Rodrigo Roa Duterte, dit Rody Duterte, surnommé Digong, né le 28 mars 1945 à Maasin, est un homme d'État philippin, membre du PDP-Laban.
Il est maire de Davao de 1988 à 1998, puis de 2001 à 2010, de 2013 à 2016 et enfin depuis juin 2025. Il se fait connaître pour sa politique brutale d'élimination de la criminalité à Davao, où il encourage ouvertement les exécutions extrajudiciaires.
Il est président des Philippines de 2016 à 2022.
Sur le plan diplomatique, il rompt d'abord avec la tradition pro-américaine des Philippines pour se rapprocher de la Chine et de la Russie, avant de durcir sa position face aux incursions chinoises en mer de Chine méridionale à partir de 2020.
Il mène également des réformes sociales et économiques telles que le programme « Build, Build, Build » portant le budget d'infrastructures à 5,6 % du PIB, la gratuité des universités publiques et l'établissement d'un système d'assurance maladie universel.
Mais sa présidence est marquée par une guerre sanglante contre le trafic de drogue, qui aurait causé l'exécution extrajudiciaire d'environ 30 000 personnes selon les estimations de Human Rights Watch en 2018. Une plainte est déposée contre lui devant la Cour pénale internationale en avril 2017 pour crimes contre l'humanité, qui donne lieu à un mandat d'arrêt en vertu duquel il est arrêté à Manille le 11 mars 2025.
Rodrigo Duterte est le fils de l'avocat et homme politique Vicente G. Duterte et de Soledad Roa. Le premier est secrétaire d'État sous la présidence de Ferdinand Marcos et la seconde mène des manifestations contre le régime de ce dernier après l'instauration de la loi martiale.
Il est diplômé en science politique du Lyceum de l'université des Philippines (en) à Manille en 1968. Reçu à l'examen d'avocat en 1972, il travaille par la suite au bureau du procureur de la ville de Davao, dans le Sud des Philippines, entre 1977 et 1986. Il est aussi spécialiste de l'histoire du droit des Philippines au temps de la colonisation espagnole du pays, avant 1898. Il parle l'espagnol, le tagalog (langue officielle des Philippines), le bisaya (sa langue maternelle), et l'anglais.
Après la révolution de février 1986, qui chasse le dictateur Ferdinand Marcos du pouvoir, il est nommé adjoint au maire de Davao, avant d'être élu maire en 1988 et de le demeurer pendant dix ans. Il est de nouveau élu en 2001, puis réélu en 2004 et 2007 et exerce la fonction jusqu'en 2010, date à laquelle il est remplacé par sa fille, Sara Duterte. Enfin en 2013, il est une nouvelle fois élu maire, fonction qu'il conserve jusqu'à son élection à la présidence du pays.
Il est le premier maire à nommer des représentants des minorités musulmanes et lumads parmi ses adjoints. Il publie également une ordonnance prohibant les discriminations antimusulmanes. Il est populaire localement grâce au succès de sa politique de tolérance zéro à l'égard des criminels au point que le magazine Time le surnomme le « Punisher ». En l'espace de 20 ans, Davao serait ainsi passée selon lui du statut de « capitale du crime » à « la ville la plus sûre du monde ». Des données de la police nationale des Philippines parues en avril 2016 (données brutes, non-proportionnées au nombre d'habitants) mettent cependant en lumière que Davao a pourtant la première place en nombre de meurtres entre 2010 et 2015, et la deuxième en nombre de viols aux Philippines pour la même période.
Il prend position en faveur du maintien des écoles communautaires indigènes que le gouvernement envisageait de supprimer.
En février 2017 un ancien policier explique que lorsqu'il était maire, Duterte l'aurait payé lui ainsi que d'autres policiers pour tuer non seulement des criminels mais aussi des opposants politiques dont le commentateur radio Jun Pala (en), critique à l'égard du maire.
