Rokhaya Diallo, née le 10 avril 1978 à Paris, est une journaliste française, militante féministe et antiraciste (également afroféministe et décoloniale), ainsi qu'éditorialiste et réalisatrice. Elle est également directrice de la publication Politis.
Cofondatrice de l'association Les Indivisibles, elle est l'autrice de plusieurs livres et documentaires engagés.
Reconnue par certains aux États-Unis pour être l'une des voix antiracistes les plus influentes de France et d'Europe, elle intègre en 2020 en tant que contributrice la section Global Opinions du Washington Post.
Ses prises de position sont à l'origine de nombreuses polémiques, à propos de son opposition à la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques françaises et de son soutien aux réunions « en non-mixité », de ses déclarations sur le « racisme d'État » en France ou à propos de ses liens avec le mouvement des Indigènes de la République.
Rokhaya Diallo naît le 10 avril 1978 à Paris, de parents sénégalais et gambien : un père mécanicien, encarté au Parti socialiste et figure dans la communauté sénégalaise, et une mère professeure de couture. Sa famille déménage en 1989 à La Courneuve.
Diplômée en 2000 d'une maîtrise de droit international et européen, elle fait un court passage chez IBM, qu'elle quitte en 2002 parce qu'elle s'y sent « comme un pion ». Elle entreprend alors un master à l'université Panthéon-Sorbonne (Paris 1) en marketing et distribution dans l'industrie audiovisuelle, master qu'elle obtient en 2003 ; elle travaille dans la production audiovisuelle. À propos de ses études, elle déclare, dans Elle, en novembre 2012 : « À Assas ou dans mon école de commerce, on n'était que deux Noirs dans la classe. J'étais la seule à venir de banlieue et à être boursière ».
Passionnée d'anime, elle participe à la fondation de la Japan Expo[réf. souhaitée] et est brièvement actrice de doublage. Elle interprète Kamui Shirō enfant dans X1999, d'après CLAMP, et Ex dans Ah ! My goddess : Le film.
En 2001, elle travaille au sein du service jeunesse de La Courneuve, où elle s'occupe de l’insertion professionnelle des jeunes les moins favorisés. Elle est ensuite sollicitée lors de la création du Conseil local de la jeunesse avant d'en devenir présidente et de le rester pendant deux ans. Elle est militante de l'association anti-sexiste Mix-Cité et auprès de l'organisation altermondialiste ATTAC, notamment lors du festival Images mouvementées. En 2002, Rokhaya Diallo participe comme comédienne, chanteuse et parolière à différents courts métrages humoristiques du collectif Une case en moins.
En 2010, elle est sélectionnée pour participer au programme des visiteurs internationaux du département d'État des États-Unis.
Entre 2021 et 2024, elle est chercheuse en résidence au Centre de recherches Gender Justice Initiative de l'université de Georgetown à Washington. En France, elle enseigne les études culturelles à Paris I - Sorbonne.
En 2006, à force d'entendre « chez la plupart de mes interlocuteurs, [que] le fait d'être noire et d'origine populaire posait problème », elle cofonde l'association Les Indivisibles, en référence à l’article premier de la Constitution française qui dispose que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ».
L'association milite pour que cesse une « partition de la nationalité française selon une apparence physique » ou une provenance géographique. Son mot d'ordre est : « Français, sans commentaire ». Conçue d'abord dans la discrétion, pour « travailler avec des institutions telles que l'Éducation nationale », elle compte au printemps 2007 une douzaine de membres ; Rokhaya Diallo explique alors :
« Le concept de l’association s’est monté autour d’anecdotes tirées de situations que j’ai vécues et partagées avec mes amis. À force d’échanger, je me suis rendue [sic] compte que nous avions des vécus similaires. C’est cette caractéristique anecdotique qui nous a très rapidement orientés vers le choix d’une tonalité humoristique. »
L'association décide en 2009 de tout miser sur la présence médiatique, en décernant annuellement les Y'a bon Awards.
Avec quatre autres personnalités, François Durpaire, Marc Cheb Sun, Lilian Thuram et Pascal Blanchard, elle lance en 2010 un appel et cent propositions pour une « République multiculturelle et post-raciale ». En mars 2010, elle est sélectionnée pour participer au programme International Visitor Leadership : invitée du gouvernement fédéral des États-Unis, elle visite ce pays pour y étudier la diversité.
Le 6 mars 2010 sur Canal+, dans l'émission Salut les Terriens !, Éric Zemmour, au cours d'un débat avec Rokhaya Diallo, dit au sujet des contrôles au faciès : « Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois ? Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c'est comme ça, c'est un fait. ». Pour cela, Eric Zemmour a été condamné.
Dans un entretien au magazine Elle, au sujet de cet échange très médiatisé, Rokhaya Diallo dira s'être sentie agressée et que « la moindre des choses serait qu’il s’excuse. Mais je ne suis pas dupe : il ne le fera jamais. […] En tout cas, une chose est sûre : Éric Zemmour sera mis à l’honneur lors des prochains "Y'a bon Awards" ».
En 2011, Les Indivisibles se montrent plus critiques envers le Parti socialiste qu'elle juge « totalement absent et irresponsable. Le vieux fonds culturel laïcard et antireligieux l'empêche de toucher et comprendre les jeunes musulmans de France ».