Roland Barthes, né le 12 novembre 1915 à Cherbourg (département de la Manche) et mort le 26 mars 1980 à Paris (13e arrondissement), est un critique littéraire et sémiologue français.
Directeur d'études à l'École pratique des hautes études jusqu'en 1975, puis à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et professeur au Collège de France, il est l'un des principaux animateurs du post-structuralisme et de la sémiologie linguistique en France.
Roland Gérard Barthes, né à Cherbourg, est issu d'une famille bourgeoise catholique du sud-ouest du côté paternel et d'une famille protestante de la bourgeoisie alsacienne du côté de sa mère.
Son grand-père, Léon Joseph Barthes, est inspecteur des chemins de fer du Midi. Son père, Louis Barthes, né en 1883 à Marmande (département du Lot-et-Garonne), officier de la marine marchande, mobilisé durant la Grande Guerre comme enseigne de vaisseau, meurt le 27 octobre 1916 à bord du chalutier « Montaigne » en mer du Nord.
Son grand-père maternel, Louis-Gustave Binger, explorateur devenu gouverneur des colonies, et sa grand-mère, Noémie, recevaient place du Panthéon le Tout-Paris intellectuel. Roland Barthes passe son enfance à Bayonne jusqu'en 1924, puis à Paris, où il étudie au lycée Montaigne, et enfin au lycée Louis-le-Grand. Il obtient le baccalauréat en 1934 et s'inscrit en lettres classiques à la faculté des lettres de l'université de Paris, où il contribue à fonder le Groupe de théâtre antique de la Sorbonne et obtient sa licence de lettres classiques en 1939 (certificat d'études grecques, certificat d'études latines, certificat de littérature française et d'histoire de la philosophie).
En 1934, après une hémoptysie, on lui diagnostique une lésion du poumon gauche. Jusqu'en 1949, ses études puis sa vie professionnelle sont perturbées par la maladie et les séjours en sanatorium en France et en Suisse. En 1937, il est exempté du service militaire. Professeur au lycée de Biarritz (1939-1940), puis aux lycées Voltaire et Buffon de Paris (1940-1941), il obtient également en 1941 son diplôme d'études supérieures après avoir soutenu un mémoire sur la tragédie grecque. Pendant ses séjours en sanatorium, il mène une vie intellectuelle riche, fait des rencontres déterminantes (dont celle, pour sa formation politique, de Georges Fournié, militant trotskyste qui l'initie au marxisme), lit des auteurs fondamentaux (Karl Marx, Jules Michelet, Jean-Paul Sartre) et publie ses premiers textes. Il obtient en 1943 le certificat de grammaire et philologie des langues classiques, ce qui lui permet de transformer sa licence en licence d'enseignement. En 1947, il publie dans Combat les premiers des textes qui constitueront Le Degré zéro de l'écriture. Entre le 1er août 1947 et le 13 septembre 1951, il publie huit articles. Commencent aussi, en cette période, des séjours professionnels à l'étranger : Bucarest (nommé bibliothécaire à l'Institut français en 1947, il s'installe dans la capitale roumaine avec sa mère et a une liaison orale avec un professeur de français, Petre Sirin (ro)), Alexandrie (où, professeur de français à l'université entre 1949 et juin 1950, il rencontre Algirdas Julien Greimas et où il s'initie à la linguistique) ; il séjourne au Maroc plusieurs fois dès 1963 (il enseigne à Rabat en 1969-1970). Il se rend pour la première fois aux États-Unis en 1958, comme « visiting professor » au Middlebury College (Vermont) puis à New York l'année suivante ; il y revient en 1967 (son amie Susan Sontag diffusera ses idées dans le monde intellectuel américain).
En 1952, de retour à Paris où il travaille au ministère des Affaires étrangères, il publie « Le monde où l'on catche » dans la revue Esprit et poursuit ses « Petites mythologies du mois » dans Combat puis dans la revue de Maurice Nadeau, Les Lettres nouvelles. Ses courts textes le font connaître et sont réunis en un seul volume en 1957. Mais son premier essai, Le Degré zéro de l'écriture, paru en 1953, est rapidement considéré comme le manifeste d'une nouvelle critique soucieuse de la logique immanente du texte. En 1954, il publie un article qui fera date sur Alain Robbe-Grillet. À cette époque, le théâtre l'intéresse particulièrement : au cours des années 1950, il écrit plus de quatre-vingts articles sur le théâtre, publiés dans diverses revues, et participe à la fondation de la revue Théâtre Populaire. Il participe également à la création en 1961 de la revue Communications dont il sera le rédacteur en chef entre 1975 et 1980 , puis, dans les années 1960 et 1970, il collabore à Tel Quel.
