Roman Polanski (en polonais Roman Polański [ˈrɔman pɔˈlaj̃skʲi] ), de son vrai nom Raymond Thierry Liebling, né le 18 août 1933 à Paris, est un acteur, réalisateur, producteur et scénariste franco-polonais, également metteur en scène de théâtre et d'opéra.
Il a réalisé une quarantaine de films, dont beaucoup ont été appréciés des critiques comme du grand public : Répulsion, Cul de sac, Le Bal des vampires, Rosemary's Baby, Chinatown, Le Locataire, Tess, Le Pianiste, The Ghost Writer, Carnage ou J'accuse.
Considéré comme un des cinéastes les plus talentueux depuis les années 1960, Roman Polanski a un des palmarès les plus étoffés de sa profession : un Ours d'or en 1966, cinq César de la meilleure réalisation entre 1980 et 2020, une Palme d'or en 2002, l'Oscar de la meilleure réalisation en 2003, et le grand prix du jury de la Mostra de Venise en 2019.
Survivant du ghetto de Cracovie, son enfance a été marquée par l'assassinat d'une partie de sa famille lors de la Shoah. En 1969, il subit une autre tragédie personnelle quand sa seconde épouse, Sharon Tate, est assassinée par des membres de la secte de Charles Manson, alors qu'elle est enceinte.
Recherché depuis 1978 par la justice américaine pour une affaire d'abus sexuel sur mineur, Roman Polanski est considéré comme un fugitif : condamné en 1977 à quatre-vingt-dix jours de prison, il est libéré pour bonne conduite quarante-deux jours plus tard ; le juge se ravise alors et déclare vouloir le condamner à nouveau, cette fois à une peine indéterminée. Informé par son avocat, le réalisateur quitte le pays en janvier 1978 et s'installe en France, pays dont il a la nationalité. Depuis lors, la justice américaine refuse de clore le dossier, tant que le réalisateur ne sera pas revenu aux États-Unis pour se présenter devant ses juges et elle a tenté à plusieurs reprises d'obtenir son extradition, sans succès jusqu'à ce jour.
Depuis les années 2010, plusieurs femmes l'accusent d'actes de violences sexuelles remontant aux années 1970 et 1980. Roman Polanski récuse ces accusations, ne reconnaissant comme fondée que celle de 1977.
De Paris à Cracovie (1933-1939)
Raymond Thierry Liebling naît le 18 août 1933 au no 6 de la rue Saint-Hubert, dans le 11e arrondissement de Paris.
Il est le fils unique de Mojżesz Liebling (1903-1983), Polonais issue d'une famille juive ashkénaze, peintre de son état, qui prendra le nom de « Ryszard Polański » en 1946. Il est né à Cracovie, ville qui avant la Première Guerre mondiale relevait de l'empire d'Autriche-Hongrie et est redevenue polonaise en 1918, avec l'établissement de la Deuxième République de Pologne. Il a émigré en France au cours des années 1920 pour tenter une carrière d'artiste-peintre, tout en travaillant dans une usine de phonographes.
Sa mère, Bella (ou « Bula ») Katz-Przedborska (1900-1943), est née d'une mère catholique et d'un père juif russe ; elle a déjà une fille, Annette, issue d'un premier mariage, lorsqu'elle épouse Mojżesz Liebling à l'automne 1932, après avoir divorcé de son premier époux.
Le jeune Raymond (en polonais : Rajmund) est, par facilité de prononciation, plutôt appelé « Roman », voire « Romek ».
Il vit en France jusqu'à l'âge de 3 ans, puis, Mojżesz n'arrivant pas à se sentir chez lui en France, la famille repart pour la Pologne au début de 1937, et s'installe à Cracovie, rue Bolesław Komorowski (no 9). Mojżesz travaille dans diverses entreprises, puis ouvre un atelier de menuiserie.
Dès cette époque, sa demi-sœur Annette fait découvrir le cinéma à Roman, qui se rappelle avoir vu le film Amants (1938), où elle l'avait emmené avec elle.
Après l'invasion de la Pologne par les troupes allemandes en septembre 1939, la famille Polanski subit les contraintes de la politique antisémite des Nazis. Les Polanski déménagent d'abord chez la mère de Mojżesz, Maria, dans le quartier de Kazimierz où Roman va à l'école jusqu'à ce que cela soit interdit aux enfants juifs. Puis ils sont obligés de venir dans le ghetto de Cracovie. Bella travaille comme femme de ménage au château du Wawel et Mojżesz dans une usine de munitions. Roman quitte fréquemment le ghetto par des voies détournées, aidé par son apparence parfaitement « aryenne ».
Il consacre une partie de son temps au cinéma, qui est celui des forces d'occupation. Il raconte : « Aller au cinéma n'était pas considéré comme un acte patriotique : la façade du bâtiment était régulièrement recouverte de graffitis comme « Seuls les porcs vont au cinéma ». Je me retrouvais donc souvent dans des salles vides, à regarder des films allemands, les seuls à être projetés : des comédies stupides, des opérettes nullissimes ou des drames de propagande. Je savais que c'était nul, mais être dans la salle me plaisait ».
En février 1943, sa mère Bella (enceinte de 4 mois) et sa grand-mère Maria Liebling sont emmenées au camp d'Auschwitz, très proche de Cracovie, où elles seront assassinées. Le 14 mars 1943, a lieu la liquidation du ghetto de Cracovie. Mojszesz aide son fils à partir en lui donnant de quoi être hébergé par des familles catholiques. Il va passer dans deux familles de Cracovie, dont la famille Putek, puis partir (sous le nom de Roman Wilk) durant l'été 1943 dans une famille très pauvre du village de Wysoka (actuel powiat de Wadowice) à 30 km de Cracovie. Il y reste jusqu'à l'automne 1944, puis revient chez les Putek à Cracovie qui est libérée par l'Armée rouge le 19 janvier 1945. C'est alors une période d'errance pour Roman, puis il retrouve deux oncles, Stefan Liebling, puis David qui partage un appartement avec une famille Horowitz (parmi laquelle Ryszard (en), né en 1939, devenu son ami, figurant sur la liste de Schindler et futur photographe).
Il retrouve son père, lorsque celui-ci rentre du camp de concentration de Mauthausen . En décembre 1945, Mojszesz épouse Wanda Zajączkowska qui l'incite à changer de nom. Il devient officiellement Ryszard Polański (Richard Polanski), et Roman adopte aussi ce nom. Sa sœur Annette a aussi survécu à la guerre ; elle part ensuite pour Paris.
Roman continue de mener une existence assez indépendante de son père et de sa belle-mère. Il commence cependant à être scolarisé de façon régulière.