Robert Goffin, né à Ohain le 21 mai 1898 et mort à Genval le 27 juin 1984, est un avocat, écrivain et poète belge ainsi qu'un militant wallon. Il fit partie du groupe littéraire bruxellois « La Lanterne sourde ». Le 18 avril 1953, il est élu à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.
Il toucha aux domaines les plus divers, de la poésie au roman, de l’essai à la biographie, de l’étude du genre animal à l'histoire et aux souvenirs personnels. Il est l'auteur du premier essai critique de qualité sur le jazz, intitulé Aux frontières du jazz en 1932.
De l’enfance à l’entrée en guerre 1939-1945
« Robert Goffin naît le 21 mai 1898 à Ohain, où son grand-père est pharmacien. Fils de mère célibataire, il n'hésitera jamais à évoquer ses origines ». « Attiré très tôt par la littérature et les courants modernistes, Robert Goffin fréquente le milieu dadaïste. » Biographie établie par l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.En raison de la fermeture de l’Université libre de Bruxelles durant l’occupation allemande, il ne poursuit ses études qu’en 1919 et s’inscrit en droit. Il se lie d’amitié avec René Purnal, Charles Plisnier, Odilon-Jean Périer, mais aussi Paul-Henri Spaak, Paul Delvaux, Georges Bohy, Marc Somerhausen, Henri Simon, Félicien Favresse. Docteur en droit en 1923, il s’inscrit au barreau de Bruxelles en 1926.« Et puis, c’est la découverte du jazz, qui bouleverse sa vie. La passion que cette musique éveille en lui le pousse à publier dans Le Disque vert de Franz Hellens le tout premier texte consacré à ce sujet (Prologue de Lulu Pompette) et à écrire un recueil de poèmes, Jazz-band (1922). À Paris, il fait la connaissance de Max Jacob, de Chagall et de Blaise Cendrars. » Biographie établie par l’Académie royale de langue et de littérature françaises de BelgiqueEn 1924, adepte de Paul Vanderborght, il devient un fidèle des Jeudis, réunions organisées à la Maison des Etudiants par la revue littéraire La Lanterne sourde ; c’est là que sont lus ses premiers poèmes. En 1925, il donne des conférences Le jazz-band et la danse à la radio T.S.F. de Bruxelles.
En 1926, avec un projet sur La bourse et les agents de change, il remporte le prix Despret de la Conférence du Jeune Barreau, concours pour lequel les candidats proposent un projet de loi. Il devient ensuite avocat à la cour d'appel de Bruxelles. Toujours en 1926, en tant qu’avocat, il est commentateur radiophonique de Radio-Belgique, dans une émission quotidienne Journal parlé. Il joue de la trompette dans une formation de jazz avec notamment Ernst Mœrman et Marcel Cuvelier. Il écrit trois ouvrages sur le droit financier : Code élémentaire des agents de change (1926), Code élémentaire de la banque (1928) et Droit de la bourse, manuel de droit financier (1930), publiés aux éditions P. Van Fleteren, Bruxelles.
En 1927, brillant avocat aux assises, il parvient à obtenir l’acquittement de son client, pourtant accusé du meurtre de sa maîtresse avec préméditation. Il est président de la Fédération Damiste Belge qu’il représente au championnat du monde et vice président du Pion Savant Bruxellois. En 1928, il se marie, mais six mois plus tard, son épouse est victime d'un accident ; elle restera handicapée jusqu'à son décès en 1965. « Désormais, ses parutions seront régulières et toucheront aux domaines les plus divers, de la poésie au roman, de l’essai à la biographie, de l’étude du genre animal à l’histoire et aux souvenirs personnels. Il faut faire un choix dans cette production, abondante mais inégale. » …« Durant les cinq années qui précèdent la seconde guerre mondiale, il publie treize livres : deux essais sur Rimbaud, deux romans, trois recueils de poèmes (notamment Sang bleu en 1939, chronique lyrique des dynasties européennes), trois longues études sur les anguilles, les rats et l'araignée, deux ouvrages sur l’épopée des Habsbourg et la destinée des impératrices Charlotte et Élisabeth et aussi une sorte de guide gastronomique : Routes de la gourmandise (1936). » Biographie établie par l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.En 1932, la Députation permanente de la province du Brabant lui accorde une prime d’encouragement, section langue française. Par ailleurs, il publie Aux frontières du jazz, avec une préface de Mac Orlan, livre qui rencontre un large public.
