Roberto Rossellini [roˈbɛrto rosseˈliːni], né le 8 mai 1906 à Rome et mort dans la même ville le 3 juin 1977, est un réalisateur italien de cinéma et de télévision.
Il est l'un des réalisateurs les plus importants de l'histoire du cinéma italien, qu'il a contribué à faire connaître au monde entier avec des films tels que Rome, ville ouverte (1945), Païsa (1946) et Allemagne année zéro (1948), faisant de lui l'un des pères du néoréalisme. Très vite remarqué par l'équipe de critiques des Cahiers du cinéma, il a également une influence déterminante sur la Nouvelle Vague française, et il co-scénarise notamment Les Carabiniers (1963) de Jean-Luc Godard. Mais il se fait surtout connaître du grand public par ses films mettant en vedette son épouse Ingrid Bergman tels que Stromboli (1950), Europe 51 (1952), Voyage en Italie (1954), La Peur (1954) et Jeanne au bûcher (1954). Durant les années 1960 et 1970, il se distingue par ses nombreux documentaires à la télévision, notamment en réalisant la reconstitution historique La Prise de pouvoir par Louis XIV (1966) pour l'ORTF ou la série Les Philosophes et ses portraits de Socrate (1971), Pascal (1972), Augustin (1972) et Descartes (1974). Son dernier téléfilm après son épopée biblique Le Messie (1976) s'intitule Le Centre Georges-Pompidou, un documentaire sur la fondation du célèbre musée parisien en 1977.
Au cours de sa carrière, il a remporté certains des prix cinématographiques les plus importants, notamment la Palme d'or au Festival de Cannes, le Lion d'or à la Mostra de Venise et cinq Rubans d'argent ; il a également été nommé aux Oscars. Des réalisateurs comme François Truffaut ou Martin Scorsese ont affirmé à plusieurs reprises avoir été influencés par le cinéma de Rossellini et le considérer comme un maestro. Otto Preminger s'est laissé dire que « l'histoire du cinéma se divise en deux époques : l'une avant et l'autre après Rome, ville ouverte » et Jacques Rivette déclare quant à lui qu' « avec la sortie de Voyage en Italie, tous les [autres] films ont subitement vieilli de dix ans...».
Issu d’une famille bourgeoise habitant Rome, Roberto Gastone Zeffiro Rossellini a vécu dans la demeure paternelle dans une atmosphère artistique, musicale et culturelle. Le père de Roberto, Angiolo Giuseppe Rossellini, dit Peppino Rossellini, était un entrepreneur en bâtiment bien connu de la capitale, bénéficiant de la fortune et de l'appui d'un oncle entrepreneur, Roberto Zeffiro Rossellini. La mère de Roberto est la femme au foyer Elettra Bellan, originaire de Porto Viro dans la province de Rovigo et d'origine partiellement française, issue d'immigrants arrivés en Italie pendant les guerres napoléoniennes. Fils aîné, il passe son adolescence avec son frère Renzo et ses sœurs Marcella et Micaela dans des cercles libéraux et cultivés. Il habitait sur la Via Ludovisi, où Benito Mussolini avait son premier hôtel romain en 1922, lorsque le fascisme a pris le pouvoir en Italie. Il fréquente le lycée Tasso puis Nazareno.
Le père de Rossellini construit la première salle de cinéma de Rome, le Barberini (en pratique, une salle où l'on pouvait projeter des films), autorisant Roberto à assister librement à de nombreuses séances ; Rossellini commence donc à fréquenter le cinéma dès son plus jeune âge. Au décès de son père, il se met à travailler comme monteur et, pendant un certain temps, il exerce accessoirement tous les métiers liés à la création d'un film, gagnant de la compétence dans chaque domaine.
En 1936, il épouse Marcella De Marchis, décoratrice et costumière, avec laquelle il collaborera longtemps, même après la rupture du mariage. De cette union naît Romano (mort d'une appendicite en 1946 alors qu'il n'a que 9 ans, son père lui a dédié Allemagne année zéro) puis en 1941 Renzo, qui devint assistant réalisateur, puis réalisateur et travailla souvent avec son père.
