Ce Jour-là

Robert Mallet-Stevens

Architecte et décorateur de cinéma français

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Robert Mallet-Stevens est un architecte et designer français, né le 24 mars 1886 à Paris, où il est mort le 8 février 1945. Il fit partie du mouvement moderne, fut un célèbre décorateur de cinéma dans les années 1920 pour Marcel L'Herbier ou Jean Renoir, et directeur de l'école des beaux-arts de Lille.

Né au 60 boulevard Malesherbes, à Paris, dans une famille de collectionneurs, son père Maurice Mallet, établi au 13 de la rue du Helder, est expert en tableaux de ventes publiques et sa mère est la fille du critique d'art Arthur Stevens, frère du peintre belge Alfred Stevens. Il est un neveu de Suzanne Stevens, l'épouse du financier belge Adolphe Stoclet qui fit construire à Bruxelles le palais qui porte son nom. L'homogénéité avant-gardiste de ce bâtiment aura probablement exercé une forte influence sur les choix esthétiques ultérieurs de Robert Mallet-Stevens qui prend le nom de son père et de sa mère.

Il se forme à l'École spéciale d'architecture de Paris entre 1903 et 1906 et se montre intéressé au premier chef par la collaboration entre les différentes formes d'art selon les préceptes établis par Viollet le Duc qui avait créé l'école avec Émile Trélat en 1865. Par sa famille, en partie bruxelloise, il fréquente le Palais Stoclet, qui eut une influence déterminante, tant dans les lignes architecturales que dans le projet global pensé par son architecte Josef Hoffmann.

Il publie différents articles en collaboration avec Jacques Rœderer, dans la revue britannique The Architectural Review à partir de 1907, puis dans les revues belges Le Home et Tekhné, ainsi que pour le périodique français L'Illustration. De 1917 à 1940, il publie plus d'une centaine d'articles dans différents supports et pour différents publics.

Mobilisé en 1914 dans l'aviation française, il est photographe aérien.

Dès 1919, Robert Mallet-Stevens est reconnu comme une figure montante du style moderne présenté au Salon d'Automne de Paris dans l'entourage du couturier Paul Poiret, au nombre de ces créateurs (Fernand Nathan, André Groult, Paul Baignères, Drésa, André Mare), « salade où s'entremêlaient, avec infiniment de talent, des réminiscences de style Directoire, le néo-pompéien ressuscité […] voire la funèbre géométrie des salles de musique allemandes… ». Au Salon d'Automne de 1922, il expose une maquette très remarquée pour un projet d'aéro-club.

Robert Mallet-Stevens publie en 1922 aux éditions Massin Une cité moderne, un portfolio de 32 dessins réalisés entre 1917 et 1922 donnant à voir un projet de ville idéale avec cinéma, banque, musée, halles, pavillon de sports, palais de justice, maisons ouvrières, hôtel de voyageurs, mairie, arrêt de tramway, église et immeuble de rapport. En 1924, Robert Mallet-Stevens présente au Salon d'Automne ses projets d'urbanisme. Le critique d'art Guillaume Janneau écrit à ce propos : « L'art de Robert Mallet-Stevens est le plus laconique et le plus dépouillé qu'aucune autre formule ». Plus loin, il ajoute : « Créateur d'une formule de décor cinématographique, Mallet-Stevens est l'un des théoriciens de l'esthétique moderne, (…) rationaliste et logicienne. ». De 1921 à 1923, il entreprend la construction de la villa Paul Poiret à Mézy-sur-Seine dans les Yvelines, qui demeure inachevée en raison de la faillite du couturier, jusqu'à son rachat en 1930 par l'actrice Elvire Popesco. En 1924, il rénove l'Hôtel des Roches Noires à Trouville-sur-Mer.

