Ce Jour-là

Roman Jakobson

Penseur russe

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Roman Ossipovitch Jakobson ou Yakobson (en russe : Роман Осипович Якобсон), né le 28 septembre 1896 (10 octobre dans le calendrier grégorien) à Moscou et mort le 18 juillet 1982 à Cambridge (États-Unis), est un penseur russo-tchéco-américain qui est l'un des linguistes les plus célèbres et les plus influents du XXe siècle, en posant les premières pierres du développement de l'analyse structurelle du langage, de la poésie et de l'art dont le cinéma, à travers une œuvre abondante et variée. Ses travaux exercent une influence décisive sur Claude Lévi-Strauss, Noam Chomsky, Tzvetan Todorov, Roland Barthes, Émile Benveniste, Michael Silverstein ou Richard Bauman, et Jakobson reste une figure centrale dans l'adaptation de l'analyse structurelle à des disciplines au-delà de la linguistique, notamment la philosophie, l'anthropologie, la communication ou la théorie de la littérature.

Roman Jakobson naît dans une famille juive aisée de l'Empire russe : il est le fils de l'industriel Joseph (Ossip) Abramovitch Jakobson, originaire d'Autriche-Hongrie, et de la chimiste Anna Volpert Jakobson, née à Riga (Lettonie actuelle).

L'un de ses frères deviendra l'historien et bibliothécaire du Congrès Sergius Yakobson (de). Un autre, Mikhaïl Jakobson, est déporté de France pendant l'occupation allemande et meurt dans un camp de concentration.

Roman étudie à l'Institut Lazarev des langues orientales, d'où il sort diplômé en 1914, puis à la Faculté d'histoire et de philologie de l'université de Moscou, où il travaille notamment sur la philologie des langues slaves.

Étudiant, il cofonde en 1915 le Cercle linguistique moscovite, qu'il préside jusqu'en 1920. Il participe également à la vie de l'avant-garde moscovite de l'art et de la poésie sous le pseudonyme d'Aliagrov. En 1917, il contribue à la fondation d'Opoyaz, société littéraire consacrée à l'étude du langage poétique, à Saint-Pétersbourg.

La linguistique de l'époque est essentiellement celle des néogrammairiens, selon laquelle la seule manière scientifique d'étudier le langage est de s'attacher à l'histoire et au développement des mots au cours du temps. De son côté, Jakobson, qui a connaissance des travaux de Ferdinand de Saussure, développe une approche qui se concentre sur la manière par laquelle la structure du langage elle-même permet de communiquer. Il s'associe aux formalistes russes dans leurs efforts pour rediriger l'attention des érudits littéraires vers la construction et la forme des œuvres littéraires. Il obtient son diplôme en 1918.

En février 1920, il part pour Revel (aujourd'hui Tallinn) en qualité de collaborateur de l'Agence télégraphique russe. De là, il gagne directement Prague en Tchécoslovaquie, le 10 juillet, en tant que traducteur pour la Croix-Rouge.

Le vice-ministre des Affaires étrangères de la Tchécoslovaquie suspecte néanmoins Jacobson d'être « un informateur de la mission soviétique, un espion et un provocateur » : en janvier 1923, la police organise une perquisition pour soupçons d'espionnage. La même année, il est nommé chef du bureau de presse de l'ambassade, mais en septembre 1927, il est démis de ses fonctions pour n'avoir pas été partisan de la résolution du secrétariat du Comité central du Parti communiste de toute l'Union ; il continue cependant à travailler à l'ambassade jusqu'en décembre 1928 pour le plénipotentiaire Vladimir Antonov-Ovseïenko, qui est alors démis par décision du Bureau d'organisation du Comité central du Parti communiste de toute l'Union.

Il reste toutefois en Tchécoslovaquie, où il soutient son doctorat intitulé « Sur la versification de l'épopée populaire serbo-croate » à l'université allemande de Prague, en 1930.

En octobre 1926, avec Nikolaï Sergueïevitch Troubetskoï, Vilém Mathesius et quelques autres, il fonde le Cercle linguistique de Prague, dont il est vice-président. Il développe de nouvelles techniques révolutionnaires pour l'analyse des systèmes sonores linguistiques, fondant ainsi la discipline moderne de la phonologie, puis applique des principes et des techniques similaires à l'étude d'autres aspects du langage tels que la syntaxe, la morphologie et la sémantique. Ses nombreux travaux sur la phonologie l'amènent à poursuivre ses développements sur la structure et les fonctions du langage. Il met en place un schéma de douze traits de sonorité et de tonalité, schéma commenté à la fois de façon acoustique et de façon génétique, et dont beaucoup des traits sont applicables aux consonnes et aux voyelles. Par exemple, la voyelle « A » et la consonne « K » sont compactes ; à l'opposé, « I » et « (O)U » sont des voyelles, et « P » et « T » des consonnes diffuses.

Au cours de ces années, il écrit abondamment sur la linguistique, la littérature tchèque et russe et la théorie littéraire.

Jakobson qui a obtenu un poste à Brno en 1934 (nommé Visiting Professor jusqu'en 1937) y enseigne la philologie russe et la littérature ancienne de Bohême à l'université Masaryk. En 1937, il obtient la nationalité tchécoslovaque. Participant à des conférences et congrès scientifiques internationaux, il voyage beaucoup à travers l'Europe, financé en cela par le ministère tchécoslovaque des Affaires étrangères.

Dans les années 1930, Jakobson adhère à l'eurasisme (doctrine considérant la Russie et ses voisins proches, slaves, roumains, grecs ou musulmans, comme une « entité continentale » à part entière appelée Eurasie), par le biais de l'un des chefs de file, Nikolaï Troubetskoï, qui est son associé le plus proche en linguistique et un correspondant, et l'autre, Piotr Nikolaïevitch Savitski (1895-1968), géographe structuraliste, parrain de Jakobson qui s'est converti à l'orthodoxie.

Évasions et « années d'errance »

Arrivent alors ce que Jakobson appellera ses « années d'errance des sans-abri d'un pays à l'autre », qui ne laissent pas ce Juif pourchassé moins prolifique.

Il quitte Brno pour se cacher à Prague le temps d'obtenir des visas, puis la Tchécoslovaquie, après l'invasion de ce pays par les troupes hitlériennes en mars 1939. Avec l'aide d'amis et de l'ambassade du Danemark, le couple qu'il forme avec Svatava Pirkova s'échappe vers Copenhague en avril, où Jakobson devient professeur détaché à l'University de Copenhague, avant de partir pour la Norvège en septembre, où il est admis à l'Académie des sciences et est également nommé professeur détaché à l'Université d'Oslo.

Après l'attaque allemande contre la Norvège en avril 1940, il doit à nouveau se réfugier avec son épouse en Suède via Särna. Mais après le bombardement de leur train, les Jakobson gagnent les montagnes norvégiennes où des villageois les aident à franchir la frontière suédoise. La police de la Suède les prend alors pour des voleurs et il faut plusieurs semaines pour convaincre qu'ils sont en fait des réfugiés. Finalement, en mai 1940, ils sont autorisés à se rendre à Stockholm.

En Suède, Jakobson devient externe chargé de cours à Uppsala. Là, il termine en 1941 son étude intitulée Kindersprache, Aphasie und allgemeine Lautgesetze (Child Language, Aphasia, and Phonological Universals), en étudiant les parallèles entre l'acquisition du langage par les enfants et sa perte par les patients aphasiques souffrant de dommages cérébraux.

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