Robert Merle, né le 29 août 1908 à Tébessa (Algérie) et mort en son domaine de La Malmaison à Grosrouvre (Yvelines) le 27 mars 2004, est un écrivain français, auteur de traductions, pièces de théâtre, biographies et de vingt-quatre romans, dont la plupart ont été adaptés au cinéma et à la télévision.
Ses romans portent souvent un regard critique sur la société, la science ou encore l'histoire. Parmi les plus connus, Malevil, Les Hommes protégés, Un animal doué de raison ou encore Week-end à Zuydcoote – prix Goncourt 1949 – et la série des treize Fortune de France, consacrée aux débuts de l'époque moderne en France, écrite dans la langue de l'époque, aménagée pour faciliter la lecture, avec six millions d'exemplaires vendus pour la série des treize, dont un million d'exemplaires pour le seul premier tome.
Robert Merle est né à Tébessa (en Algérie) le 29 août 1908, qu'il a quittée à l'âge de dix ans sans avoir eu le temps d'apprendre l'arabe. Toute sa famille est « pied-noir ». Son arrière-grand-père a fait partie des paysans pauvres du Cantal, envoyés par le gouvernement de Napoléon III en Algérie pour faire une colonie de peuplement, sur « une terre prise aux Arabes ».
Il est le fils de Félix Merle (né à Constantine le 16 février 1871 et mort pour la France le 2 septembre 1915 à Marseille dans un hôpital militaire à la suite de maladie contractée au Front), militaire de carrière (1892-1912), officier interprète de première classe à sa mort, chevalier de la Légion d'honneur en 1911 et décoré de la Médaille coloniale, qui était un grand interprète d'arabe, maitrisant l'arabe littéraire et l'arabe dialectal, devenu interprète judiciaire après avoir quitté l'armée en 1912. Rappelé à la déclaration de guerre, engagé dans la bataille des Dardanelles en 1915, puis rapatrié à Marseille en raison d'une fièvre typhoïde, il meurt alors que son fils a à peine six ans plaçant sa famille en situation de pauvreté.
Même s'il est excellent élève, ceux des grands lycées parisiens lui font sentir leur différence sociale. Admis en classes préparatoires (hypokhâgne et khâgne) du lycée Louis-le-Grand, titulaire d'une licence de philosophie, agrégé d'anglais (reçu 1er au concours en 1933), Robert Merle consacre sa thèse de doctorat ès lettres à Oscar Wilde et devient professeur, successivement, aux lycées de Bordeaux, Marseille, puis à Neuilly-sur-Seine où il fait la connaissance de Jean-Paul Sartre, à l'époque professeur de philosophie.
Mobilisé en 1939, Robert Merle est agent de liaison avec les forces britanniques. Fait prisonnier à Dunkerque, il témoigne de son expérience dans la poche de Dunkerque dans un documentaire d'Henri de Turenne et dans son roman Week-end à Zuydcoote ; il reste en captivité jusqu'en 1943.
En 1944, de retour de captivité, il devient maître de conférences d'anglais à l'université de Rennes, puis professeur en 1949 tout de suite après sa thèse de 1948. Il a fondé un théâtre d'étudiants à Rennes, pour jouer des pièces d'Oscar Wilde, la troupe s'appelant « Les Jeunes comédiens », tous devenus professionnels. Il a ensuite écrit des pièces, souvent après avoir fini un roman, dont un porte sur l'assassinat du Duc de Guise.
Il a été successivement professeur des universités à Toulouse, Caen, et Rouen. Il enseigne aussi à l'université d'Alger après l'indépendance de l'Algérie, puis enfin à l'université de Nanterre où il se trouve en mai 68. Cette dernière expérience a inspiré son roman Derrière la vitre pour lequel il a reçu de nombreux étudiants en leur demandant de répondre à ses questions. Dès novembre 1967, il a fait circuler une petite annonce sur le campus, dans le but d'effectuer une trentaine d'entretiens avec des étudiants d'origine et de profils différents. Il conserve les notes prises lors des entretiens pour en faire une synthèse non dénuée d'humour et légèrement romancée. En 1969, excédé par la déliquescence de l'ambiance à Nanterre, il demande un congé pour se consacrer entièrement à la littérature.
