Ce Jour-là

Robert Owen

Philanthrope et socialiste utopique britannique

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Robert Owen, né le 14 mai 1771 à Newtown (comté de Montgomeryshire) (pays de Galles) et mort le 17 novembre 1858 dans la même ville, est un entrepreneur et théoricien socialiste britannique. Ses idées et ses réalisations ont inspiré un courant « socialiste utopique » baptisé « owenisme », influent durant la première moitié du XIXe siècle. Il est considéré comme le « père fondateur » du mouvement coopératif et du socialisme britannique.

Owen naît à Newtown, dans le Montgomeryshire, où son père était forgeron. Le jeune Owen y suit de courtes études, travaille dès l'âge de 10 ans comme commis chez un drapier du Lincolnshire, puis dans une maison de commerce de Manchester. Âgé de 18 ans, il s'associe par la suite avec un artisan pour construire des machines à filer le coton, mais le succès n'est pas au rendez-vous et les deux associés se séparent. Owen poursuit son activité en indépendant, puis devient en 1791 sous-directeur de la filature de Bank Top Mill. Propriété de l'industriel Peter Drinkwater, c'est l'un des plus grands établissements textiles de Grande-Bretagne, employant 500 personnes. Dans cette manufacture, Owen utilise les premiers sacs de coton importés dans le pays depuis les États du Sud américain.

En 1794 ou 1795, il devient le directeur et l'un des associés de la Chorlton Twist Company à Manchester. Lors d'une visite à Glasgow en 1797, il s'éprend d'Anne Caroline Dale, fille du propriétaire de la filature de New Lanark, David Dale. Owen incite ses associés à acquérir la New Lanark et, après son mariage avec Anne Caroline Dale en septembre 1799, il devient directeur général de l'entreprise le 1er janvier 1800. Encouragé par ses succès dans la gestion des manufactures de coton à Manchester, il décide alors de diriger New Lanark selon des principes plus élevés que les règles commerciales en vigueur.

La manufacture de New Lanark fut fondée en 1784 par Dale et Richard Arkwright. Elle utilisait l'énergie hydraulique fournie par les chutes d'eau de la Clyde. La filature employait environ 2 000 personnes dont 500 enfants, issus pour la plupart dès cinq ou six ans, des orphelinats d'Édimbourg et de Glasgow. Les enfants étaient plutôt bien traités par Dale, mais les conditions de vie des ouvriers en général étaient déplorables. C'était une population misérable, qui ne pouvait se permettre de refuser les longues heures de travail et les corvées démoralisantes ; vol et alcoolisme étaient courants, l'éducation et l'hygiène négligées, nombre de familles vivaient dans une seule pièce. Owen entreprit alors prudemment d'élever le niveau de vie de ses ouvriers. Il améliora les habitations et s'appliqua à inculquer des notions d'ordre, de propreté et de prévoyance. Il ouvrit un magasin où l'on pouvait acheter des produits de bonne qualité à des prix à peine supérieurs au prix coûtant. La vente d'alcool y était strictement réglementée. Cependant, il connut sa plus grande réussite dans l'éducation de la jeunesse, chose à laquelle il tenait particulièrement. Il fut le créateur de l'école primaire en Angleterre, et fut influencé notamment par les travaux de Johann Heinrich Pestalozzi (à qui il rendit visite dans son école d'Yverdon-les-Bains) et de Jean Frédéric Oberlin.

Owen obtint de grands succès dans tous ses projets. La population, bien que méfiante à son égard dans les débuts, lui accorde finalement sa confiance. Pourtant, malgré l'essor et les succès commerciaux des filatures, la mise en pratique de certains projets d'Owen impliquaient d'énormes dépenses, ce qui déplaisait à certains de ses associés. Lassé par ces gens qui ne cherchaient que le profit, Owen fonda une nouvelle société grâce à laquelle il allait donner libre cours à ses projets philanthropiques (1813). Jeremy Bentham et le célèbre quaker William Allen furent ses associés. La même année, Owen publia ses premiers essais, où il put exposer les principes fondateurs de son système pédagogique. Très jeune, il avait perdu toute croyance religieuse et avait créé son propre credo, qu'il considérait comme une découverte originale. Sa philosophie était fondée sur l'idée que l'homme ne forme pas son caractère lui-même, qu'il est façonné par sa destinée sur laquelle il n'a aucune prise, qu'il n'y a donc pas lieu de le féliciter pour ses efforts ni de le blâmer pour ses erreurs. De ces principes il tirait la conclusion pratique suivante : la seule manière de façonner le caractère de l'homme consiste à le soumettre dès son plus jeune âge à des influences physiques, morales et sociales appropriées. Ces principes — irresponsabilité de l'homme et réceptivité du jeune enfant — forment la clé de voûte de tout le système éducatif et social d'Owen, qui les exposa dans le premier de ses quatre essais intitulé Nouveau Regard sur la société ou Essai sur le principe de formation du caractère humain, publié en 1813.

