Robert Faurisson, né le 25 janvier 1929 à Shepperton (Royaume-Uni) et mort le 21 octobre 2018 à Vichy, est un militant négationniste français.
Professeur de lycée puis maître-assistant en lettres modernes à l'université, il connaît un début de notoriété à partir de la fin des années 1960 en publiant une étude sur Rimbaud, puis un moindre succès avec sa thèse consacrée à Lautréamont. À la fin des années 1970, il accède à la célébrité à travers une série de scandales médiatiques et de procès en raison de sa négation du génocide juif. Il devient en France, à partir des années 1980, une icône des négationnismes d'extrême droite et d'ultragauche, convergeant dans les années 2000 dans une partie de l'antisionisme en Occident comme dans le monde arabo-musulman. Antisémite, proche des milieux d'extrême droite, voire néonazi, il est condamné à plusieurs reprises pour « incitation à la haine raciale » et « contestation de crime contre l'humanité ».
Figure emblématique du négationnisme, il ajoute aux auteurs fondateurs de ce courant, Paul Rassinier et Maurice Bardèche, une fixation sur la négation de l'existence des chambres à gaz. Il joue sur l'apparente crédibilité d'une démarche hypercritique pseudo-scientifique, unanimement disqualifiée dans le monde de la recherche. Qualifié de « faussaire de l'histoire » par Robert Badinter, il attaque ce dernier en diffamation mais est débouté par la justice qui acte cette qualification en 2007. Dans un jugement du 6 juin 2017, confirmé en appel le 12 avril 2018, le tribunal de grande instance de Paris établit qu'écrire que Faurisson est « un menteur professionnel », un « falsificateur » et « un faussaire de l’histoire » est conforme à la vérité.
Origines familiales et formation
Robert Faurisson naît au Royaume-Uni, à Shepperton (comté du Surrey), d'un père français, employé à la Compagnie des messageries maritimes, et d'une mère écossaise, sous le nom de Robert Faurisson-Aitken. Il a trois frères et trois sœurs.
Durant son enfance, sa famille se déplace au gré des postes occupés par son père : à Saïgon, Singapour, Kobe puis Shanghai, jusqu'en 1936, où elle revient en métropole. Il fait alors ses études principalement au petit séminaire de Versailles, au collège de Provence à Marseille et au lycée Henri-IV de Paris (classes préparatoires littéraires) où il a pour condisciple Pierre Vidal-Naquet. Ce dernier dit de lui qu'il « partait pour de perverses expéditions contre ses camarades plus jeunes » et se distinguait « par des propos hitlériens qui le faisaient remarquer en ces temps peu éloignés de la Libération ». Puis il fait des études de lettres classiques à la Sorbonne.
Professeur de l'enseignement secondaire
Sa carrière d'enseignant commence en 1951 avec un poste d'adjoint d'enseignement successivement aux lycées Voltaire et Carnot à Paris, après une maîtrise de lettres consacrée à « La psychologie dans les romans de Marivaux » et l'obtention d'un diplôme supérieur de lettres (DES)[réf. nécessaire]. Nommé au collège de Nogent-sur-Marne à la rentrée 1952, il interrompt ses activités professionnelles pour raison de santé en février 1953 et séjourne alors au sanatorium des étudiants de France à Saint-Hilaire-du-Touvet. Il reprend l'enseignement à la rentrée 1955 au lycée Blaise-Pascal d'Ambert. Pour sa biographe Valérie Igounet, « la carrière d'enseignant de Robert Faurisson n'est pas limpide. Lorsqu'on s'y attarde, on se rend compte qu'elle est traversée de rumeurs [qui] concernent davantage son comportement sur ses méthodes pédagogiques » : « Robert Faurisson est excessif, “très nerveux et colérique” et, en même temps, il fait preuve d'un comportement pour le moins original ».
Agrégé de lettres en 1956, il est nommé professeur au lycée des Célestins de Vichy (1957-1963), un établissement de filles. Il est ensuite affecté au lycée Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand (1963-1969), qui accueille des garçons. Le rapport de la Commission sur le racisme et le négationnisme à l'université Jean-Moulin Lyon III résume en ces termes sa carrière dans le secondaire : « Il y est considéré comme un enseignant d'un haut niveau intellectuel, connaissant bien sa discipline et passionné par son métier. Il est en revanche critiqué pour son attitude envers les élèves et sa hiérarchie, avec laquelle il entre dans des conflits sérieux et répétés. De 1958 à 1962, il fait l'objet à plusieurs reprises de mises en garde écrites à cause de la violence verbale dont il fait preuve envers certaines élèves, en particulier des élèves françaises d'origine algérienne, ou à cause de ses emportements à l'égard de la direction, qui demande à plusieurs reprises sa mutation dans un autre établissement ».
