Le royaume de Croatie, ou État croate médiéval, est un royaume qui s'étendit sur la Croatie et la Bosnie-Herzégovine actuelles au Xe et au XIe siècle.
Les origines du peuple croate remontent aux Slaves méridionaux qui arrivèrent sur le territoire des anciennes provinces romaines de Pannonie et de Dalmatie entre le VIIe et le VIIIe siècle, et établirent des principautés indépendantes. Au Xe siècle, la Croatie dalmate et la Croatie pannonienne furent réunies en un royaume de Croatie (en croate : Kraljevina Hrvatska) qui subsista sous cette forme de 925 à 1102. À cette date, il entra officiellement en union personnelle avec le royaume de Hongrie, mais, dans les faits, fut rapidement intégré à ce dernier.
L'origine des Croates est discutée. En dépit de leur langue slave, les protochronistes, inspirés par la théorie de l'invasion aryenne, avancent qu'ils descendent des Alains, un peuple iranien originaire de la steppe pontique. Mais même cette origine iranienne est trop récente pour certains protochronistes, qui font état d'études génétiques qui, selon eux, feraient remonter les origines de la première tribu croate au nord de l'Asie centrale il y a environ 10 000 ans, soit au début du Mésolithique. Le manque de marqueurs génétiques communs avec les populations iraniennes actuelles rend improbables les théories protochronistes.
L'étymologie du mot « Croate » (en croate : Hrvat) est elle aussi discutée. Le nom a été rapproché du vieux-slave xŭrvatŭ, « bien, bon » (ce qui aurait donné une forme ancienne хороват, horovat), mais pour les protochronistes, il viendrait de l'avestique hu-ur-vatha, dont la signification précise reste également controversée mais semble signifier « allié ». Selon les protochronistes (non seulement croates, mais aussi serbes et bulgares), des tribus de cavaliers iraniens, en provenance du mont Iméon dans l'actuel Afghanistan, se seraient installées au Ve siècle av. J.-C. en Europe de l'Est, où elles se seraient rapidement slavisées. Le nom Horouathos présent dans deux textes en alphabet grec sur les tablettes de Tanaïs (en), des inscriptions des environs du IIIe siècle av. J.-C. trouvées dans le port de Tanaïs sur la mer d'Azov, en Crimée, est ainsi interprété comme désignant les Croates.
En revanche, le fait qu'au VIIe siècle av. J.-C., le peuple slave des Croates soit signalé par plusieurs sources en Croatie blanche, au nord des Carpates, dans la région de la haute Vistule (en Galicie), est une certitude admise par tous les historiens.
Aucune trace écrite de la migration des Croates depuis la Croatie blanche vers l'ouest des Alpes dinariques n'a été préservée jusqu'à nos jours, en particulier qui proviendrait de cette région-même et concernant l'ensemble de ces événements. À la place, les historiens s'appuient sur des écrits datant de plusieurs siècles après les faits, et même ces écrits dérivent sans doute d'une tradition orale.
Le fait le plus communément admis à propos de l'origine des Croates est qu'ils descendent des tribus slaves qui vécurent aux alentours de l'actuelle Pologne ou de l'Ukraine occidentale. De nombreux historiens pensent aujourd'hui que les premiers Croates, aussi bien que d'autres groupes slaves, étaient des populations d'agriculteurs qui furent dominées par le peuple nomade perse des Alains. Il n'est pas établi si les Alains ne furent qu'une caste dominante, une classe guerrière, ou s'ils eurent une bien plus grande contribution. Les traces de leur influence tiennent principalement du domaine philologique et étymologique.
L'ouvrage De Administrando Imperio, écrit au Xe siècle, est la source la plus référencée concernant la migration des peuples slaves vers l'Europe du Sud-Est. Selon cette source, ils migrent d'abord vers l'an 600 depuis la région qui couvre maintenant la Galicie et une partie de la plaine de Pannonie, menés par le peuple turc des Avars, jusqu'à la province de Dalmatie gouvernée par l'Empire byzantin. Selon le De Administrando Imperio, les Croates sont conduits jusqu'à la province romaine de Dalmatie par un groupe de cinq frères — Klukas, Lobel, Kosenc, Muhlo et Hrvat — et leurs deux sœurs — Tuga et Buga.
