Robert Moses, né le 18 décembre 1888 à New Haven (Connecticut) et mort le 29 juillet 1981 à West Islip, dans l’État de New York, est un urbaniste américain, artisan de la rénovation de New York entre 1930 et 1970.
Moses a été surnommé le « maître de la construction » de la moitié du XXe siècle[Laquelle ?]. Il est l'architecte de la ville de New York, de Long Island, du comté de Rockland et du comté de Westchester.
En tant que concepteur d'une ville moderne, il est souvent comparé au baron Haussmann du Second Empire à Paris. Ses réalisations en faveur des autoroutes plutôt que des réseaux de transport public ont permis de créer les banlieues modernes de Long Island. Il a influencé des générations d'ingénieurs, d'architectes et d'urbanistes qui ont propagé ses théories à travers le pays. Une de ses contributions majeures sur le plan urbain a été la réalisation d'un immense réseau de grands boulevards à New York.
Moses n'a jamais été élu à une fonction publique. Sa seule tentative a été lorsqu'il s'est porté candidat à la fonction de gouverneur de l'État de New York — en 1934 et en tant que républicain — qui s'est soldée par un échec cuisant face à son adversaire politique. Néanmoins, il est à l'origine de la création et de la gestion de nombreuses organisations publiques lui permettant d'acquérir une autonomie face aux élus et aux organismes publics. Grâce à Moses, l'État de New York, parmi tous les États américains, peut se targuer du plus grand nombre de sociétés vouées à l’aide sociale, ayant besoin de locaux et d’infrastructures à New York, donc de services de maintenance qui représentent 90 % de la dette de l'État.
En étant à la tête d'organisations diverses, il a contrôlé des millions de bénéfices issus de ses projets comme les péages, et il avait le pouvoir d'émettre des obligations pour emprunter de vastes sommes lui permettant d'entreprendre des projets risqués, avec peu ou pas de contributions d'organismes législatifs. Cet avantage lui a permis d'éviter la manipulation et le contrôle d'actions par d'autres personnes, en évitant le risque de retrait intempestif de leurs actions ou la pose de clauses sur l'utilisation des fonds. Cette autonomie lui a permis de ne pas avoir à affronter les critiques possibles émanant de citoyens sur ses projets de travaux publics.
Après la Grande Dépression, les projets de Moses étaient considérés comme indispensables pour favoriser le développement de la région. Il a participé à la réalisation de deux expositions universelles en 1939 et en 1964. Moses est aussi à l'origine de la décision de l'installation du siège social des Nations unies à Manhattan, et non à Philadelphie, en contribuant à réunir l'argent et à trouver les terrains nécessaires à la réalisation de ce projet.
Début de carrière et accès au pouvoir
Ses parents sont d'origine juive-allemande. Il a passé les neuf premières années de sa vie à New Haven. En 1897, sa famille emménage dans la ville de New York.
Son père était propriétaire d'un commerce florissant et un spéculateur immobilier à New Haven. Afin de financer leur déménagement, il a vendu tous ses biens immobiliers et s'est retiré de toute activité professionnelle. Sa mère a participé activement à un mouvement social qui avait l'ambition de favoriser une mixité sociale.
Diplômé de l'université de Yale, de Wadham et d'Oxford et titulaire d'un doctorat en sciences politiques obtenu à l'université Columbia, Moses se passionnait pour les politiques réformatrices de la ville de New York. À cette époque idéaliste engagé, il a mis au point plusieurs projets pour débarrasser la municipalité des pratiques de parrainage pour le recrutement. Il a été en 1919 à l'origine d'une proposition pour réorganiser le gouvernement de l'État de New York. La portée de sa demande fut limitée mais cela lui permit de se faire remarquer par Belle Moskowitz, la conseillère d'Al Smith.
