Roland Dorgelès, nom de plume puis nom officiel de Rolland Maurice Lécavelé, né le 15 juin 1885 à Amiens (Somme) et mort le 18 mars 1973 à Paris 6e, est un écrivain et journaliste français, membre de l'Académie Goncourt de 1929 à 1973.
Roland Dorgelès naît à Amiens le 15 juin 1885, rue Vascosan, d'Onésime Lécavelé (1859-1923) et de Laure Leclercq (1861-1923). Il grandit dans un milieu bourgeois, aisé et cultivé. Il a une grande sœur : Léontine, née en 1881.
Il grandit à Paris et à Amiens, étudie brièvement l'architecture aux Arts Décoratifs et, à partir de 1903, mène la vie de bohème à Montmartre, qui inspire une grande partie de son œuvre. Amateur de farces et de canulars, en 1910, avec ses amis du cabaret du Lapin Agile, il fomente une énorme fumisterie. Il fait passer un tableau peint par un âne et intitulé Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique pour l'œuvre d'un jeune surdoué nommé Joachim-Raphaël Boronali (anagramme d'Aliboron) à l'occasion du Salon des indépendants. En 1908, il expose clandestinement au musée du Louvre un buste raté réalisé par son ami le sculpteur Marius de Buzon, critiquant de la sorte l'incompétence des conservateurs.
Devenu journaliste, il collabore au Sourire, à Fantasio et au Petit Journal. En 1912, il commence une relation avec Madeleine Pouchet (1890-1933), alors mariée à Raoul Borgeaud.
En 1914, bien que deux fois réformé précédemment pour raison de santé, il s'engage en se faisant appuyer par Georges Clemenceau, son patron au journal L'Homme libre. Il témoigne dans son ouvrage Au beau temps de la Butte que cet appui ne lui a été d'aucune utilité.
Roland Dorgelès combat activement dans l'infanterie, du 30 août 1914 au 7 septembre 1915. Il est versé au 74e régiment d'infanterie de ligne de Rouen le 21 août 1914. Il combat en Argonne et au nord de Reims ; puis passe au 39e régiment d'infanterie de ligne. Il participe aux combats du bois du Luxembourg en février 1915, à la Deuxième bataille d'Artois dans le cimetière de Neuville-Saint-Vaast en juin 1915 entre autres. Il prend des notes sans cesse, signalées dans sa correspondance avec Madeleine Pouchet. Il est nommé caporal et décoré de la croix de guerre. Il part alors en permission.
Après quelques mois intenses dans l'infanterie, il passe dans l'aviation de guerre. En septembre 1915, il devient élève pilote au premier groupe d'aviation à Dijon. De l'école de Buc, il est muté à celle d'Ambérieu. Il rate le brevet de pilote le 21 juin 1916 et s'accidente gravement. Après six semaines de convalescence à Bourg-en-Bresse, il est nommé sergent et affecté comme instructeur à la base aérienne d'Avord. Il écrit Les Croix de bois durant son service dans l'aviation, sans doute à compter de son hospitalisation de juin 1916, rompt avec Madeleine Pouchet et termine la guerre comme inspecteur de l'aviation.
En 1917, il entre au Canard enchaîné, où il se lie d'amitié avec Henri Béraud et Paul Vaillant-Couturier. Il publie dans ce journal un roman satirique intitulé La Machine à finir la guerre. Il écrit des articles de la même veine et dans le même journal entre 1917 et 1920. Pour certains de ses articles, il utilise le pseudonyme de Roland Catenoy ; les plus importants (feuilletons, contes, articles polémiques) paraissent sous son nom de plume. Les profiteurs de guerre, les députés, les forces de police sont particulièrement visés, ainsi que ceux qui diabolisent les bolcheviques.
En 1919, le 1er avril, jour de sa démobilisation, il publie le roman qui le rend célèbre, Les Croix de bois, inspiré de son expérience de la guerre de tranchées. Le roman obtient le prix Fémina (alors : prix de la Vie Heureuse) ; la même année, les jurés du prix Goncourt ne lui accordent que quatre voix, contre six à À l'ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust.
En 1921, il fait partie du jury du prix littéraire La Renaissance, créé par Henry Lapauze, conservateur du Petit Palais et fondateur-directeur de la revue bimensuelle La Renaissance politique, littéraire et artistique ; ce jury est présidé en 1921 par Léon Bérard, ministre de l'Instruction publique, et de 1922 à 1930 par Colette.
Le 30 avril 1923, il épouse à la mairie du 17e arrondissement de Paris Hania (dite Annette) Routchine (1895-1959), une artiste lyrique née en Russie d'ascendance juive, sœur de l'artiste peintre Sonia Routchine-Vitry. La même année, il publie Le Réveil des morts, roman consacré à la première reconstruction du Chemin des Dames.
En 1925, il publie Sur la route mandarine, basé sur son séjour en Indochine, critiqué pour sa contestation de la gestion financière de ce territoire, puis deux autres livres situés dans le même contexte, Partir... (1926) puis Route des tropiques (1944) qui rassemble trois textes distincts.
En 1929, il succède à Georges Courteline à l'Académie Goncourt. À partir de 1934 il noue une relation adultère avec Madeleine Poisson.
En 1939, il devient correspondant de guerre pour Gringoire, ouvertement antisémite depuis 1938. Il serait à l'origine de l’expression « Drôle de guerre » qui passe à la postérité. Il se réfugie à Cassis en 1940. Dès 1941, il cesse toute collaboration avec Gringoire. Habitant à partir de novembre 1942 dans le Comminges, à Montsaunès, il y accueille son ami Raoul Dufy pendant une année. Montsaunès sert de cadre à son roman Carte d'identité publié en 1945. Accusé en 1945, pour ses articles parus dans Gringoire, il bénéficie d'un non-lieu.
En 1954, il est élu président de l'Académie Goncourt, fonction qu'il occupe jusqu'à sa mort en 1973. Sa femme Hania meurt en 1959 et, en 1960, il se remarie avec sa maîtresse, Madeleine Moisson (1909-1996). En 1965, Dorgelès devient son patronyme officiel.
Roland Dorgelès meurt le 18 mars 1973 à son domicile de la rue Mabillon, dans le 6e arrondissement de Paris. Il est inhumé au cimetière Saint-Vincent.
Roland Dorgelès fut président de l’Association des écrivains combattants. Il a donné son nom à une distinction littéraire délivrée par cette association, le prix Roland-Dorgelès créé en 1995 pour des professionnels de la radio et de la télévision « qui se sont particulièrement distingués dans la défense de la langue française ».
Depuis 1996, le prix Roland-Dorgelès est décerné chaque année par l'Association des écrivains combattants à un professionnel de la radio et à un professionnel de la télévision pour leur attachement à la qualité de la langue française.