Cependant, il s'oriente d'abord, et pour une vingtaine d'années, vers la création de meubles et de décors de cinéma, notamment ceux de L'Inhumaine de Marcel L'Herbier en 1924, en collaboration avec Paul Poiret pour les costumes, des meubles par Pierre Chareau, des peintures de Fernand Léger. Pour ce film, le réalisateur déclare : « Nous voulions que ce soit une sorte de résumé, de résumé provisoire de tout ce qu'était la recherche plastique en France deux ans avant l'exposition des Arts décoratifs. Le film était aussi destiné à l'Amérique, à cause de la renommée dont jouissait là-bas Georgette Leblanc. ». Mais Robert Mallet-Stevens a également travaillé pour des réalisateurs de films de reconstitution historique comme Les Trois Mousquetaires ou Vingt Ans après d'Henri Diamant-Berger. Dans la lignée de Ricciotto Canudo, dont il était un proche, Mallet-Stevens considérait le cinéma comme un art à part entière. En 1928, il publie aux éditions Massin son traité, Le décor moderne au cinéma. Il réalise 18 décors de films entre 1920 et 1929. Certains de ces décors, parfois à échelle 1, sont pour l'architecte de véritable laboratoire. Ainsi, notamment dans l'Inhumaine, il y a un véritable parallélisme entre le futur programme architectural de Mallet-Stevens et le bâtiment qui abrite le "laboratoire". De la même façon, certains décors intérieurs ne sont pas sans évoquer les futurs aménagements de la villa Cavrois. Véritable outil le décor du cinéma est pour Mallet-Stevens le meilleur moyen d'expérimenter son vocabulaire architectural, faisant ainsi passer la fiction (les décors de cinéma) à la réalité (les réalisations architecturales).

En 1923-1928, le vicomte Charles de Noailles lui commande la villa Noailles située sur la colline du château d'Hyères, dont le premier noyau est achevé en 1925 et dont les extensions vont se succéder jusqu’en 1933. " Elle fait partie du mouvement rationaliste, privilégié à l’époque de Viollet-Le-Duc. De style moderne, elle s’inscrit totalement dans l’esprit de la rationalité et de la fonctionnalité. Dans cet architecture, on y célèbre un nouvel art de vivre où le corps et la nature sont privilégiés. Il répond à un objectif simple : laisser entrer la lumière et en faire l’élément central du bâtiment."

Pour la piscine de celle-ci, il crée, en 1923-1925, le « Fauteuil Transat », en tube de tôle laquée et toile, qui constitue l'un des tout premiers meubles modernes à structure métallique. Au Salon des artistes décorateurs de 1924, il remarque certains créateurs, invités par Pierre Chareau à exposer ensemble, qui se distinguent en prônant l’assujettissement de la structure à la fonction et l'usage de meubles à fonctions combinées ou dialoguant, voire s'intégrant aux volumes intérieurs, comme Francis Jourdain et Eileen Gray, mais aussi Pierre Legrain, et appelle ceux-ci pour décorer la villa Noailles. En 1925, Djo-Bourgeois aménage la salle à manger, puis en 1926 quatre chambres au mobilier intégré et, dans les salles voûtées, un bar coloré ; tandis que Pierre Legrain est chargé d'une chambre.

En contact avec le mouvement De Stijl, Mallet-Stevens demande à Sybold van Ravesteyn de réaliser des meubles en bois et métal peints de couleurs primaires, dont un lit à table de nuit intégrée et une table avec tiroir et, entre 1925 et 1926, la polychromie de la chambre d'amis du 2e étage. De même, Eileen Gray présente un tapis et une desserte pour la chambre de Madame, dotée également d'une chaise de Francis Jourdain, d'un lit de Djo-Bourgeois et d'un fauteuil de Dominique, Charlotte Perriand une table de jeu pliante et Sonia Delaunay des « tissus simultanés ». Enfin, Pierre Chareau qui, lors de l'exposition internationale de 1925 à Paris s'était distingué par la réalisation du bureau-bibliothèque du Pavillon d’une ambassade française, constitué d'éléments intégrés aux parois et en partie mobiles, conçoit en 1925 et crée en 1928 un lit suspendu à des barres métalliques pour la chambre en plein air réalisée sur la terrasse, isolée par des parois de ferronneries escamotables dessinées par Jean Prouvé et agrémentée de chaises Wassily en tubes d'acier de Marcel Breuer, mais aussi l'ameublement de la chambre de Monsieur et des sièges pour le petit salon. En 1927, Chareau réalisera également pour Mallet-Stevens l'un des exemplaires de ses bureaux en fer forgé avec plateau et tiroir pivotants. En 1929, Man Ray y tourne le court-métrage Les Mystères du château de Dé.

L'exposition internationale des arts décoratifs

L'exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925 consacre le triomphe du style Art Déco, dont le mot d'ordre prône « le retour à la tradition décorative française et le rejet du pastiche ». Mallet-Stevens y réalise le pavillon du tourisme avec son campanile de 36 m de haut qui fera école dans le monde entier, le hall du pavillon intitulé « une ambassade française », réalisé par la société des artistes décorateurs avec Pierre Chareau, Georges Chevalier, Francis Jourdain, Maurice Dufrêne et André Groult, ainsi que des arbres cubistes en ciment armé des sculpteurs Jean et Joël Martel.

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