En 1962, il entre avec Michel Foucault et Michel Deguy au premier conseil de rédaction de la revue Critique, auprès de Jean Piel qui reprend la direction de la revue après la mort de Georges Bataille.
École pratique des hautes études
Stagiaire de recherche du CNRS de 1953 à 1954, puis attaché de recherche de 1956 à 1960, il devient ensuite chef de travaux à la VIe section de l'École pratique des hautes études puis directeur d'études en 1962 — ses premiers séminaires portent sur le thème « Inventaire des systèmes de signification contemporains » et débouchent sur ses Éléments de sémiologie (1965) et le Système de la mode (1967). En 1971, il est professeur invité à l'université de Genève. Il occupe la chaire de sémiologie du Collège de France de 1977 à 1980.
En publiant Sur Racine en 1965, il s'attaque à la vieille critique qui analyse l’œuvre à partir de la biographie de l'auteur. Raymond Picard, représentant de la critique universitaire, répond à Roland Barthes avec son livre Nouvelle critique ou nouvelle imposture. Barthes répond par son livre Critique et vérité. C'est le point de départ de la querelle de la nouvelle critique.
Le début des années 1970 est une période de publication intense, qui le voit s'éloigner du formalisme structuraliste et opter pour une subjectivité plus assumée, avec L'Empire des signes (1970), S/Z (1970), Sade, Fourier, Loyola (1971), Nouveaux Essais critiques (1972), suivis par son Roland Barthes par Roland Barthes (1975) et ses Fragments d’un discours amoureux (1977). C'est également l'époque de la reconnaissance : Tel Quel (1971) et L'Arc (1973) lui consacrent des numéros spéciaux et une décade est organisée sur son œuvre à Cerisy-la-Salle (1977). Cette évolution vers le post-structuralisme fait qu'on le rattache aussi à la French theory.
En 1974, il participe à un voyage en Chine avec François Wahl, Philippe Sollers, Julia Kristeva et Marcelin Pleynet. Alors que cette visite coïncide avec une purge sanglante, « déclenchée à l'échelle du pays entier par le régime maoïste », l'article qu'il publie dans Le Monde à son retour ne contient aucune critique du système politique chinois tandis que François Wahl se faisait plus critique et la rédaction de Tel quel défendait le régime de Mao. Il s'en justifiera plus tard en revendiquant une position neutre, « le commentaire sur le ton no comment ». Ses notes de voyages seront publiées en 2009 dans Carnets du voyage en Chine.
Avec la publication en 1977 de Fragments d'un discours amoureux, Barthes accède à une notoriété médiatique. C'est l'époque où il fait la connaissance d'Hervé Guibert avec qui il entretient une relation exclusivement épistolaire ; elle se rompt le jour où Barthes commande un texte à Guibert :
« Il m’a fait écrire un texte, La Mort propagande n° 0, raconte Guibert. Il devait écrire une préface. Mais il a posé comme condition que je couche avec lui. Et pour moi ce n’était pas possible. À cette époque, je n’aurais pu avoir un rapport avec un homme de cet âge. »
Le 25 octobre 1977, la mort de sa mère, avec laquelle il vivait, l'affecte profondément. Tandis qu’il séjourne à Urt, cet épisode douloureux est l’occasion pour lui de s’essayer à l’écriture diariste.
À l'automne 1978, il commence au Collège de France le cours sur « La préparation du roman ».
Le 25 février 1980, il est fauché par la camionnette d'une entreprise de blanchissage rue des Écoles à Paris, alors qu'il se rend au Collège de France. Barthes meurt le 26 mars suivant des suites de cet accident, à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, à l'âge de 64 ans. Il est enterré auprès de sa mère, dans le cimetière d'Urt au Pays basque.