Les premières réalisations de Rossellini furent des courts-métrages : en 1936, Daphne, puis, en 1938, Prélude à l'Après-midi d'un faune, qui fut interdit par la censure pour impudicité, et en 1939, Fantaisie sous-marine (Fantasia Sottomarina). En 1938, il assiste Goffredo Alessandrini pour le scénario de Luciano Serra, pilote qui obtint la Coupe Mussolini pour le meilleur film italien à la Mostra de Venise et fut l’un des films italiens les plus populaires de la première moitié du XXe siècle. Puis, en 1940, il est appelé à assister Francesco De Robertis pour la réalisation de SOS 103. Son amitié étroite avec Vittorio Mussolini, fils du Duce et responsable du cinéma en Italie, a été interprétée comme une possible raison pour laquelle il a été préféré à d'autres apprentis. Il convient de mentionner Fantaisie sous-marine, le court métrage expérimental tourné en 1939 pour Genepesca en utilisant uniquement deux aquariums dans sa maison de Ladispoli.
Certains auteurs décrivent le début de sa carrière comme une suite de trilogies. Son premier film en tant que réalisateur, Le Navire blanc (1941), a été sponsorisé par le centre de propagande audiovisuelle du ministère fasciste de la Marine royale, et constitue la première œuvre de la Trilogie fasciste de Rossellini, avec Un pilote revient (1942) et L'Homme à la croix (1943). Son amitié et sa collaboration avec Federico Fellini, qui fut son assistant, et Aldo Fabrizi remontent à cette période. Il fréquente la trattoria Osteria Fratelli Menghi, lieu de rencontre d'artistes peintres, des poètes, mais surtout des jeunes réalisateurs et scénaristes comme Ugo Pirro, Franco Solinas ou Giuseppe De Santis.
Lorsque le régime fasciste prend fin en 1943, juste deux mois après la libération de Rome, Rossellini travaillait déjà sur Rome, ville ouverte d'après un récit de Sergio Amidei (avec Fellini qui participa au scénario et Fabrizi qui interprétait le rôle du prêtre). Il produisit lui-même le film (la majeure partie de l'argent est venue de crédits et de prêts). Ce film dramatique n'a pas été un succès immédiat en Italie, mais plutôt un succès de retour des États-Unis et de la France, surtout après l'obtention du Grand Prix (ancêtre de la Palme d'or) lors du Festival de Cannes 1946 conjointement avec dix autres films. Rossellini entame ainsi sa Trilogie de la guerre, dont le deuxième titre est Païsa, tourné en six épisodes avec des acteurs non professionnels (Giulietta Masina y figure) entre Naples, Maiori sur la côte amalfitaine, un couvent dans les Apennins et le delta du Pô. Le troisième film de la Trilogie de la guerre est Allemagne année zéro, parrainé par un producteur français et filmé dans le secteur français de Berlin. À Berlin aussi, Rossellini aurait préféré faire jouer des acteurs non professionnels, mais n’a pu trouver de visage qui pouvait l’« intéresser ». Il plaça son appareil-photo au milieu d'une place dans le centre-ville, comme il l'avait fait pour Paisà, mais fut surpris de ne voir aucun curieux venir l'observer.
Une des raisons du succès serait, selon Rossellini, le fait qu’il a réécrit les scénarios suivant les sentiments et les histoires d’acteurs non professionnels. Les accents régionaux, les dialectes et les costumes apparaissaient dans les films comme ils étaient dans la réalité.
Après la Trilogie de la guerre, Rossellini a réalisé deux films aujourd'hui considérés comme « transitoires » : L'amore (avec Anna Magnani) et La Machine à tuer les méchants, tous deux tournés à Maiori, sur la côte amalfitaine, sur la capacité du cinéma à représenter la réalité et la vérité (rappelant la commedia dell'arte).
Ingrid Bergman et la Nouvelle Vague
En 1948, Rossellini reçoit une lettre d'une actrice étrangère, Ingrid Bergman, se proposant de travailler avec lui :
Ce à quoi le réalisateur italien répond :
Cette lettre marque le début d'une des histoires d'amour les plus populaires du monde du cinéma, entre Ingrid Bergman et Roberto Rossellini, tous deux au sommet de leur popularité. Cette liaison a provoqué un grand scandale dans les milieux du cinéma (Rossellini et Bergman étaient tous deux mariés à d'autres personnes) ; en particulier, Hollywood n'a pas pardonné au réalisateur italien d'avoir enlevé sa plus grande diva à l'industrie cinématographique américaine. Le scandale s'amplifie avec la naissance de leur premier enfant, Robertino, puis de leurs jumelles, Isabella et Isotta.