Roger II de Sicile, né le 22 décembre 1095 à Mileto, et mort le 26 février 1154 à Palerme, est comte de Sicile de 1105 à 1130, puis roi de Sicile de 1130 à sa mort.
Fils de Roger de Hauteville, premier comte normand de Sicile, il unifie toutes les conquêtes des Normands en Italie du Sud sous une seule couronne et fonde le royaume de Sicile en 1130. Avec les Assises d'Ariano, il jette les bases d'un royaume centralisé, investissant le roi et sa bureaucratie d'une autorité absolue. Il mène une politique extérieure énergique et lance plusieurs expéditions militaires en direction de l'Afrique du Nord et de l'Orient byzantin.
Sous son règne, la ville de Palerme s'enrichit d'œuvres architecturales d'une grande valeur, aujourd'hui reconnues au patrimoine mondial. Par sa fille, Constance, née posthume, il est le grand-père de l'empereur Frédéric II.
Régence de la comtesse Adélaïde
Roger II de Sicile naît le 22 décembre 1095. Il est le second fils et troisième enfant du comte Roger de Hauteville et de sa troisième et dernière épouse Adélaïde de Montferrat. Lorsque le comte meurt en 1101, son successeur Simon est encore un enfant. Mais ce dernier meurt prématurément le 28 septembre 1105 et Adélaïde prend la régence du comté de Sicile au nom de Roger II. Pendant sa régence, la capitale est transférée de Mileto à Messine. Roger est éduqué par l'amiral Christodoulos à partir de 1105, puis par Georges d'Antioche. En 1112, Roger est fait chevalier dans la ville de Palerme. Dans un acte de la même année, il est nommé « comte de Sicile et de Calabre ». L'année suivante, il donne son accord au remariage de sa mère avec le roi Baudouin Ier de Jérusalem. Ce dernier trouve dans ce mariage le moyen d'accaparer les richesses immenses d'Adélaïde, avant de la répudier en 1117. Roger II n'oubliera jamais cet affront.
« [Le retour d'Adélaïde en Sicile] plongea son fils dans la plus grande consternation, et lui inspira pour jamais une violente haine contre le royaume de Jérusalem et ses habitants. Tandis que tous les autres princes chrétiens de l'univers n'ont cessé de faire les plus grands efforts […] pour protéger et faire prospérer notre royaume, comme une plante récemment sortie de terre, ce prince et ses successeurs n'ont pas même cherché jusqu'à ce jour à nous adresser une parole d'amitié […]. Ils paraissent avoir conservé à jamais le souvenir de cette offense, et font injustement peser sur tout un peuple la peine d'une faute qu'ils ne devraient imputer qu'à un seul homme. »
— Guillaume de Tyr, Chronique, XI, 29.
La même année, Roger épouse Elvire de Castille, fille du roi Alphonse VI de Castille et de la reine mauresque Isabelle.
Dès le début de son règne, suivant les conseils de son amiral et principal conseiller Georges d'Antioche, Roger II entame une politique d'expansion en Afrique du Nord. En avril 1118, une flotte normande de vingt-quatre vaisseaux débarque à Gabès en Tunisie afin de soutenir un sujet indocile de la dynastie ziride, mais l'expédition échoue. En 1118-1119, la flotte normande attaque les côtes tunisiennes et s'empare de plusieurs vaisseaux. En 1121, une flotte musulmane dirigée par un prince almoravide attaque les côtes de Calabre et pille la ville de Nicotera. Une expédition punitive, forte de trois cents vaisseaux, et commandée par Georges d'Antioche et Christodoulos, quitte Marsala en juillet 1123. Une partie des troupes débarque près de Mahdia et parvient à s'emparer du château de Ras Dimass. Les soldats musulmans font une sortie durant la nuit et isolent la garnison normande. Malgré plusieurs tentatives afin de libérer la garnison, le mauvais temps force la flotte normande à s'éloigner sans pouvoir porter secours à la garnison. Ce désastre de la Mahdia a un grand retentissement dans le monde musulman.
