Roger Holeindre, né le 21 mars 1929 à Corrano (Corse-du-Sud) et mort le 30 janvier 2020 à Vaucresson (Hauts-de-Seine), est un militaire, journaliste et homme politique français.
Ouvrier métallurgiste, il est volontaire et sous-officier lors des guerres d’Indochine et d’Algérie, pour lesquelles il reçoit de nombreuses décorations. Partisan de l’Empire français, il s’engage pour l’Organisation de l'armée secrète (OAS), qui commet des attentats terroristes, ce qui lui vaut d’être emprisonné plusieurs années. Il est ensuite journaliste pour plusieurs titres d'extrême droite et écrivain.
En 1972, après avoir lancé plusieurs formations d’extrême droite, il participe à la fondation du Front national et en est un temps vice-président. Il est député de la Seine-Saint-Denis de 1986 à 1988 et conseiller régional d'Île-de-France entre 1992 et 2010. Proche de Jean-Marie Le Pen, opposé à la ligne de sa fille Marine et à la « dédiabolisation » du parti, il quitte le FN en 2011 pour rejoindre le Parti de la France, dont il est président d'honneur de 2016 à sa mort.
Issu d'un milieu modeste, Roger Holeindre passe son enfance dans les Vosges puis en Seine-et-Oise. Il est scolarisé à l'école communale et à la pension Clerbois, à Rosny-sous-Bois, dont il sort « de droite ».
En 1944, à l'âge de quinze ans, membre d’une organisation scoute clandestine, il participe à des opérations nocturnes contre l’occupant allemandet dérobe, à Noisy-le-Sec, deux mitrailleuses jumelées aux Allemands, ce qui constitue son premier acte de « Résistance ». Il dit plus tard tenir de l’occupation allemande ses convictions de droite, non gaulliste, et avoir du respect pour le maréchal Pétain.
Partisan de l’« Empire français », Roger Holeindre s’engage dans les fusiliers marins puis se porte volontaire pour la guerre d'Indochine, dans la 1re Dinassaut puis la 1re demi-brigade coloniale de commandos parachutistes. Rapatrié en métropole après avoir été blessé, il repart pour participer aux derniers combats.
Après l’Indochine, désigné instructeur contre-guérilla, il se porte à nouveau volontaire pour la guerre d'Algérie, au 8e régiment de parachutistes d'infanterie de marine. Il combat en particulier près de Tébessa, à l'est de l'Algérie et infiltre des zones rebelles dans les Aurès. Comme de nombreux autres sous-officiers, qui affichent entre eux une grande solidarité, la hiérarchie militaire lui apparaît comme arriviste.
Grièvement blessé (une balle dans la tête), il est démobilisé et s'installe à Tebessa. Ainsi revenu à la vie civile, il crée dans la ville une maison des jeunes et participe à l'éducation et aux loisirs de centaines de jeunes, majoritairement musulmans. Souhaitant poursuivre la lutte pour l’Algérie française, il crée en décembre 1961, dans le Constantinois, le maquis « Bonaparte », qui intègre des évadés de l’Organisation de l'armée secrète (OAS) des prisons françaises en Algérie. Trois mois plus tard, Roger Holeindre est arrêté et emprisonné en France.
Durant le reste de sa vie, il défend les parachutistes, étant notamment vice-président de l’Union nationale des parachutistes.
Auparavant ouvrier métallurgiste, Roger Holeindre mène ensuite une carrière de journaliste, étant grand reporter à Paris Match dans les années 1980, puis à Magazine Hebdo et au Figaro Magazine dans les années 1990. Il est spécialiste des questions africaines, de l'Asie et de l'Amérique latine.
Également écrivain, il est l'auteur d'une quarantaine de livres, notamment Trahisons sur commande : une histoire du Parti communiste français ou Tout va mal en France… c'est la faute à Pétain. Il reçoit le prix littéraire de l'Asie en 1980 et le prix Renaissance des lettres en 2016.
Le politologue Jean-Yves Camus indique : « Autodidacte du journalisme, qu’il avait exercé comme reporter, il ne parlait ni n’écrivait (dans ses romans et récits) la langue policée et classique de son ami Jean-Marie Le Pen. Son genre n’était pas l’argot parisien de François Brigneau, son compagnon des débuts frontistes, mais l’argot des chambrées militaires, langage usuel d’une vie vouée à l’armée et à une certaine conception de ses valeurs. »
Favorable à la devise « un drapeau, trois couleurs », il prône l’assimilation et s'oppose à l’indépendance des colonies françaises, qu’il voit comme une occasion, pour les communistes, d’affirmer leur emprise sur le continent africain. Durant la guerre d’Algérie, il s’engage dans l'OAS, qui tente notamment d'assassiner le président de la République Charles de Gaulle au début des années 1960. Pour sa poursuite du combat dans le maquis "Bonaparte", il est arrêté le 6 février 1962 et condamné à quatorze années d’emprisonnement. Il est amnistié après avoir purgé trois ans et demi de sa peine.
Après sa libération, il poursuit son engagement à l'extrême droite, conseillant les jeunes militants du mouvement Occident. En vue de l'élection présidentielle de 1965, il soutient la candidature du candidat d’extrême droite et pro-Algérie française Jean-Louis Tixier-Vignancour, dont il assure le service d’ordre des « comités », affrontant plusieurs fois des militants de la CGT. C’est lors de cette campagne — à l’issue de laquelle Tixier-Vignancour recueille 5,2 % des suffrages — que Roger Holeindre rencontre Jean-Marie Le Pen, dont il devient un proche.
Dirigeant de mouvements nationalistes
Dans la période précédant Mai 68, il dirige le Front uni de soutien au Sud-Vietnam, qui fédère plusieurs mouvements d'extrême droite (dont Occident, le Rassemblement européen de la liberté et le Mouvement jeune révolution) et dispose d'un « quartier général » au Cercle du Panthéon, rue Quincampoix à Paris. Il côtoie alors de jeunes figures de l’extrême droite « renaissante », comme Alain Madelin, Gérard Longuet et Claude Goasguen, et participe à plusieurs rixes avec des militants de gauche. Le 28 avril 1968, il est gravement blessé par un commando de maoïstes des Comités Vietnam de base venu détruire une exposition sur les crimes des Vietcongs.
Après Mai 68, il dirige la revue Contre-Poison et fonde le mouvement nationaliste et antigaulliste des Jeunesses patriotes et sociales (JPS). Le 2 mai 1969, lors d’un tractage des JPS devant le lycée Louis-le-Grand, l’étudiant Jean-Gilles Malliarakis, président du mouvement d’extrême droite Action nationaliste, est assommé et un militant d’extrême gauche blessé à la main ; Roger Holeindre est placé en détention provisoire deux jours plus tard, avant d’être libéré le 14 mai suivant.
Les Jeunesses patriotes et sociales participent en mars 1970 au lancement du Parti national populaire (PNP), dont Roger Holeindre devient le président et Pierre Bousquet, rédacteur en chef du journal Militant, secrétaire général. En janvier 1971, avec l’Union pour le progrès et les libertés (UPL) d’Yvan Anchier (ex-ARLP), le PNP fusionne dans le Parti de l'unité française (PUF). Onze mois plus tard, avec le plus modéré Mouvement pour la justice et la liberté de Georges Bidault, le PUF devient le Mouvement pour la justice et la liberté – Unité française.