Robert Ier (né vers 860 – mort le 15 juin 923 à Soissons) est élu roi de Francie occidentale en 922. Fils cadet du comte d'Anjou Robert le Fort (vers 815/30–866) et probablement d'Adélaïde de Tours, ou bien d'Emma de Bourgogne, fille cadette du comte Conrad Ier et d'Adélaïde d'Alsace, il est le frère d'Eudes et le grand-père d'Hugues Capet.
Son frère Eudes, devenu roi en 888, le nomme à la tête de plusieurs comtés, y compris le comté de Paris et la marche de Neustrie. Robert est également abbé in commendam de plusieurs abbayes. Il ne revendique pas la couronne de France quand son frère meurt en 898, reconnaissant les droits à la succession du roi carolingien, Charles III le Simple, qui, selon Richer de Reims, le confirme « duc de la Gaule celtique » (Neustrie). Il ne semble pas qu'il soit le titulaire du titre de duc des Francs, comme l'est Hugues le Grand en 936.
Robert continue à défendre le nord de la France contre les attaques des Normands. Ainsi le 20 juillet 911, il participe à la bataille qui libère Chartres, défendue par son évêque Jousseaume, du siège normand. Avec l'aide du marquis de Bourgogne Richard et d'Ebles comte de Poitiers, les Normands sont sévèrement battus, ce qui permet au roi de négocier avec Rollon la sédentarisation des Normands autour de Rouen. L'historien Karl Ferdinand Werner souligne l'importance de ce fait d'armes qui stabilise la situation en Neustrie et permet à ses vainqueurs de s'affirmer en défenseurs du royaume. Flodoard relate qu'en 921 Robert, après avoir assiégé pendant plus de cinq mois les Normands de la Loire, « reçut d'eux des otages et leur concéda la Bretagne qu'ils avaient dévastée, ainsi que le pagus de Nantes ». L'annaliste ajoute que les Normands commencèrent alors « à recevoir la foi du Christ ». Robert réitère ainsi, au profit des Normands de la Loire, la politique suivie dix ans plus tôt à l'égard de Rollon et des Normands de la Seine. L'ultime précision de Flodoard semble d'ailleurs indiquer que la conversion des Normands au christianisme figure, comme en 911, parmi les conditions de la paix proposée par le marquis de Neustrie. Dix ans auparavant, le traité de Saint-Clair-sur-Epte avait été conclu par le roi lui-même, ou tout au moins sous le sceau de son autorité. Rien de tel en 921 : c'est Robert, et lui seul, qui traite. Dans des circonstances apparemment analogues, le Robertien ne s'est pas préoccupé d'associer Charles le Simple à une décision pourtant capitale. Ce camouflet à l'autorité royale donne la mesure du chemin parcouru en une décennie.
Le 11 juin 921, Charles III et Robert sont néanmoins réunis au palais royal d'Attigny. Agissant en fidèle vassal apparemment respectueux de l'autorité de son roi, le marquis de Neustrie y requiert un diplôme royal au profit du monastère de Saint-Amand dont il est abbé. La présence à cette date de Robert auprès du Carolingien laisse supposer que Charles a accepté d'éloigner son favori et de remettre de nouveau le traitement des affaires du royaume occidental à son entourage de grands. Pourtant, presque aussitôt, Charles III va commettre l'irréparable. Croyant sans doute avoir pleinement rétabli sa position, il rappelle Haganon et tente à nouveau de l'imposer aux grands du royaume occidental. Pour qu'Haganon puisse intervenir dans les affaires du royaume de l'Ouest, il faudrait que le roi lui concède un honor en son sein. C'est ce que va faire Charles III : au printemps de l'année 922, il retire à sa tante Rothilde la riche abbaye de Chelles pour la donner à son favori. Le geste est doublement maladroit. D'abord parce qu'il est acquis depuis longtemps que le roi ne peut, sauf cas de trahison ou de forfaiture, retirer sans compensation un honor à l'un quelconque de ses fidèles. Ensuite et surtout parce que l'affront fait à Rothilde est loin d'être neutre : Rothilde, fille de Charles le Chauve et épouse du comte du Maine, est aussi la belle-mère d'Hugues, le fils du marquis Robert. C'est donc tout le clan robertien qui se trouve concerné par l'affront et qui va y répondre par l'insurrection. Une insurrection d'autant plus grave que Robert et Hugues vont entraîner dans leur sillage de très nombreux grands, ulcérés par le comportement du roi : presque tous les comtes de la Francia, pourtant vassaux directs du Carolingien, le duc de Bourgogne Raoul, fils et successeur de Richard, qui a épousé Emma, fille de Robert de Neustrie ; enfin, plus grave encore, les vassaux de l'archevêché de Reims, et peut-être même cet archevêque Hervé qui, un an plus tôt, avait seul secouru le monarque abandonné.
