Le Rouergue (en occitan rouergat : Roergue /ru.ˈeɾ.ɣe/) est une ancienne province du Midi de la France correspondant approximativement à l'actuel département de l'Aveyron. Après avoir fait partie du comté de Toulouse, il fut rattaché à la Guyenne avant d'en être détaché lors de la formation de la province de Haute-Guyenne en 1779.
Le gentilé du Rouergue est Rouergat.
Le Rouergue est limitrophe de l'Auvergne au nord, du Languedoc au sud et au sud-ouest, du Gévaudan à l'est et du Quercy à l'ouest.
Cette ancienne province française s'étendait sur l'actuel département de l'Aveyron et débordait sur les franges est des actuels départements du Lot et de Tarn-et-Garonne.
Situé dans le sud du Massif central, le Rouergue déroule une succession de plateaux cristallins (Ségalas) ou calcaires (Causses) et de monts délimités par les profondes vallées de la Truyère, du Lot, de l'Aveyron, du Viaur, du Tarn et de la Dourbie. Il culmine en Aubrac à 1 463 mètres sur les pentes occidentales du signal de Mailhebiau, à la limite de la Lozère. Les plaines sont rares, malgré la présence de bassins sédimentaires de grès, comme le vallon de Marcillac ou le rougier de Camarès. Le géographe André Meynier a décrit ce « relief en creux » qui caractérise le Rouergue.
Le Rouergue comprenait notamment le comté de Rodez, ainsi que la Haute Marche (Millau) et Basse Marche (Villefranche-de-Rouergue).
Le Rouergue (avec l'Agenais, le Quercy et le Périgord) a été rattaché à la généralité de Guyenne dès 1579, dont le siège initialement à Bordeaux avait été transféré à Montauban, avec un ressort restreint en 1716 aux élections du Rouergue et du Quercy (généralité de Montauban).
Réuni au Quercy en 1779, il forma la province de Haute-Guyenne où fut établie une assemblée provinciale composée de cinquante-deux membres, à savoir :
les évêques de Cahors, de Vabres et de Montauban
Il y avait, en outre, deux procureurs généraux syndics et un secrétaire archiviste. Cette assemblée se réunissait tous les deux ans à Villefranche-de-Rouergue ; elle était chargée de répartir les contributions et d'en faire la levée, de veiller sur les ateliers de charité, etc. On se souvient encore dans le Rouergue de ses efforts et des règlements qu'elle fit pour améliorer l'agriculture et l'industrie, ainsi qu'un grand travail de cadastrage.
Lors de la Révolution française, la province fut transformée en département, à l'exception du canton de Saint-Antonin-Noble-Val qui fut détaché lors de la création du département de Tarn-et-Garonne en 1808.
Les paroisses de cette province étaient principalement réparties entre le diocèse de Rodez et celui de Vabres, mais quelques-unes dépendaient du diocèse de Cahors. Certaines paroisses de ces diocèses et de ceux d'Albi, Castres, Mende et Saint-Flour étaient à cheval sur le Rouergue et les provinces voisines.
Sous l'autorité des comtes de Rouergue et de Rodez, la justice y était administrée en leur nom par des vicaires ou viguiers. On comptait seize vigueries en 1349. C'étaient : Peyrusse, Roquecézière, Najac, Villeneuve, La Roque-Valzergues, Sauveterre, Saint-Rome-de-Tarn, Verfeil, Saint-Affrique, Saint-Antonin, Cassagnes-Bégonhès, Millau, Compeyre et Villefranche. À l'échelon supérieur, la justice était rendue par le sénéchal du Rouergue.
En 1789, le Rouergue était divisé entre la sénéchaussée de Rouergue qui siégeait à Villefranche-de-Rouergue et de laquelle dépendait le bailliage de Millau, et la sénéchaussée de Rodez (correspondant au comté de Rodez).
Faisant partie de la généralité de Montauban, le Rouergue, pays d'élection, était divisé entre l'élection de Rodez, l'élection de Villefranche et l'élection de Millau. Les élections de Rodez et de Millau faisaient partie des pays de petite gabelle, tandis que celle de Villefranche faisait partie des pays rédimés. Bien que pays d'élection, le Rouergue était assujetti à la taille réelle.
Avant la conquête romaine, le Rouergue était habité par les Rutènes (Ruteni), peuple celte d'Europe centrale (peut-être d'Allemagne du sud) arrivé vers le IVe siècle. Peuple puissant, les Rutènes auraient eu quatre chefs-lieux : Albi, premier centre créé par les Rutènes où se concentrèrent les pouvoirs ; puis Segodunum (devenue Rodez, cité des Rutènes) prit le pas sur Albi ; Condatomagus, marché du confluent (au quartier d'Embarri, près de Millau), et Carantomagus, marché des amants (Cranton, commune de Compolibat).
Voisins et alliés du peuple Arvernes, les Rutènes les suivirent dans leurs expéditions au-delà des Alpes et combattirent dans leurs rangs. Bituitos, chef des arvernes, aurait compté dans son armée vingt-deux mille archers rutènes, lorsque, joint aux Allobroges, il marcha contre le consul Quintus Fabius Maximus et lui livra bataille au confluent du Rhône et de l'Isère, en 121 avant J.-C. L'armée confédérée fut vaincue et une partie des Rutènes se trouva comprise, sous le nom de Rutènes provinciaux, dans la Provincia romana, qui s'étendit jusqu'au Tarn.
On appela Rutènes indépendants ceux qui habitaient sur la rive droite de cette rivière ; mais ils ne tardèrent pas à subir le sort de leurs frères. Ayant pris part à l'infructueuse révolte menée par Vercingétorix contre César, ils furent vaincus et soumis. Dès lors, comme le reste de la Gaule, tout le pays des Rutènes tomba sous la domination romaine. Dans la division des Gaules par Auguste, il fut compris dans l'Aquitaine, et dans l'Aquitaine première sous Valentinien. Rome y établit des colonies, y bâtit des temples, des cirques, des aqueducs ; des voies publiques sillonnèrent le pays. Au Ve siècle, on y parlait la langue latine. Cependant, la langue gauloise a longtemps subsisté (comme à La Graufesenque), et le nom même du Rouergue (pagus Rutenicus en latin médiéval) pourrait être une formation celtique.