Ce Jour-là

Roger Heim

Mycologue français

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Roger Heim, né le 12 février 1900 dans le 16e arrondissement de Paris et mort le 17 septembre 1979 dans le 13e arrondissement de Paris, est un botaniste français spécialisé en mycologie et en phytopathologie, professeur au Muséum national d'histoire naturelle, et directeur de cet établissement de 1951 à 1965. Centralien, il était ingénieur chimiste de formation, mais son intérêt allait à l'étude des champignons. Il fut membre de l'Académie des sciences et président de la Fondation Singer-Polignac de 1958 à 1976.

Il est connu pour ses descriptions anatomiques de l'hyménium des champignons, la systématique et la phylogénie des champignons supérieurs, notamment les Russulales et le genre Secotium, la mycologie tropicale d'espèces telle que les Termitomyces, et ses travaux d'ethnomycologie sur les champignons hallucinogènes, comme les Psilocybe et Stropharia. Il a publié plus de 560 articles scientifiques, thèses et monographies, traitant de botanique, chimie, éducation, foresterie, horticulture, arts libéraux, médecine et zoologie.

Roger Jean Heim naît le 12 février 1900 dans le 16e arrondissement de Paris. Il est depuis l'enfance attiré par l'histoire naturelle et abord par de nombreuses herborisations l'étude de la flore française, en commençant par celle des phanérogames, puis en se spécialisant dans celle des champignons.

En 1920, alors qu'il est reçu au concours d'entrée à l'École Centrale, le Dr Fernand Camus le présente au laboratoire de Cryptogamie du Muséum. Encouragé par le Pr. botaniste Louis Mangin, il passe tout son temps libre à se documenter à la bibliothèque et auprès des collections du laboratoire. Il y rencontre Narcisse Patouillard, dont il devient l'élève et l'ami. Ce dernier deviendra un des maîtres de la mycologie du début du XXe siècle. Grâce à ses encouragements et son affection, la véritable vocation du jeune Roger Heim s'affirme : bien qu'ayant obtenu son diplôme d'Ingénieur des Arts et Manufactures, il renonce à la carrière qui s'offre à lui dans l'industrie chimique.

En 1923, il est nommé conservateur de l'Institut botanique alpin du Lautaret, rattaché à la faculté des Sciences de Grenoble et dirigé par le Pr. Marcel Mirande. Il découvre la riche biodiversité fongique des Alpes et du Lautaret.

Il obtient la licence de sciences naturelles mais, arrivé au terme d'un sursis de cinq ans, se fait détacher en tant que chimiste militaire au laboratoire de Chimie organique du Pr. L. J. Simon, au Muséum national d'histoire naturelle, où il met au point une méthode de dosage volumétrique du carbone chez les substances organiques privées d'azote, à l'aide de la combustion par le mélange sulfo-chromique.

À la mort du Pr. Simon, il termine son service militaire au laboratoire de Chimie biologique du Pr. Gabriel Bertrand, éminent chimiste de l'Institut Pasteur. Durant les cinq années, de son entrée à l'École Centrale à sa libération, il est initié à l'étude des champignons exotiques par Patouillard. À la mort de ce dernier en mars 1926, le Pr. Mangin le nomme préparateur.

Il achève la rédaction de plusieurs notes de mycologie exotique de Patouillard et tâche de reprendre le flambeau, le vide laissé par la mort d'Émile Boudier faisant craindre l'extinction de la tradition de l'École mycologique de Paris, où s'illustrèrent Léveillé et les frères Tulasne.

Il commence par combler une lacune de la bibliographie mondiale, et fonde avec Pierre Allorge, Potier de la Varde, Hamel et Zahlbruckner, le trimestriel international des Annales de Cryptogamie exotique.

Ses conceptions sur la systématique et l'anatomie des Agarics, se précisant sur la biologie de l'espèce, il aborde l'étude d'un genre d'Agarics à spores ocracées (en) : le genre Inocybe, dont la difficulté rebute bien des mycologues, mais qui l'attire par l'isomorphisme et le polymorphisme remarquables de ses espèces. Il publie sa thèse de doctorat à la Faculté des Sciences de Paris, qui obtient la mention très honorable et les félicitations du jury.

La plus grande partie de ce livre est un essai monographique sur le genre Inocybe. Leurs caractères macroscopiques et microscopiques précis sont illustrés de 120 dessins au trait et de 35 planches en couleurs, complété par des remarques critiques, le groupement des espèces, et leurs affinités, établis à partir de son expérience personnelle. Les variations des caractères et leur amplitude, l'amènent à réduire de nombreuses espèces au rang de variétés ou de formes, et à ressusciter la notion de stirpe, rang supérieur à l'espèce, qui tire sa valeur de la ressemblance des formes qui le composent en tant qu’indice d'une filiation qui a cessé d'exister.

Dans la distinction des sections, stirpes et espèces, il insiste sur le caractère olfactif de la chair dont il montre qu'il est dû à un réseau de filaments lactifères et à des oxydases, dégageant ainsi un quadruple caractère : anatomique, chimique, olfactif et biochimique, sur lequel sont basés la classification du genre Inocybe qu'il propose, et notamment la section Lactiferae (espèces à odeurs de fruits, de fleurs ou de muscs, qui s'est révélée naturelle, et dont les représentants étaient dispersés dans différents groupes).

Il note ensuite que parmi les Inocybes, certaines espèces aux cystides à membrane épaisse et réfringente, surmontés de cristaux d'oxalate de calcium, possèdent des spores à profil d'amande selon un seul plan longitudinal de symétrie. Au contraire, des Inocybes privés de cystides oxalifères qui présentent toujours des spores à profil dorso-ventral en forme de rein, manifestant l'existence de deux plans perpendiculaires de symétrie.

Il y a donc corrélation profonde et continue entre deux sortes d'organes qui jouent dans la physiologie des champignons un rôle essentiel : la spore étant l'aboutissement des fonctions reproductrices, et la cystide symbolisant l’activité nutritive.

Il observe aussi la variabilité du contour sporal et découvre des sporées hétérogènes, à types différents de spores mûres traduisant des paliers d'évolution distincts. Cherchant les causes de ce polymorphisme : hybridations, basides portant un nombre variable de spores, mutations ou novations. Il conclut que la spore des Inocybes, possède un état d'instabilité qui se traduit par une modification par étapes de son contour dans une direction, depuis le profil oval jusqu'à celui hérissé de bosses spiniformes.

Sa thèse comporte aussi des vues nouvelles sur les variations des basides, le rapport entre leur volume et celui des spores qu'ils portent, sur les téguments et leur ornementation, sur les pores germinatifs... Il décrit cinq coupures génériques nouvelles, dont trois appartenant à la flore malgache.

Ethnomycologue, résistant, et écologue

Il soutint sa thèse de doctorat sur le genre Inocybe en 1931. Au Muséum, il devient sous-directeur en 1933, au laboratoire de cryptogamie, puis se marie en 1935 avec la mycologue Panca Eftimiu, spécialiste des Exoascées au jardin botanique de Bucarest : leur fils Jean-Louis Heim (1937-2018) était paléoanthropologue, spécialiste du site de La Ferrassie en Dordogne.

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