En Italie continentale, Roger entre en conflit dès 1121 avec son petit-cousin Guillaume, duc d'Apulie et de Calabre. Peu après son échec à Mahdia, il s'empare de Montescaglioso, près de Matera, pour récupérer l'héritage de sa demi-sœur Emma. Prenant l'ascendant sur son petit-cousin, Roger récupère la souveraineté de la moitié de Palerme qui appartenait encore aux héritiers de Robert Guiscard, et se fait désigner en 1125 comme héritier du duché d'Apulie et de Calabre. Le 28 juillet 1127, Guillaume meurt sans héritier. Roger II en profite pour réclamer la succession du duché. Mais le pape Honorius II s'oppose à l'union du comté de Sicile au duché d'Apulie. En décembre 1127, le pape prêche la croisade et monte contre Roger une ligue dirigée par Robert II d'Aversa et Rainolf d'Alife, le beau-frère de Roger. Le comte de Sicile débarque en Italie du Sud en mai 1128 et soumet successivement les villes de Tarente, Otrante, puis Brindes. Les coalisés abandonnent le pape Honorius, et celui-ci est contraint de conférer à Roger II le titre de duc d'Apulie, de Calabre et de Sicile à Bénévent en août 1128. Roger II tente ensuite de châtier la ville de Troia, qui résiste, mais parvient à soumettre Melfi avant de retourner en Sicile.
Au printemps 1129, il mène une nouvelle campagne de pacification en Italie du Sud. En septembre, Roger convoque l'ensemble de ses vassaux d'Apulie et de Calabre à Melfi ; l'assemblés des barons, évêques et abbés prête serment de fidélité au duc et à ses fils, Roger et Tancrède, et reconnaît la souveraineté du Normand sur l'ensemble de l'Italie du Sud. Le duc interdit les guerres privées, ordonne aux barons de soumettre les criminels à la justice ducale, et exige que l'on respecte les biens des marchands, des pèlerins et des voyageurs.
La mort du pape Honorius II en février 1130 est suivie d'une double élection. Les deux papes sont consacrés le même jour, le premier, Innocent II, à Santa Maria Nuova ; le deuxième, Anaclet II, à la basilique Saint-Pierre. Innocent trouve refuge dans le nord de l'Italie et en France, où il est soutenu par Bernard de Clairvaux et l'ensemble des États européens. De son côté, Roger prête hommage au pape Anaclet II et soumet le clergé de son royaume à ce dernier. Le 27 septembre 1130, une bulle pontificale concède à Roger II le royaume de Sicile, d'Apulie et de Calabre. Le 25 décembre 1130, Roger II est officiellement couronné roi de Sicile dans la cathédrale de Palerme.
Pendant dix années, Roger II entreprend une longue campagne contre les barons qui profitent du schisme de l'Église afin de tenter de retrouver leurs anciennes libertés. Entre 1127 et 1139, il se heurte sur le continent à une aristocratie souvent réticente à accepter la consolidation du nouveau royaume et l'autorité royale. En 1131, le roi de Sicile annexe la ville d'Amalfi et y installe une garnison normande. Il soumet ensuite les barons Godefroy d'Andria, Grimoald de Bari et Tancrède de Converano. Le 25 juillet 1132, Roger II est cependant vaincu à Nocera par une coalition dirigée par Rainolf d'Alife et Robert de Capoue. Réfugié dans un premier temps à Salerne, le roi reconquiert une grande partie de la péninsule l'année suivante. En juillet 1134, sa formidable énergie et la sauvagerie de ses contingents musulmans forcent Rainolf d'Alife et Serge VII, duc de Naples, à la soumission. Roger II soumet définitivement la ville de Capoue ; il expulse Robert II, et place à la tête de la ville son fils cadet Alphonse.
En France, l'abbé Bernard de Clairvaux forme une coalition composée des rois Louis VI de France, Henri Ier d'Angleterre, des empereurs Lothaire III, Jean II Comnène, et des républiques de Gênes, Pise et de Venise, contre Roger II. En février 1137, Lothaire III descend en Italie, se joint aux forces de Rainolf d'Alife, et s'empare de la totalité du Mezzogiorno. À San Severino, après une campagne victorieuse, l'empereur et le pape investissent Rainolf en tant que duc d'Apulie en août 1137. Lothaire meurt peu après, en décembre, lors de son retour en Allemagne. Débarrassé des forces impériales, Roger II reprend le terrain perdu, pille les villes de Nocera et de Capoue, ravage Alife et Telese, et force Serge VII à reconnaître sa souveraineté sur Naples.