La deuxième vague de migration, autour de l'an 620 ou 630, commence lorsque les Croates sont invités par l'Empereur Héraclius pour contrer les Avars qui menacent alors l'Empire byzantin. Un certain nombre de tribus croates — sept, selon la légende — en provenance de la haute Vistule franchissent les Carpates et s'installent comme fédérés de l'Empire byzantin en Illyrie occidentale (Pannonie et Dalmatie).
Le De Administrando Imperio mentionne également une autre version des événements, où les Croates, sans y être invités par Héraclius, vainquent les Avars et s'installent de leur propre initiative après avoir émigré depuis les environs de l'actuelle Silésie. Cette version est confirmée par les écrits d'un certain archidiacre Thomas, Historia Salonitana, datant du XIIIe siècle.
Toutefois, selon le rapport de l'archidiacre Thomas, de même que la Chronique du prêtre de Dioclée du XIIe siècle, les Croates n'arrivent pas de la façon décrite par le texte byzantin. En effet, ces textes les présentent comme un groupe slave qui se serait installé après l'occupation et le pillage de la province romaine de Dalmatie par les Goths du roi Totila. La Chronique du prêtre de Dioclée décrit plus précisément une invasion gothe sous le commandement d'un certain Svevlad, puis de ses descendants Selimir et Ostroilo, dont les Slaves n'auraient fait que prendre la suite.
Quelles que soient les différentes interprétations, des peuplades croates s'installent finalement dans la région située entre la Drave et la mer Adriatique, à l'ouest des provinces romaines de Pannonie et de Dalmatie. Elles fondent deux duchés : celui de Pannonie au nord et celui de Dalmatie au sud.
La première trace d'un contact entre le pape et les Croates remonte à une mention du milieu du VIIe siècle dans le Liber Pontificalis. Le pape Jean IV (dit Jean le Dalmate, 640-642) envoie un abbé du nom de Martin en Dalmatie et en Istrie : celui-ci est chargé de payer une rançon en échange de plusieurs prisonniers et des reliques de martyrs chrétiens. Selon plusieurs sources, cet abbé traverse la Dalmatie avec l'aide des chefs croates, et établit les bases des futures relations entre le pape et les Croates. Par la suite, Jean de Ravenne est chargé par Jean IV de restaurer l'antique archevêché de Salone (Split).
La christianisation des Croates débute probablement au VIIe siècle, par des missionnaires des cités côtières romaines et par les missionnaires francs du patriarcat d'Aquilée. Elle est influencée par la proximité des anciennes villes romaines de Dalmatie. Elle est achevée au nord avant le IXe siècle. Les débuts de la christianisation sont également débattus dans les textes historiques : les textes byzantins l'attribuent au duc de Porin sous l'influence de l'empereur Héraclius, puis au duc de Porga qui christianise son peuple en grande partie sous l'influence de missionnaires romains. La tradition nationale croate, quant à elle, soutient que la christianisation se déroule sous le duc dalmate de Borna. Ce sont probablement des interprétations différentes du nom du même duc.
Les Croates ne furent jamais contraints à l'emploi du latin ecclésiastique : ils célèbrent la messe dans leur propre langue et utilisent l'alphabet glagolitique. Ce n'est qu'en 1248 que le pape Innocent IV condamne officiellement ces pratiques, ce qui entraîne peu à peu la prédominance de l'alphabet latin. Le rite romain s'impose sur le rite byzantin relativement tôt grâce à de nombreuses interventions du Saint-Siège. De nombreux synodes sont tenus en Dalmatie au XIe siècle, en particulier après le Grand Schisme d'Orient, ce qui renforce continuellement l'emploi du rite romain jusqu'à ce qu'il devienne prédominant.
Pendant le haut Moyen Âge, les territoires croates sont répartis ou compris entre trois grandes entités : l'Empire romain d'Orient, désireux de s'approprier les cités-États de Dalmatie et les îles ; les Francs, souhaitant occuper le nord et le nord-ouest ; et au nord-est les Avars, puis plus tard les Magyars, et d'autres jeunes États. Le quatrième groupe, mais pas notablement puissant par rapport à l'État croate, est celui des Slaves voisins au sud-est, les Serbes, et les Bulgares.