Rodrigo, ou Ruy, Díaz de Vivar (parfois écrit ‹ Bivar ›), dit El Cid Campeador ou simplement El Cid (Le Cid en français), né vers 1043 à Vivar près de Burgos et mort à Valence le 10 juillet 1099, est un chevalier mercenaire chrétien, héros de la Reconquista, qui devint prince de Valence.
Capitaine de Sanche II le Fort, le premier roi de Castille, Rodrigo (« Rodrigue ») s'illustre au combat et acquiert le nom de Campeador (« champion » en français).
À la mort de Sanche II, en 1072, il passe au service d'Alphonse VI le Brave, roi de León. En 1074, celui-ci lui donne pour épouse une parente, doña Jimena (« Chimène »). En 1082, banni de Castille par le roi qui craint son ambition, il est contraint à l'exil. Il se met alors au service de Yusuf al-Mutaman, l'émir houdide de Saragosse. Les musulmans, auprès desquels il combat désormais, lui donnent le titre de Sid (« seigneur » en arabe dialectal). Le 17 juin 1094, il s'empare du royaume de Valence (taïfa de Valence ou de Balansiya en arabe) où il règne jusqu'à sa mort. Son épouse Chimène, en hérite et le conserve jusqu'en 1102, date à laquelle il passe de nouveau sous domination musulmane.
Originaire d'une famille aristocratique d'Asturies-et-León[Selon qui ?], il est le grand-père du roi García V de Navarre, par le biais de sa fille Cristina.
En dépit de sa représentation actuelle comme héros national espagnol (plus particulièrement en Castille) ou comme acteur majeur de la Reconquista, il s'est placé durant la plus grande partie de sa vie sous les ordres de différents seigneurs, chrétiens comme musulmans, tout en agissant de son propre chef et dans son propre intérêt. De ce fait, des auteurs contemporains peuvent le comparer à un mercenaire, un soldat et chef militaire professionnel marchandant ses services.
Selon la tradition, Rodrigo Díaz de Vivar est né à Vivar (aujourd'hui Vivar del Cid, commune de Quintanilla Vivar), petit village à 7 km de Burgos. Il est le fils de Diego Laínez — connu pour avoir conquis les châteaux d'Ubierna, d'Urbel et de La Piedra en Navarre — et de Teresa Rodríguez, fille de Rodrigo Álvarez et de Teresa Núñez.[source insuffisante]
Jeunesse : au service de Sanche II de Castille, puis d'Alphonse VI
Il a 15 ans lorsque son père meurt. Il est alors élevé à la cour du roi de León et de Castille Ferdinand Ier, auprès de son fils héritier, le futur Sanche II de Castille. Il le sert lorsqu'il accède au trône en 1065.
Après l'assassinat de Sanche II (1072), Rodrigo passe au service du nouveau roi, Alphonse VI. Celui-ci le charge de recouvrer pour lui les parias, tributs dus par le roi maure de Séville. En récompense, Alphonse VI lui donne en mariage sa nièce, Jimena Díaz (Chimène), fille du comte d'Oviedo.[réf. souhaitée]
Premier exil : au service de la taïfa de Sarragosse
Pour avoir enfreint la paix du roi, en l'accusant plus ou moins directement d'avoir participé à l'assassinat de son propre frère, il est exilé en 1081, et parcourt l'est de la péninsule, offrant ses services aux princes, tant chrétiens que musulmans. De cette époque date son surnom de Cid (de l'arabe سيد (Sayyid), « seigneur ») ; son autre surnom, Campeador (le « Champion »), vient du latin campidoctor, instructeur « maître d'armes ».
Rodrigo Díaz de Vivar sert alors le roi taïfa de Saragosse.
Le 25 mai 1085, Alphonse VI de León conquiert la taïfa de Tolède et en 1086, il commence le siège de Saragosse, ville ayant à sa tête Al-Musta'in II qui a pris Rodrigo à son service. Mais en août de cette année, une armée almoravide progresse dans les terres du royaume de León, forçant Alphonse à intervenir, et aboutissant à la défaite chrétienne de la bataille de Sagrajas le 23 octobre. Il est possible que durant le siège de Saragosse, Alphonse se réconcilie avec le Cid, mais dans tous les cas celui-ci n'est pas présent à Sagrajas. L'arrivée des Almoravides, qui suivent assez strictement la loi islamique, rend difficile pour le roi de la taïfa de Saragosse de maintenir à la tête de ses armées un chef chrétien, ce qui aurait pu lui faire renoncer aux services du Campeador. D'un autre côté, Alphonse a pu pardonner à Rodrigo avec la nécessité d'avoir à son service de précieux chefs de guerre pour affronter le nouveau pouvoir arrivant d'Afrique du nord.