Les années suivantes, les travaux d'Owen à New Lanark connurent une portée nationale et même européenne. Ses projets d'éducation des travailleurs connurent leur apogée dans l'ouverture d'une maison de santé à New Lanark en 1816. En 1817, il lança le mot d’ordre : « 8 heures de travail, 8 heures de loisir, 8 heures de sommeil » , qui devint ensuite le slogan de la 1re Internationale et du mouvement ouvrier français. Le peintre et affichiste anarchiste Jules Grandjouan l’illustra par un dessin célèbre de 1906.

Owen fut en revanche très déçu par le Factory Act (1819), issu d'un projet de législation industrielle dont il fut l'un des artisans. Il obtint des entrevues avec les principaux membres du gouvernement dont le premier ministre, Lord Liverpool, ainsi qu'avec de nombreux dirigeants et hommes d'État européens. New Lanark devint un lieu de pèlerinage très fréquenté par les réformateurs socialistes, hommes d'État, personnages royaux et même par Nicolas Ier, futur tsar de Russie. De l'avis général des visiteurs, les résultats obtenus par Owen étaient extraordinaires. Les enfants étaient joyeux, aimables, gracieux et respiraient la santé et le bien-être. L'alcoolisme était inconnu et les naissances illégitimes extrêmement rares. Il existait entre Owen et ses ouvriers une entente réelle qui rendait le fonctionnement de la filature aisé et harmonieux. Les résultats de l'entreprise s'en ressentaient avantageusement.

Les travaux d'Owen étaient bien perçus comme ceux d'un philanthrope, avec cette différence due à sa modernité, son originalité et son désintéressement. Il se rapprocha du socialisme dès 1817 et ses idées furent rapportées par la commission de la loi sur la pauvreté de la Chambre des lords.

La misère générale et le marasme économique dus aux guerres napoléoniennes monopolisaient l'attention de tout le pays. Après avoir décrit les causes guerrières qui avaient contribué à ce déplorable état de faits, Owen établit que la cause principale de la misère était à rechercher dans la rivalité entre le monde ouvrier et le système, et que la seule parade pour les hommes consistait à s'unir pour contrôler l'outil de travail. Ses propositions pour combattre le paupérisme (la pauvreté) étaient basées sur ces principes. Il préconisait l'installation de communautés d'environ 1200 personnes, toutes bénéficiaires d'un emploi, vivant dans un seul immeuble avec cuisines et salles à manger communes ; chaque couple disposant d'un appartement privé et élevant ses enfants jusqu'à l'âge de trois ans ; âge auquel ceux-ci auraient été pris en charge par la communauté. La famille se serait néanmoins retrouvée au complet lors des repas et à d'autres moments privilégiés. Les communautés, fondées par des individus, des communes, des comtés ou des États, auraient été, dans tous les cas, supervisées par des personnes hautement qualifiées. Owen fut sans doute inspiré par New Lanark pour définir la taille de ces communautés, et il devait bientôt considérer ce projet comme seul capable d'offrir une nouvelle organisation de société. Dans sa forme la plus aboutie, ce projet comportait une évolution. Owen considérait qu'un nombre de 500 à 3000 personnes était idéal pour une bonne organisation du travail de la communauté. Essentiellement agricole, celle-ci devrait posséder du matériel moderne, offrir nombre d'emplois différents et être, autant que possible, autonome. Ces cantons (comme il les nommait), de plus en plus nombreux, fédérés et unis se seraient développés par dizaines, centaines, milliers ; jusqu'à rassembler le monde entier dans une organisation et un intérêt communs.

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