Ce Jour-là

Robert Surcouf

Corsaire, armateur et négrier français (1773-1827)

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Robert Surcouf, né le 12 décembre 1773 à Saint-Malo et mort le 8 juillet 1827 à Saint-Servan, est un corsaire, armateur et négrier français.

Embarqué dès l'âge de treize ans, il devient ensuite capitaine corsaire. Il harcèle les marines marchandes et militaires britanniques, non seulement sur les mers de l'Europe, mais aussi sur celles des Indes, et reçoit d'eux le surnom de « tigre des mers ». Ses activités le font reconnaître — il est nommé membre de la Légion d'honneur le 26 prairial an XII (14 juin 1804) — et l'enrichissent. Il devient l'un des plus riches et plus puissants armateurs de Saint-Malo et un grand propriétaire terrien.

Il participe également à la traite négrière comme lieutenant sur plusieurs expéditions, puis comme capitaine, et enfin comme armateur de navire négriers à la fin de sa vie et malgré l'interdiction de ce commerce en 1815.

Robert Charles Surcouf naît le 12 décembre 1773, à Saint-Malo, en France. Cette naissance eut lieu soit rue du Pélicot, soit rue de la Bertaudière. En effet, sur le rôle d'imposition de 1773, la famille Surcouf est déclarée comme résidant rue du Pélicot, mais sur celui de 1775 son adresse est située rue de la Bertaudière. Le registre de 1774 ayant disparu, il est donc impossible de dire si la famille Surcouf habitait déjà rue de la Bertaudière tout en payant l'impôt à son ancienne adresse ou résidait encore à cette dernière.

Descendant d'une famille « ancienne, riche et justement considérée dans ce pays », fils de Charles-Ange Surcouf, sieur de Boisgris, et de Rose-Julienne Truchot de la Chesnais, il était notamment cousin de Duguay-Trouin par sa mère et par Pierre Porcon de La Barbinais (1639-1681), dit le « Régulus malouin ». Son frère aîné Nicolas Surcouf (né en 1770) est également corsaire. Par ailleurs, sous le règne de Louis XIV entre 1704 et 1705, son arrière grand-père paternel, Robert Surcouf de Maisonneuve (1671-1720) avait pris le commandement du navire corsaire le Comte de Toulouse.

Ses parents, commerçants, destinaient Robert Surcouf à la prêtrise. Il suit des études au collège de Dinan dont il fugue, en 1786, après avoir mordu le mollet du prêtre qui tentait de le retenir. Le jeune garçon parcourut sept lieues dans la neige pour rejoindre la mer, un trajet dont il faillit mourir. La même année, alors qu'il n'a que treize ans et demi, ses parents l'autorisent à embarquer à bord du brick Le Héron sur lequel il accomplit son premier voyage.

Embarqué comme pilotin sur Le Héron, faisant du cabotage à destination de Cadix, Surcouf, bien que sans solde (« apprenant le métier »), n'en mange pas moins à la table du capitaine et est considéré comme étant membre de l'état-major. En sa qualité d'élève officier, il est exempté des corvées incombant habituellement aux mousses ; il apprend les rudiments de la navigation et du commandement.

Après cette première expérience, il embarque le 3 mars 1789 sur l'Aurore, navire négrier de sept cents tonnes commandé par le capitaine Tardivet, en partance vers les Indes pour y faire le commerce d'esclaves. Surcouf n'a pas encore seize ans. L’Aurore rejoint Pondichéry, d'où il est chargé de transporter des troupes à destination de la colonie de l'Isle de France (actuelle île Maurice). Cette mission accomplie, l’Aurore part chercher des esclaves sur la Corne de l'Afrique. Sur le chemin du retour, il fait naufrage dans le canal de Mozambique, 400 esclaves meurent noyés enchaînés dans les cales. Tardivet et son équipage, qui ont pu quitter le navire et rejoindre la terre ferme, affrètent un navire portugais, le San Antonio, en octobre 1790, pour retourner à Port-Louis, mais ils sont contraints de se dérouter sur Sumatra en raison de mauvaises conditions météorologiques. Finalement, ils ne regagneront Port-Louis qu'à la fin 1790, à bord d'un vaisseau de guerre français parti de Pondichéry.

Promu officier de la marine marchande, Surcouf embarque à bord du Courrier d'Afrique, un autre navire négrier en partance pour le Mozambique sous les ordres du capitaine Garnier. À son retour, il est nommé lieutenant par le capitaine Tardivet et embarque sur le nouveau navire de celui-ci, la Revanche. À son bord, Surcouf effectue plusieurs expéditions au large de Madagascar.