Robert Merle reçoit en 1949 le prix Goncourt pour son premier roman, Week-end à Zuydcoote, « acquis par neuf voix sur dix », la dixième allant au Jeu de patience de Louis Guilloux, qui a obtenu par ailleurs le prix Renaudot. Ce dernier était fortement soutenu par André Billy. Les deux livres ainsi couronnés sont édités par Gallimard.
Le curé de Zuydcoote a brûlé le livre en public, « interdit à la mercière qui diffusait quelques livres » de le vendre et même « mené une enquête » pour savoir quelles femmes avaient servi de modèles.
Flaminéo, sa pièce écrite en 1951, pose, selon Louis Aragon, les fondements de l’œuvre suivante, La mort est mon métier, qui sera adaptée au cinéma dans les années 1970 et s'appuie aussi sur une enquête approfondie. Le livre met en scène le personnage de Rudolf Lang, qui est « une re-création étoffée et imaginative de la vie de Rudolf Höss », écrite d’après les mémoires de Höss lui-même (Le commandant d'Auschwitz parle) et le résumé, communiqué à l'auteur, des entretiens que le psychologue américain Gustave M. Gilbert eut avec Höss dans sa cellule lors du procès de Nuremberg ; suivie d'une description, d’après les documents du procès de Nuremberg, de la « lente et tâtonnante mise au point de l’Usine de Mort d’Auschwitz ».
Dans son œuvre, il cite plus généralement de vrais noms reproduisant les lieux qui lui sont familiers : Mespech, Taniès, Marcuays, Sireil, Sarlat. Pierre de Siorac, héros de Fortune de France, reçoit la seigneurie du Chêne Rogneux, nom d'un hameau du village de Grosrouvre, près de Montfort l'Amaury, tandis que son valet Miroul a une petite seigneurie à La Surie, autre hameau de ce village. Il a écrit Malevil et les premiers chapitres de Fortune de France dans son cabinet d'écriture en haut de la tour du Bousquet, qui fut sa maison de vacances entre 1961 et 1977, à quelques pas de la Beune, et ces deux romans décrivent le paysage environnant. Cette dimension fortement autobiographique de son œuvre contribue aussi à expliquer l’existence de manuscrits sur-raturés, avec « biffures et réécritures » qui ont pour objet « un travail récurrent de distanciation », pour éviter à ses personnages « une trop forte ressemblance avec lui-même et ses proches – famille, amis, relations –, réservoir inépuisable d’inspiration ». À l’image du potier, il « malaxe, façonne, corrige, rectifie, enlève de la matière, en ajoute », dans un processus de fabrication qui « semble infini tant que l’auteur n’a pas obtenu un récit fidèle aux situations et sentiments qu’il cherche à mettre en scène ». Robert Merle n'utilise ni stylo ni ordinateur ni machine à écrire, même s'il concède qu'il « irait certainement plus vite » avec. Il préfère tremper sa plume dans l'encrier. Il a traduit avec sa femme, qui est agrégée d'anglais, plusieurs livres, dont un sur les Rockefeller, estimant « ahurissant de découvrir quelles sont les mœurs des grands crocodiles de la finance et de l'industrie ».
Ses romans se veulent « à la fois longuement mûris et très précisément documentés », dans un « souci de rigueur et d'exactitude », démarche dont l'archétype est La mort est mon métier, devenu un « classique à cause de la façon très rigoureuse de procéder », l'auteur ayant « passé quatre mois à dépouiller » les archives du Procès de Nuremberg, en allemand, langue qu'il avait été amené à pratiquer pendant sa captivité.
Le contexte socio-politique des années 1960 et des années 1970 — L’Île a été publié en 1962, Malevil en 1972 et Les Hommes protégés en 1974 — contribue à expliquer largement le choix des thématiques abordées dans ces trois ouvrages
. Son processus créateur « tire sa genèse des contraintes économiques, politiques et culturelles » imposées à ses personnages.
Robert Merle s'est marié trois fois et a eu six enfants. Il a cosigné les traductions de sa troisième épouse, Magali Merle, qui plus tard s'est suicidée. Décédé à l'âge de 95 ans le 27 mars 2004 dans son domaine de La Malmaison à Grosrouvre, dans les Yvelines, il est inhumé au cimetière d'Aiguillon, en Lot-et-Garonne.