Candidat à l'élection présidentielle de 2016 pour le parti PDP-Laban (centre gauche à gauche), il est élu le 9 mai recueillant 16 601 997 voix (39 % des voix) contre 9 978 175 voix (23,5 %) pour Mar Roxas et 9 100 991 (21,4 %) pour Grace Poe. Il entre en fonction le 30 juin 2016. En quelques mois, sa popularité s'envole pour recueillir 76 % d'opinion favorable. Une popularité qui s'explique, entre autres, par son franc-parler et la manière dont les algorithmes de Facebook et d'autres réseaux sociaux ont mis en avant son discours et celui de ses partisans ; en septembre 2022, une enquête de BuzzFeed a conclu que Rodrigo Duterte (comme Trump, Bolsonaro, les promoteurs du Brexit et d'autres) ont su, avec l'aide d'officines spécialisées dans l'influence sur le Net, utiliser Facebook pour asseoir leur pouvoir ; selon Pompee La Viña (conseiller numérique qui l'a aidé à gagner la présidence), Duterte « ne comprend pas vraiment les réseaux sociaux. Mais il nous a transmis un message en nous expliquant qui il était. Il était calibré pour Facebook ».
C'est un bon orateur s'exprimant soit en cebuano soit dans un mélange tagalog-anglais selon son auditoire. Ses discours, comme ceux de Jair Bolsonaro, sont ponctués d'interjections et de grossièretés et il ne manque pas de faire des blagues quel que soit le sujet, quitte à choquer. Pendant sa campagne électorale, il avait déclaré : « Oubliez les droits de l'homme, si je deviens président, ça va saigner ». Il déclara aussi : « Les hôpitaux, qu'ils soient riches ou pauvres, devront mettre à disposition 10 ou 20 lits pour les patients qui ne peuvent pas payer… S'il s'agit d'hôpitaux riches, il me faudra 30 à 50 lits. Traitez le patient, je paierai » ou encore au sujet de la sénatrice Miriam Defensor Santiango, elle aussi candidate à l’élection de 2016 : « C'est bien que madame Miriam soit ici parce qu'elle est l'une des deux seules personnes assez qualifiées pour diriger ce pays ».
Le 25 août 2021, il annonce sa candidature à la vice-présidence des Philippines à l'issue de son mandat, la constitution n'autorisant qu'un seul mandat à la présidence. Début octobre, il annonce finalement renoncer à cette candidature et sa prochaine retraite de la vie politique. Finalement, il sera candidat aux sénatoriales, tandis que sa fille Sara brigue la vice-présidence du pays.
Avec les groupuscules dissidents
Rodrigo Duterte a dans un premier temps défendu une approche pacifique quant à a résolution des conflits armés aux Philippines, qui se traduit rapidement par une proposition de négociation de paix faite à la guérilla communiste de la Nouvelle Armée populaire, qui y répond favorablement, et aux séparatistes musulmans du Front Moro islamique de libération.
Finalement, début 2021, il prononce un discours d'une rare violence sur la « menace communiste » qui selon lui gangrène le pays et menace de renverser son pouvoir. Il y assène : « Je le dis aux policiers et aux militaires : si vous avez face à vous un ennemi, un rebelle communiste qui est armé, alors tuez-le ! Tuez-les tous, achevez-les, vérifiez qu'ils sont bien morts. Et au diable les droits de l'Homme : si quelqu'un doit aller en prison, ce sera moi ! ». Les observateurs internationaux redoutent que derrière ces « rebelles communistes » la cible ne soit le parti d'opposition Bayan, de gauche modérée, dont au moins une dizaine de proches (tous militants dans des syndicats ou des organisations de défense des droits civiques et de la démocratie) ont été assassinés dans la foulée du discours. Il est à noter que le Parti communiste des Philippines et sa branche armée, la Nouvelle Armée populaire (Bagong Hukbong Bayan) sont tous deux placés sur la liste officielle des organisations considérées comme terroristes par le département d'État des États-Unis et par l'Union européenne.