Moses accéda au pouvoir politique avec Al Smith qui a été élu gouverneur en 1922 et a mis en place une profonde consolidation du gouvernement de l'État de New York. Pendant cette période, Moses a commencé sa première incursion à grande échelle pour des projets publics tout en puisant dans le pouvoir politique de Al Smith pour faire promulguer des lois. Cela a permis la création de la Commission du parc et le Conseil des parcs de l'État de Long Island. Cette centralisation a permis à Al Smith d'être à la tête d'un gouvernement plus tard érigé en modèle par le gouvernement fédéral de Franklin Delano Roosevelt avec son New Deal. Moses a reçu plusieurs commissions qu'il a menées à bien de manière extraordinaire comme celle dédiée à l’aménagement du parc de l'État de Jones Beach Island. Grâce à ses compétences en droit aussi bien qu’en ingénierie, Moses acquit une réputation pour son habileté à faire des propositions législatives. À une époque où le public était informé régulièrement de l'incompétence et des affaires de corruption en politique, Moses était considéré comme le sauveur du gouvernement. Quelque temps après l’inauguration du Président Franklin Delano Roosevelt en 1933, le gouvernement fédéral bénéficiait de millions de dollars à dépenser provenant des taxes issues du New Deal alors que les États et les villes avaient peu de projets prêts. Moses était un des rares hommes politiques locaux à avoir des projets prévus et prêts à être réalisés. La ville de New York a ainsi pu acquérir le Works Progress Administration (WPA), le Civilian Conservation Corps (CCC). Moses a démontré un réel talent politique et une réelle habileté technique dans plusieurs constructions : routes, ponts, parcs, aires de jeux, projets immobiliers.
Durant les années 1920, Moses s’est opposé à Franklin Delano Roosevelt, alors dirigeant de la Commission du Parc de l'État de Taconic, qui favorisait la rapide construction de grands boulevards bordés d'arbres à travers la vallée d'Hudson. Moses a réussi à détourner les fonds vers ses projets de grands boulevards bordés d'arbres à Long Island (Northern State Parkway, Southern State Parkway et Wantagh State Parkway), bien que les grands boulevards bordés d'arbres de l'État de Taconic aient été terminés plus tard.
Pendant l'époque de la Dépression (crise économique de 1929), Moses, en collaboration avec le maire républicain de New York Fiorello LaGuardia, a été à l'origine de la construction de dix gigantesques piscines dans le cadre du programme du WPA. Ensemble, elles pouvaient accueillir jusqu'à 66 000 nageurs. Ce programme ambitieux est parfois expliqué par le fait que Moses se passionnait pour la natation (il fit son kilomètre et demi tous les soirs jusqu’à l’âge de 80 ans passés). Une de ces piscines est celle de McCarren Park à Brooklyn, autrefois mise au sec et utilisée uniquement pour des évènements culturels exceptionnels, mais aujourd’hui ouverte de nouveau au grand public. Moses a aussi contribué à la réalisation de grands boulevards (avenues bordées d'arbres) à Long Island. Ce furent les premiers boulevards à accès privé, avec deux voies séparées par un terre-plein.
De proches associés de Moses ont affirmé qu'ils pouvaient empêcher les Américains d'origine africaine d'utiliser les piscines dans les quartiers blancs en rendant l'eau plus froide. Il a par ailleurs rendu impossible l'utilisation des transports publics qui aurait permis aux non-détenteurs de voitures de profiter des installations qu'il avait construites.
Moses détenait un pouvoir sur la construction des projets immobiliers dans l'État de New York et il dirigeait souvent plusieurs autres organismes, mais c’était sa présidence au sein de l'Autorité du pont Triborough Bridge qui lui a permis d'acquérir le plus d'influence. Le pont Triborough (devenu, en 2008, pont Robert F. Kennedy) ouvrit en 1936 ; il relie les arrondissements du Bronx, de Manhattan et du Queens par trois ponts.
Les termes des contrats d'obligations de l'Autorité et les multiples rendez-vous de la Commission permettaient une étanchéité face aux pressions exercées par les maires et les gouverneurs. Alors que la ville de New York et l'État de New York étaient perpétuellement à court d'argent, les revenus des péages des ponts représentaient des dizaines de millions de dollars par an. L'Autorité était ainsi capable de lever des centaines de millions de dollars en vendant des obligations, lui permettant d'être le seul organisme capable de financer des projets publics de construction. Les revenus des péages ont augmenté rapidement à mesure que la circulation sur les ponts dépassait toutes les prévisions. Plutôt que de rembourser les obligations, Moses cherchait à mettre en place d’autres projets comprenant des péages, permettant à l'ensemble de s'autofinancer.