Robert Walser, né le 15 avril 1878 à Bienne (Suisse) et mort le 25 décembre 1956 à Herisau (Suisse), est un écrivain et poète suisse de langue allemande.
Walser est né en 1878 dans la ville bilingue de Bienne, dans la maison (démolie en 1926) sise au 3 de la rue du Général-Dufour, dans le canton de Berne. Il est l'avant-dernier des huit enfants d'Adolf Walser, relieur et commerçant (1833-1914) et d'Elisabeth « Elisa » Marti (1839-1894). Sa mère décède alors qu'il a seize ans.
En 1892, en raison du lent déclin des affaires paternelles et en dépit d'excellents résultats scolaires, Walser quitte l'école à 14 ans et accomplit pendant trois ans un apprentissage de commis à la Banque cantonale bernoise. Dès 1894, attiré par le théâtre, le jeune Walser a le projet de devenir comédien et adhère à la Société d'art dramatique de Bienne. En 1895, à dix-sept ans, il quitte le domicile familial. Il séjourne et travaille à Bâle, puis à Stuttgart. À Bâle où il travaille dans une compagnie d'assurances, il occupe son temps de loisir à prendre des cours de théâtre et de diction, pensant avoir le talent pour persister dans cette voie, mais en vain ; le milieu théâtral lui fait comprendre qu'il n'a pas les qualités requises pour monter sur scène. À Stuttgart, il trouve un emploi dans deux maisons d'édition puis il rentre en Suisse où il occupe un grand nombre d'emplois successifs dans différents domaines (banque, compagnie d'assurance, librairie, usine de machines à coudre...). Sur sa carte d'identité, il fait inscrire « profession commis ».
De 1896 à 1905, il mène une vie nomade. Il vit principalement à Zurich, prenant des emplois alimentaires qu'il quitte dès qu'il a suffisamment d'argent. Parallèlement à cette suite fragmentée d'emplois temporaires, Robert Walser lit beaucoup et se découvre, dès 1897, un goût prononcé pour l'écriture. Il se consacre à la création poétique. Diverses publications en revue de poèmes et de courts drames le confortent dans le sentiment d'être en train d'acquérir le statut d'écrivain, mais sa vie matérielle demeure très instable.
De 1905 à 1913, il vit à Berlin, en partie chez son frère Karl. Durant cette période berlinoise, il écrit ses trois premiers romans qui vont constituer l'architecture principale de son œuvre. Il rentre ensuite en Suisse, à Bienne, sa ville natale, en mars 1913. Aussitôt, il part dans le Jura suisse rendre visite à sa sœur Lisa, institutrice dans une commune (Bellelay) située à 26 kilomètres de Bienne. Lisa, auparavant institutrice à Täuffelen, près de Bienne, puis durant 7 ans à Livourne, faisait maintenant la classe aux enfants des employés de l'asile d'aliénés de Bellelay, dans le Jura bernois. Au cours de son séjour, Walser fait la connaissance d'une lingère de cet établissement, Frieda Mermet. Cette rencontre donne naissance à une grande amitié, parfois intime, et à une longue correspondance qui va se poursuivre durant plusieurs décennies. Faisant le bilan de l'année qu'il vient de vivre, il lui écrit dans les premiers jours de janvier 1914 : « Je me réjouis, chère Madame Mermet, que l'année écoulée ait permis des relations aussi aimables, agréables et amicales entre vous, ma sœur Lisa et moi. » Robert Walser vit désormais à Bienne depuis le printemps 1913 et y restera jusqu'en 1921. Quand la guerre éclate en 1914, il est appelé sous les drapeaux pour une période de plusieurs semaines. Pendant les quatre années de guerre, il va ainsi effectuer diverses périodes de service militaire. Il écrit, tente de se faire publier mais découvre qu'il lui serait bien difficile de vivre de sa plume. Il est désormais en contact avec l'ami de Franz Kafka, Max Brod, qui l'encourage et le soutient. En 1917, il correspond avec Hermann Hesse. Marcheur infatigable, Walser lui avoue son goût pour la marche et les promenades dans la nature : « Je rentre à l'instant d'une promenade à pied dans la neige à travers le Jura et je suis encore tout rempli de belles impressions et de la chaleur de la marche ». Dans le même temps, il continue à entretenir une correspondance régulière avec Frieda Mermet qui lui envoie souvent des petits paquets contenant des douceurs, en particulier de la nourriture.