Grâce à Flodoard, témoin des événements, nous pouvons reconstituer jusque dans ses moindres détails le drame qui se joue à partir du mois d'avril 922. Aussitôt connue la nouvelle de la dépossession de Rothilde, le fils de Robert, Hugues, a gagné à sa cause les vassaux de l'église de Reims et certains comtes de Francia. À la tête d'une armée de deux mille guerriers, il a fait mouvement vers Laon, obligeant Charles et Haganon qui y résidaient à se replier précipitamment vers la Lorraine en compagnie du comte Herbert II de Vermandois. Hugues a poursuivi Charles jusqu'à la Meuse, où il s'est assuré l'alliance de Gislebert de Lorraine. De son côté, le marquis Robert a fait sa jonction avec l'armée bourguignonne commandée par son gendre, le duc Raoul. Les combats ont alors commencé.
Prenant l'offensive, Charles et sa poignée de Lorrains se sont jetés sur le Rémois, détruisant le château d'Omont, s'emparant de celui d'Épernay, livrant au pillage les possessions de l'église de Reims. Puis, le jour de la Pentecôte, l'ost royal a tourné ses armes contre Reims. En vain, car les habitants de la cité épiscopale lui ont infligé des pertes considérables, l'obligeant à rompre le combat. Peu après ce premier revers, Charles a pris connaissance d'un autre désastre : Laon, sa capitale, n'a pas résisté à l'assaut donné par le marquis Robert. Un instant, le Carolingien a songé à se porter contre la ville. Mais voyant son armée démoralisée, laminée par les défections, il s'est résolu à abandonner la lutte et à franchir la Meuse pour se réfugier chez ses derniers fidèles lorrains.
Robert est désormais maître du terrain et sa position n'a jamais été aussi forte. Là où Eudes, trente-quatre ans plus tôt, ne pouvait compter que sur l'appui de la Neustrie, Robert, lui, est parvenu à tisser autour de sa personne un solide réseau d'alliances. En Lorraine, où Charles garde encore quelques partisans, le duc Gislebert lui est favorable ; la Bourgogne de Raoul lui est tout acquise ; quant à la Francia, autrefois si hostile à Eudes, elle a cette fois remarquablement soutenu Robert contre son propre maître. Sans doute l'un de ses principaux comtes, le Carolingien Herbert II, a-t-il pris le parti de Charles, comme l'avait fait trente ans plus tôt son père Herbert Ier. Mais Herbert est à double titre très proche du marquis de Neustrie : il a épousé Adèle, une fille que Robert a eue d'un premier mariage, et Robert, de son côté, a épousé en secondes noces une sœur d'Herbert. La soumission d'Herbert n'est donc qu'une question de temps ; peut-être même est-elle déjà faite au lendemain de la prise de Laon.
Restent les autres princes. Arnoul Ier de Flandre est indifférent. Les Aquitains n'approuvent guère : après le sacre de Robert, les scriptoria ecclésiastiques de Poitiers, Limoges, Brioude, Conques, persisteront à dater leurs actes du règne de Charles le Simple. Quant aux Normands de Rouen, ils voient d'un très mauvais œil la fortune abandonner le roi qui avait légitimé leur installation dans les pagi de la Basse-Seine : « Ton seigneur veut galoper trop vite et outrepasser le droit. Qu'il se contente de ruiner les affaires du roi ; je ne veux pas qu'il ait la royauté. » Ainsi aurait répondu, selon le témoignage plus que douteux de Dudon de Saint-Quentin, le comte Rollon à l'émissaire de Robert venu sonder les intentions du chef normand.
Cependant, personne, à l'exception peut-être des Normands eux-mêmes, ne semblait prêt à marcher au secours de Charles. Vraie ou apocryphe, la repartie de Rollon illustre ce mélange d'hostilité à l'égard des ambitions de Robert. Elle souligne aussi l'indifférence au sort du Carolingien, qui semble avoir dominé chez les principaux grands étrangers à la Francia. Fort de l'alliance des uns et de l'inertie des autres, Robert peut ainsi, le 29 juin 922, accomplir ce que son aîné n'avait pas tenté : prendre la place d'un Carolingien encore bien vivant.