Le royaume de Grèce, en grec Βασίλειον τῆς Ἑλλάδος (Vasíleion tīs Elládos), est le régime politique en vigueur en Grèce de 1832 jusqu'au milieu des années 1970, à l'exception d'un intermède républicain entre 1924 et 1935.
Le royaume de Grèce fut un État établi en 1832 à la suite du traité de Londres par les grandes puissances de l'époque (Royaume-Uni, France et Russie). Le traité fixait la pleine indépendance de la Grèce envers l'Empire ottoman après la guerre d'indépendance grecque. La Première République hellénique est alors dissoute.
Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha ayant refusé la couronne, le trône est accepté par le prince Othon de Bavière, qui devient Othon Ier de Grèce, après son élection par le parlement de Nauplie le 8 août 1832. Othon Ier gouverne en monarque absolu, est entouré de conseillers bavarois et se montre peu enclin à gouverner avec les vétérans de la guerre d'indépendance. Sous son règne, le pays est malgré tout modernisé : réorganisation de l'administration, de la justice, d'une armée régulière, de l'Église et de l'enseignement, avec la création, en 1837, de la première université de Grèce. Cette politique est facilitée par les prêts nombreux et importants que les « Puissances Protectrices » accordaient à la Grèce.
Othon Ier est contraint en 1843 d'accepter une constitution. Nationaliste et partisan de la Grande Idée, le souverain continue de susciter le mécontentement par sa politique étrangère et son absence de conversion à la religion orthodoxe. En octobre 1862, il est renversé par un nouveau soulèvement. Une élection d'un nouveau souverain est alors organisée, l'Assemblée choisissant le prince Guillaume de Danemark qui devient alors Georges Ier de Grèce et reçoit le titre de roi des Hellènes.
Dès son arrivée au pouvoir en 1863, Georges Ier obtient du Royaume-Uni la cession des îles Ioniennes. En 1881, le traité de Constantinople permet le rattachement à la Grèce de la Thessalie et d'une partie de l'Épire. La Crète, toujours possession de l'Empire ottoman, est occupée par les troupes grecques en 1897, ce qui entraîne la déclaration de guerre de l'Empire Ottoman. La Grèce subissant une sévère défaite n'est sauvée que par l'intervention des grandes puissances qui imposent l'évacuation des troupes ottomane. Sous la pression des grandes puissances, l'île devient alors une province autonome de la Sublime Porte, avec à sa tête le prince Georges de Grèce.
En même temps, la Grèce se trouve impliquée dans la rivalité bulgaro-gréco-serbe en Macédoine, cette province encore ottomane étant revendiquée par la principauté de Bulgarie et celle de Serbie.
En 1912-1913, la Grèce participe aux deux Guerres balkaniques. Elle obtient la région de Thessalonique, l'Épire, les îles égéennes (moins le Dodécanèse cédé à l'Italie) et le rattachement définitif de la Crète autonome. Le royaume voit alors sa superficie et sa population multipliées par deux. Mais l'assassinat, le 18 mars 1913, de Georges Ier, auquel succède son fils Constantin Ier, provoque une grave crise politique. Le conflit a en effet révélé le sentiment de rivalité existant entre le nouveau souverain et le chef du gouvernement.
Première Guerre mondiale et schisme national
C'est le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914 qui est l'élément déclencheur de la rupture entre le roi et son Premier ministre. Beau-frère du Kaiser Guillaume II et pro-allemand, Constantin Ier est en effet en désaccord avec Elefthérios Venizélos, favorable à la Triple-Entente. En octobre 1915, le roi contraint donc Venizélos à quitter ses fonctions, mais ce dernier fonde à Thessalonique un Gouvernement de défense nationale soutenu par les Alliés et le pays se retrouve rapidement coupé en deux.
Le 10 juin 1917, sous la pression des forces de l'Entente, Constantin Ier doit finalement laisser le trône à son deuxième fils, Alexandre Ier.
Du règne d'Alexandre Ier à la Deuxième République
Une fois Venizélos revenu au pouvoir à Athènes, la Grèce entre officiellement en guerre contre les empires centraux. Quelques mois après la fin du conflit et la signature de l'armistice de Moudros, les Grecs débarquent à Smyrne, déclenchant ainsi la guerre gréco-turque. Les traités de Neuilly et de Sèvres assurent à la Grèce d'importants gains territoriaux, dont la Thrace orientale, Smyrne et une grande partie des provinces égéennes de l'Asie mineure. La réalisation de la Grande Idée apparaît alors proche, mais les Turcs refusent de plier.
La mort accidentelle, en octobre 1920, du roi Alexandre Ier et la défaite d'Elefthérios Venizélos aux élections de novembre sont suivies d'un plébiscite qui rappelle le roi Constantin au pouvoir le 15 décembre.
La Grèce est finalement battue par la coalition des nationalistes turcs dirigés par le républicain Mustafa Kemal. Le 27 septembre 1922, face aux désastres militaires, Constantin Ier doit à nouveau renoncer au trône et abdique en faveur de son fils aîné, Georges II. Le royaume de Grèce doit accepter le traité de Lausanne et abandonner l'ensemble de ses conquêtes territoriales en Anatolie et en Thrace orientale. Un important échange de populations a lieu entre les deux pays. Cet échec politique et les difficultés économiques que traverse le pays conduisent à l'exil de Georges II. La Deuxième République hellénique est proclamée le 25 mars 1924, puis confirmée par un plébiscite le 13 avril.
Restauration de la monarchie et dictature militaire
La République s'avère très instable et, le 3 novembre 1935, un nouveau plébiscite, très contesté, organisé par le Premier ministre Geórgios Kondýlis, décide de la restauration de la monarchie à plus de 95 % des suffrages.
L'instabilité politique perdure cependant et les gains électoraux du Parti communiste de Grèce empêchent les élections de janvier 1936 de dégager une majorité. Le 4 août 1936, un coup d'État, organisé par le général Ioannis Metaxas, permet l'instauration d'un régime dictatorial soutenu par le roi : c'est le Régime du 4-Août.
En octobre 1940, la Grèce est envahie par l'Italie fasciste. La contre-attaque grecque est victorieuse mais entraîne une invasion du pays par l'Allemagne nazie le 9 avril 1941. La Grèce est alors occupée par l'Italie, l'Allemagne et la Bulgarie, et un gouvernement collaborateur, qui supprime toute référence à la monarchie, voit le jour à Athènes.