Durant ces années, le malheur frappe deux de ses frères. Ernest, interné à l'asile de Waldau, meurt en 1916 à l'âge de 43 ans. Hermann se suicide en 1919 à l'âge de 49 ans. Ces tragédies affectent Robert qui, de son côté, lutte pour se trouver un destin et peine à trouver sa voie d'écrivain, tandis qu'il vit toujours dans des conditions précaires, avec peu de moyens.
À partir de janvier 1921, Robert Walser s'installe à Berne où il obtient un poste de secrétaire aux Archives cantonales bernoises. Deux ans plus tard, son quotidien s'améliore dès lors qu'il touche sa part d'héritage d'un oncle architecte. Mais ses échecs littéraires successifs l'affligent. Renouant avec la vie citadine dans une grande ville, il change souvent d'adresse. Durant toutes ces années, dans la solitude, il noircit des milliers de pages, éditées en revue ou non, ce qui témoigne de sa volonté acharnée de poursuivre son métier d'écrivain. Au fil du temps, il se retrouve de plus en plus isolé dans son activité d'écriture et seul dans sa vie privée. Sa propre santé mentale se dégrade peu à peu, le laissant en proie à des perturbations qui l'accablent. Renfermé de plus en plus sur lui-même, il souffre notamment d'hallucinations auditives et visuelles. Fin janvier 1929, ses logeuses, deux sœurs, se plaignent auprès de Lisa Walser du comportement très perturbé de leur locataire depuis quelque temps. Prenant cette alerte très au sérieux, Lisa convainc son frère de consulter un psychiatre bien connu de la famille Walser. D'un commun accord, il est décidé que Robert doit effectuer un séjour en un milieu hospitalier fermé. Il est aussitôt interné. Les différentes parties en présence voudraient bien que cet internement soit provisoire. En réalité, il durera jusqu'à la fin de la vie de l'écrivain — soit durant vingt-sept années.
Ses premiers poèmes paraissent dans le supplément dominical du journal Der Bund en 1898. À la suite de cette publication, Walser, grâce à l'éditeur et linguiste Franz Blei, entre en contact avec les milieux d'avant-garde de Munich autour de la revue Die Insel. Il y publie des poèmes et de brefs drames en vers qu'il nomme des « dramolets ». Ainsi paraissent Poètes en 1900, Blanche-Neige et Cendrillon en 1901, et Les Garçons en 1902. C'est aux éditions Insel, à Leipzig, que sort son premier livre en 1904 – Les Rédactions de Fritz Kocher (Fritz Kochers Aufsätze). L'ouvrage, malgré un accueil critique favorable, est un échec commercial.
En 1905, Walser s'établit à Berlin, où il loge chez son frère aîné Karl Walser, peintre et décorateur de théâtre, qui illustrera plusieurs de ses livres. En septembre 1905, Walser fréquente une école de domestique, puis s'engage d'octobre à décembre comme laquais au château de Dembrau (Haute-Silésie). De retour à Berlin, grâce aux relations de Karl, il se fait en quelques mois un nom dans les milieux artistiques d'avant-garde. Il est brièvement secrétaire de la Sécession berlinoise. Entre 1907 et 1909, il rédige et publie trois romans chez le prestigieux éditeur Bruno Cassirer : Les Enfants Tanner (Geschwister Tanner) en 1907, L' Homme à tout faire (Der Gehülfe) en 1908 et L'Institut Benjamenta (Jakob von Gunten) en 1909. Un recueil des poèmes de jeunesse paraît, également en 1909. Il place régulièrement ses textes dans les revues berlinoises les plus réputées, comme Die Schaubühne, die Neue Rundschau, ou encore Die Zukunft fondée et dirigée par Maximilian Harden. Walser a rassemblé un grand nombre de ces proses dans deux recueils parus en 1913 et 1914: Rédactions (Aufsätze) et Histoires (Geschichten). Quelques-uns des plus grands écrivains de l'époque, Christian Morgenstern, Max Brod, Kurt Tucholsky, Robert Musil et, plus tard, Walter Benjamin, saluent cette œuvre. Le jeune Franz Kafka se dit fasciné, impressionné. Entre 1910 et 1912, les publications se raréfient, Walser se détourne de ses fréquentations et de la vie littéraire, et travaille comme secrétaire auprès de sa logeuse.