Roger Couderc est un journaliste sportif français, spécialiste du rugby, né le 12 juillet 1918 à Souillac (Lot) et mort le 25 février 1984 à Bron.
Ses commentaires enthousiastes, à la télévision et à la radio, ont grandement contribué à élargir la popularité du rugby en France. Les joueurs de l’équipe de France le surnommaient « le seizième homme du XV de France ».
Il naît à Souillac, où son père, Pierre Couderc, tient l’hôtel de la Gare, puis, à partir de 1932, le Grand Hôtel. Il entre au lycée Gambetta de Cahors en 1932, puis est interne au lycée Ingres de Montauban. Il est formé au rugby à « La Quercynoise », association sportive du lycée Gambetta de Cahors.
Son père souhaite qu'il devienne cuisinier, mais, se sentant une vocation d'artiste, Roger préfère, à seize ans et demi, monter à Paris. Il y étudie à l'école nationale supérieure des beaux-arts où il ne reste que quelques mois, préférant vivre la vie de bohème parisienne. À dix-neuf ans, au début de l'année 1938, ayant du mal à subvenir à ses besoins, il entre à l’agence de presse Fournier qui l'envoie notamment faire un reportage sur l'exécution d'Eugène Weidmann à Versailles le 17 juin 1939.
En 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé et rejoint le 12e régiment d’artillerie coloniale à Agen où il côtoie Charles Boyer, mobilisé comme lui. Il est ensuite envoyé au camp de Ger, puis au camp de Souge. Fait prisonnier près de Laval, il est envoyé en Allemagne, au stalag XIII A à Nuremberg où, obligé de travailler, ses conditions de vie sont très difficiles. Il est ensuite envoyé travailler à l'usine Neumeyer où il organise des parties de rugby et improvise des pièces de théâtre. Blessé au genou dans un bombardement de l'usine en 1942, il est autorisé en mars 1943 à rentrer en France. Il est désormais de santé fragile.
De retour à Souillac, il rencontre en 1943 Fernande Gilard, dite « Noune », une jeune fille de Mauvezin, dans le Gers, dont le père est industriel dans la confection. Il l'épouse en 1944 et part vivre à Mauvezin où il entre dans un réseau de Résistance locale et intègre l'équipe de rugby de la Renaissance Sportive Mauzevinoise (R.S.M.) où il joue trois-quart aile. Le couple a deux enfants, Christine (née en 1944) et Laurent (né en 1945), lesquels lui donneront quatre petits-enfants : Frédéric, Olivier, Sébastien et Julie.
En 1944, souhaitant redevenir journaliste, il retourne à Paris, laissant sa femme et sa fille à Mauvezin et fait la connaissance de François Mitterrand, directeur de Libre, journal du Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés pour lequel il est embauché et chargé des articles sur la guerre finissante. Ils déjeunent parfois ensemble au Café du Croissant. Devenu président de la République française, celui-ci lui remettra en personne à l'Élysée, le 21 septembre 1982, en présence de quatre ministres, les insignes de Chevalier de la Légion d'honneur lui disant : « Vous avez inventé un métier ». Cette remise se fait en présence de sa famille, dont notamment son père âgé de 94 ans. La même année, il est engagé à la Radiodiffusion nationale, étant chargé de la chronique consacrée aux prisonniers de guerre, auxquels il s'adresse directement. Il écrit également des articles pour V Magazine. Il entre aussi au Cours Simon, mais n'y reste que quelques semaines, le quittant après avoir complètement raté une scène de Britannicus sous le regard agacé de René Simon. Il s'essaie également à l'écriture de textes de chansons qu'ils présentent à Édith Piaf puis à André Claveau qui les refusent avant qu'ils ne soient acceptés par Armand Mestral qui les chante dans son disque Prière au Soleil.
En 1947, sa santé ayant été fragilisée par ses années de captivité et son travail intensif d'après-guerre, il tombe gravement malade ; souffrant d'une pleurésie double et d'une péritonite, il tombe dans le coma. Les médecins annoncent à sa famille qu'il va mourir et un prêtre lui administre l'extrême-onction. Mais son père, refusant l'issue fatale, contacte le professeur Mollaret qui le sauve grâce à la streptomycine dont il est le premier ou l'un des premiers bénéficiaires en France.
Après sa convalescence, il retourne avec sa femme et ses deux enfants à Mauvezin, son beau-père lui offre alors la possibilité de tenir un magasin de confection à Toulouse, ville où il se passionne pour les matches du Stade toulousain auxquels il assiste régulièrement. Mais n'aimant pas le métier de commerçant pour lequel il ne se sent aucun aptitude, il décide, après la mort de sa mère en 1949, de remonter à Paris et de retenter sa chance.