Il acquiert à cette époque une brève notoriété, tout d'abord en 1961 avec la publication d'un article intitulé « A-t-on lu Rimbaud ? » qui suscite une polémique littéraire (voir infra). Puis, en mars 1962, la presse locale et nationale signale qu'il a été incarcéré à Riom pour « offense au chef de l'État » ; « le rapport de l'officier de police général décrit un homme “vociférant” des injures à la cantonade contre le chef de l'État, le préfet et les policiers présents » :
« Oui … Vous n'êtes pas des hommes libres, vous !… vous servez l'État, hier Léon Blum, aujourd'hui Ferhat Abbas … moi … je suis libre, vous entendez ; libre !… J'emmerde de Gaulle, le préfet, le sous-préfet. »
Après l'ouverture d'une information judiciaire et un nouvel incident lors de son audition par le juge d'instruction qui relève « l'état d'exaltation extrême de Faurisson », il est incarcéré une quinzaine de jours, puis finalement condamné à deux reprises à des peines d'amende et d'emprisonnement avec sursis, une expertise médicale ayant retenu « le caractère exalté de Robert Faurisson qui serait de nature à “atténuer sa responsabilité dans une certaine mesure” ».
C'est également durant cette période que son nom apparaît à l'occasion de l'affaire Audin : Faurisson donne un peu d'argent au Comité Audin ; mais par la suite, il envoie une lettre dans laquelle il demande qu'on ne lui envoie plus l'« ignoble littérature [du Comité] », qu'il a donné « par pitié pour Mme Audin », ajoutant : « Et puis, un bon conseil, cachez vos juifs. Je comprends qu'un Vidal-Naquet vibrionne à plaisir dans cette malodorante affaire, mais… ».
De 1969 à 1973, il est maître assistant stagiaire puis titulaire de littérature française à Paris III. Le 17 juin 1972, il soutient sa thèse de doctorat d'État sur La Bouffonnerie de Lautréamont, sous la direction de Pierre-Georges Castex. De décembre 1973 à mars 1980, il est maître de conférences en littérature contemporaine à l'université Lyon II.
Il se signale de nouveau à l'attention des médias par le traitement qu'il fait subir aux poèmes de Nerval en 1977, mais s'impose définitivement durant les années 1978-1980 qui marquent le début de l'affaire Faurisson : il devient alors le principal négationniste français et un des principaux à l'échelle mondiale. Cette affaire a des conséquences notables sur sa carrière universitaire qui prend fin de façon brutale, sans toutefois qu'il soit privé de ses ressources.
De 1980 à sa retraite en 1995, il est détaché, à sa demande, au Centre national de télé-enseignement (CNTE) (actuel CNED), sans aucune activité effective d'enseignement. En 1980, alors qu'il n'a plus aucune activité de recherche ni d'enseignement au sein de l'Université, il bénéficie d'une mesure collective de reclassement qui lui donne le grade de professeur des universités.
Les mystifications littéraires
Au cours des années 1960 et 1970, Robert Faurisson mène de front ses publications sur la littérature et ses premiers écrits négationnistes, où se retrouve le même discours de dénonciation de supposées « mystifications », qu'elles soient littéraires ou historiques. Pour l'historienne Valérie Igounet, il est alors essentiellement un « provocateur » à la recherche de la célébrité. Pierre Milza insiste pour sa part sur la dimension paranoïaque de sa démarche, tandis que Jean Stengers y voit une « fêlure [qui] se manifeste par deux traits : d'une part par un délire interprétatif, et d'autre part par une forme de folie obsessionnelle, c'est-à-dire d'idée fixe ». Henry Rousso et Valérie Igounet soulignent également le rôle que pourrait avoir joué pour Robert Faurisson comme pour son inspirateur Paul Rassinier l'image pervertie de Jean Norton Cru et (à propos de Rassinier) la « posture assez classique, qu'on a connue après la Première Guerre mondiale, de remise en cause des mythologies, des récits sur la guerre : une vision hypercritique, qui est une forme de réaction à des récits presque inaudibles, sur l'horreur ».