Il quitte la marine de commerce et s'engage alors dans la Marine royale comme timonier. Il embarque sur la flûte de vingt canons la Bienvenue, en partance pour la métropole, et il est sous les ordres du lieutenant de vaisseau Haumont. La Bienvenue arrive à Lorient le 2 janvier 1792. C'est là que Surcouf découvre les bouleversements politiques générés par la Révolution.

Après six mois passés sur place, Surcouf embarque comme lieutenant sur le navire négrier le Navigateur, commandé par le capitaine Lejoliff. Il appareille le 27 août 1792 à destination du Mozambique avant de rejoindre l'Isle de France, où Surcouf est informé à son arrivée de l'éclatement des guerres de la Révolution.

Il reprend du service dans la Marine royale comme enseigne auxiliaire à bord de la Cybèle, frégate de quarante canons, dans l'océan Indien. Il connaît son baptême du feu lors du premier combat de la Rivière Noire, le 22 octobre 1794 : la Cybelle, la frégate Prudente et la corvette Jean Bart parviennent à chasser deux vaisseaux britanniques de cinquante et 44 canons qui assuraient le blocus de la colonie. C'est le seul combat de Surcouf dans la marine de l'État, refusant toujours par la suite le commandement de frégates. Il retourne rapidement à la course, ne dépassant jamais le grade d'enseigne de vaisseau dans la marine militaire.

À vingt ans, capitaine au long-cours, il commande le Créole, un navire négrier alors que l'esclavage a été aboli dans les colonies françaises en février 1794 par la Convention montagnarde. Sans en exclure la possibilité, il est toutefois douteux que, sous le commandement de Surcouf, le navire ait effectué un pareil transport : les rotations, avérées, du navire ne correspondent pas en termes de délai avec celles nécessitées par un voyage de nature « négrière ».

Un corsaire au service de la France

Capitaine corsaire à vingt ans, Surcouf commande successivement plusieurs bâtiments : l'Émilie, le Cartier, la Clarisse, la Confiance et le Revenant. Il effectue des dizaines de combats et par deux fois, il fait front à deux contre un : en février 1799, contre l'Anna-Maria et le Coturbok, puis, en janvier 1800, contre la Louisia et le Mercury. Il totalise, entre 1795 et 1801, puis 1807 et 1808, pas moins de 44 prises dont deux — le Triton et le Kent — entreront dans la légende.

Faute d'avoir pu obtenir en juin ou juillet 1795 une lettre de marque, le capitaine brestois Le Vaillant renomma son navire le Modeste en Émilie. Armé pour le commerce, le bâtiment n'avait, de fait, qu'une faible puissance de feu et un équipage réduit. Il en confia le commandement à Surcouf dont la feuille de route était des plus claires : aller aux Seychelles afin d' y acheter des tortues, à défaut du maïs, du coton et autres marchandises.

Parti le 3 septembre 1795 de l'isle de France, Surcouf déroute dès le 8 octobre son navire de sa trajectoire initiale. Dans un procès-verbal — contresigné par l'ensemble de son équipage —, Surcouf se justifie ainsi : résultant d'une concertation entre Surcouf et ses hommes, la décision avait été prise d'un commun accord devant l'imposante présence de navires anglais. Dérouté pour sa sécurité vers l'est (secteur allant de la côte orientale du golfe du Bengale jusqu'au sud de la Malaisie), le navire y ferait cargaison de marchandises. Et de prévoir — si nécessité se faisait sentir — de défendre la dite cargaison à l'aide des quelques canons dont le bateau disposait.

Dans le cadre de cette « défense », il arraisonne le 18 décembre 1795 un brick anglais, le Peguan, dans les brasses du Pégou (delta de l'Irrawady situé sur le littoral de la Birmanie). Puis, s'étant dirigé vers l'embouchure du Gange, il rencontre le 10 janvier 1796 un senau américain — le Sambolass, le 15 janvier c'est le tour d'un schooner — le Russel, enfin le 21 janvier vient un brick-pilote du Gange : le Cartier. Plus performant que l’Émilie, dès sa prise Surcouf le renomme Hazard et s'y installe avec 23 hommes et quatre canons, confiant le soin à un de ses seconds de ramener l’Émilie à l'isle de France laquelle y arrivera à bon port le 15 mars 1796.

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