Roger Couderc a aussi travaillé au Courrier de la Nièvre, à La Dépêche du Midi, au Midi olympique et à L'Auto-Journal. Il réalise une exclusivité en étant le premier à interviewer Marcel Ravidat, l'un des découvreurs de la grotte de Lascaux.
Journaliste et animateur de radio-télévision
En 1950, grâce à son expérience passée, il est embauché au service des sports, dirigé par Georges Briquet, de la RTF et est chargé du Rugby à XIII, tandis que Loys Van Lee suit le Rugby à XV.
Il couvre aussi les courses automobiles et est très choqué par l'accident des 24 Heures du Mans 1955, où il avait été envoyé comme radio reporter, et estime que la course aurait dû être arrêtée.
En 1952, il entre dans l'équipe de Jacques Antoine et anime sur Radio Luxembourg l'émission hebdomadaire Monsieur B court toujours, puis Au pied du mur et Vous êtes formidables sur Europe numéro 1.
En 1956, il entre à la télévision pour y animer avec Pierre Bellemare le jeu télévisé La Tête et les Jambes. Puis en 1958-59, il y commente « les deux rugby », le catch, le tennis. À partir de 1961, il participe, aux côtés de Thierry Roland et Robert Chapatte, à l'émission sportive Les Coulisses de l'exploit. Il fait partie de l'équipe de « Sports Dimanche » où il guide les débuts de Michel Drucker. En 1962, il fait aussi partie de l'équipe d'animateurs du jeu télévisé Intervilles, tout en devenant le spécialiste incontesté du rugby à XV, faisant connaître le tournoi des Cinq nations jusqu'au nord de la Loire. À partir de 1963, il anime « Le Temps des loisirs ». C’est dans le cadre de cette émission qu’il mène une interview « rigolote » de Brigitte Bardot sur le tournage d'Une ravissante idiote. En 1965, il écrit un roman policier, Le Nez de Siméon.
Durant les années 1960, le vendredi soir, il commente les grandes soirées de catch télévisées, en direct de l'Élysée-Montmartre et de la salle Wagram. C'est l'époque de célèbres lutteurs comme L'Ange Blanc ou Le Bourreau de Béthune. Les commentaires tonitruants et pleins de vie de Roger — flamboyants, indignés ou hilares — ravissent les téléspectateurs[non neutre]. « Techniquement, écrit le catcheur lorientais Jean Corne, il ne connaît rien au catch. Il fait oublier cette carence par une façon toute méridionale. Son truc, c'est la partialité […] Et lorsque Couderc prend fait et cause pour les bons contre les méchants, on y croit. » Le 20 janvier 1961, il met lui-même la main à la pâte en se bagarrant avec un spectateur agressif.
C'est le rugby à XV qui lui vaut sa plus grande popularité. « Seigneur du micro », il n'a pas son pareil pour « transformer une charge d'avants biterrois en épopée hollywoodienne », pour « pousser en mêlée avec les Spanghero, pour feinter la passe comme Gachassin, pour relancer de l'en-but comme les frères Boni. » Sa ferveur, sa bonne humeur, son chaleureux accent occitan, ses commentaires bouillonnants, parfois chauvins mais toujours bon enfant, contribuent fortement à faire aimer le rugby dans son pays. Infatigable supporter de l'équipe de France, il encourage plus qu'il ne commente, au point d'être surnommé par les joueurs le « seizième homme du XV de France ». Son vibrant « Allez les petits ! » — lancé à des géants de plus de 100 kilos — devient vite célèbre. Parmi les joueurs qu’il interviewe, se trouve celui qui deviendra bien plus tard son complice à l’antenne, Pierre Albaladejo : « Avec sa gouaille et son enthousiasme, dit Albaladejo, on avait l'impression de l'avoir déjà rencontré quelque part. Il émanait de lui une telle chaleur communicative qu'on se sentait son ami dès la première fois qu'on lui parlait […] Enthousiaste, volubile, débordant de vitalité […] Il avait une propension instinctive à l'exagération sous toutes ses formes […] Il exagérait tout et tout le temps, pas uniquement lorsqu'il commentait. » Le journaliste et réalisateur Christophe Duchiron voit en Roger Couderc « un précurseur dans le commentaire sportif en direct […] C'est une mer déchaînée, une pulsion passionnelle, une déferlante de sentiments. » L’intéressé reconnaît : « Je n'ai pas la prétention de faire vivre un match avec la technique. J'aurais trop peur d'endormir les gens. » Pour Albaladejo, « Roger Couderc a apporté, spontanément, une dimension épique au rugby. Il a à la fois dramatisé et dédramatisé le jeu. Il avait un don exceptionnel pour tout mélanger, l'essentiel et l'anecdotique, l'important et le futile. Il voyait un match à sa manière et en parlait également à sa manière. »