Rodrigo accompagne la cour du roi Alphonse en Castille dans la première moitié de l'année 1087 et au printemps il se dirige vers Saragosse, où il se retrouve de nouveau aux côtés d'Al Musta'in II. Ensemble, ils prennent la route de Valence pour assister le roi fantoche Yahya al-Qadir au siège initié par Al-Múndir de Lérida (es) (roi de la taïfa de Lérida entre 1082 et 1090), qui s'est de nouveau allié avec Bérenger-Raimond II de Barcelone du comté de Barcelone pour conquérir la riche taïfa de Valence, qui est à l'époque sous la protection d'Alphonse VI. Le Cid réussit à repousser l'agression d'Al-Mundir de Lérida, mais peu de temps après celui-ci prend la place forte de Murviedro (l'actuelle Sagonte), menaçant de nouveau dangereusement Valence. Dans cette position difficile, Rodrigo Díaz va en Castille à la rencontre de son roi pour solliciter des renforts et planifier la future défense stratégique de la ville. La conséquence de ces plans sera la future intervention du Cid au Levant, qui aura pour résultat une succession d'actions belliqueuses enchaînées l'amenant à abandonner la ville. La compagnie du Cid renforcée, il se dirige vers Murviedro avec pour objectif de chasser le roi houdide de la ville. Pendant qu'Alphonse VI sort de Tolède par le sud, Rodrigo Díaz part de Burgos, campe à Fresno de Caracena et le 4 juin 1088 il célèbre la Pentecôte à Calamocha puis se dirige de nouveau vers le Levant.
Quand il arrive, Valence est assiégée par Bérenger-Raimond II de Barcelone, alors allié à Al-Musta'in II de Saragosse, empêché par le Cid de récupérer la ville lors de leur précédent affrontement. Rodrigo, face à la force de cette alliance, réalise un accord avec Al-Musta'in II et négocie la levée du siège. Par la suite, le Cid commence à récupérer les tributs que Valence payait précédemment à Barcelone ou au roi Alphonse VI et il établit avec elle un protectorat sur toute la région, incluant la taïfa d'Albarracín et de Murviedro.
Second exil : Son intervention au Levant espagnol
Avant la fin de l'année 1088, il se produit un nouveau sujet de désaccord entre le Cid et son roi. Alphonse VI a conquis la ville d'Aledo (Région de Murcie), d’où il met en danger les taïfas de Murcie, Grenade et de Séville avec des raids incessants. De fait, les taïfas andalouses sollicitent une fois de plus l'intervention de l'empereur almoravide Youssef ben Tachfine, qui mit le siège à Aledo au printemps 1088. Alphonse VI vient à la rescousse de la forteresse et ordonne à Rodrigo de venir à sa rencontre à Villena pour unir leurs forces. Néanmoins, le Cid ne rejoindra finalement pas son roi, sans qu'il puisse être établi si la raison est un problème logistique ou une décision du Cid d'éviter la rencontre. Au lieu d'attendre à Villena, il campe à Ontinyent et positionne des sentinelles à Villena et à Chinchilla de Monte-Aragón pour annoncer l'arrivée de l'armée du roi. Alphonse VI, à son tour, au lieu d'aller au point de rendez-vous décidé, prend un chemin plus court par Hellín et par la vallée de la Segura jusqu'à Molina. De ce fait, Alphonse VI punit à nouveau le Cid d'un nouveau bannissement en lui appliquant une mesure qui n'était réservée qu'aux cas de trahison, entraînant l'expropriation de ses biens, ce qui n'avait pas été le cas au premier exil. C'est à partir de ce moment-là que le Cid commence à agir comme un seigneur indépendant et planifie son intervention au Levant comme une initiative personnelle et non comme une mission pour le compte du roi.
Au début de l'année 1089 il pille la taïfa de Dénia et se rapproche ensuite de Murviedro, ce qui aboutit au paiement de tributs par Yahya al-Qadir de la taïfa de Valence pour assurer sa protection. Au milieu de cette année il menace la frontière sud du taïfa de Lleida dirigée par Al-Múndir de Lérida (es) et de Bérenger-Raimond II de Barcelone en s'établissant fermement à Borriana, à peu de distance des terres du taïfa de Tortosa qui appartiennent à Al-Múndir de Lerida. Celui-ci, qui voyait ses domaines de Tortosa et Denia menacés, s'allie avec Bérenger-Raimond II, qui attaque le Cid à l'été 1090, mais ce dernier le met en déroute à la bataille de Tévar (es), possiblement dans une pinède située entre Monroyo et Morella. Il capture de nouveau à cette occasion le comte de Barcelone qui, à la suite de cette bataille, est contraint d'abandonner ses ambitions au Levant.