En 1934, il publie Sur les traces d’Arthur Rimbaud, livre dans lequel il apporte une série de témoignages et de documents jusque là inédits ; il obtient le Prix de la critique fondé par l’hebdomadaire de poésie Le Journal des Poètes.
En 1934 et 1935, il tient des causeries et commente les disques de jazz, notamment de Louis Armstrong, au cercle d’étude du jazz Sweet and Hot du Palais des Beaux Arts de Bruxelles ; en novembre 1934, il y reçoit et présente Louis Armstrong et son orchestre. Au côté notamment de Jean Cassou, Edmont Jaloux, Valéry Larbaud, Pierre Mac Orlan, il est au comité de rédaction d’une revue mensuelle de littérature Écrits du Nord (qui ne publiera que deux numéros). En 1937, il s’engage pour la défense de la Wallonie et de langue française contre « l’impérialisme flamand ».
En 1937, il publie Rimbaud vivant, approfondissement de son précédent livre sur le poète. Le 14 septembre 1938, à l’occasion de la venue du roi des Belges à Paris, il participe à la première d’une émission de télévision (française) où les écrivains de langue française sont interviewés sur leurs œuvres, l’occasion pour lui de présenter Chère espionne, roman de l’amitié franco-belge.
À Waterloo, où se réunissent des militants wallons, il fait la connaissance de Charles Plisnier. En 1940 il participe à la création d’un hebdomadaire contre le nazisme Alerte qui milite pour l’arrêt de la politique de neutralité de la Belgique et pour une alliance avec la France dans la perspective d'une nouvelle guerre avec l'Allemagne. Il écrit dans le deuxième numéro d'Alerte un reportage sur la ligne Maginot intitulé Au pays des hommes sans femmes.
Durant les dix années écoulées, il aura assuré son métier d’avocat et son nom fut souvent cité dans les chroniques judiciaires. Il aura tenu de multiples conférences ou chroniques radiophoniques régulières sur le jazz, la poésie, l’éloquence et la langue français. Il aura écrit quelques articles sur de célèbres chroniques judiciaires telles que Sur les traces du courrier de Lyon.
Le 19 mai 1940, il publie dans le journal Paris-Soir un article intitulé : Léon Degrelle, le cabotin aux ordres de Goebbels ; Léon Degrelle est le responsable du mouvement fasciste puis nazi Rex. Devant l’invasion allemande de mai 1940, ses activités politiques l'incitent à quitter la Belgique. En juin, il est à Noirmoutier, secrétaire de l’Association des Belges ayant pris publiquement position pour la France avant le 10 mai.
Il parvient à gagner l'Angleterre et se réfugie aux États-Unis, y fonde le journal pro-gaulliste La Voix de la France (New York, à ne pas confondre avec la station radiophonique du même nom créée par le régime de Vichy) ; cette revue sera absorbée en 1943 par la revue Pour La Victoire qui fusionnera ensuite avec France Amérique (N.Y.). dont Robert Goffin est l’un des fondateurs. Par ailleurs, il écrit successivement Le Roi des Belges a-t-il trahi ?, Le nouveau Sphinx et le fusillé de Dunkerke. En 1944, c’est Passeports pour l’Au-Delà dont la source est constituée des débuts de la Résistance avec ses conséquences (arrestation, persécution de patriotes). Il donne un cours sur le jazz à la New School for Social Research à New York où il est « considéré comme une des plus hautes autorités en la matière ». Il est nommé avocat « honoris causa du barreau de Pittsburgh. Après une tournée de conférence en Louisiane, il est promu citoyen d’honneur de la Nouvelle Orléans. En 1944, son livre Jazz from the Congo to Metropolitan est sélectionné par la commission américaine des livres sur la guerre, assurant un tirage de 80 000 exemplaires dans la série Armed Services Editions pour encourager le moral des troupes. Il écrit pour plusieurs journaux américains, dont Esquire qui lui confie la rubrique Jazz ; il tient environ mille conférences en cinq ans. Comme beaucoup de Belges qui émigrèrent aux Etats Unis au début de la guerre, il s’adapte et revient plein d’anecdotes ; « la moins savoureuse n’est pas celle d’un auditoire, à Waterloo U.S., enthousiasmé d’apprendre qu’il existait aussi un Waterloo en Belgique et tout fier à l’idée que la vieille Europe se mît à baptiser ses communes de noms américains … ».