devrait pas lui être interdit de solliciter toute assistance militaire qu'il souhaiterait. En fait, le Cambodge a déjà lancé un appel à Washington pour une aide militaire sur son territoire. La Conférence accepte ce point malgré les vives objections du Nord-Vietnam. Dans l'accord final, le Cambodge accepte une neutralité édulcorée, jurant de ne pas adhérer à une alliance militaire qui ne serait « pas en conformité avec les principes de la Charte des Nations unies » ni de permettre l'installation de forces militaires étrangères sur son territoire « aussi longtemps que sa sécurité n'est pas menacée ».

Hégémonie politique du Sangkum

Après les accords de Genève, Sihanouk jouit de la plénitude du pouvoir. Les troupes françaises ne quittent cependant pas immédiatement le Cambodge, dont la situation politique doit encore se stabiliser. Le ministre de la défense, le prince Sisowath Sirik Matak (cousin du roi) craint que le retrait des Français ne permette à Son Ngoc Thanh de prendre le pouvoir. L'accord de Genève stipule que des élections générales doivent avoir lieu au Cambodge en 1955, leur équité étant assurée par une « commission internationale de contrôle ». La plupart des observateurs présagent une victoire électorale écrasante du Parti démocrate, ce qui pourrait permettre le retour de Son Ngoc Thanh au pouvoir, voire la proclamation d'une république, solution que les États-Unis jugent préférable au maintien de Sihanouk, jugé imprévisible. Son Ngoc Thanh, sorti du maquis en septembre, prête officiellement allégeance au gouvernement, mais Sihanouk refuse de le recevoir. Au début de 1955, et en prévision des élections, le Parti démocrate se réorganise, sous la direction d'un prince de gauche, Norodom Phurissara (en). Keng Vannsak (en) devient secrétaire général adjoint et a pour discret collaborateur un certain Saloth Sâr, dont il ignore l'appartenance au Parti révolutionnaire du peuple khmer.

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