Le Richelieu est un cuirassé de la Marine nationale française construit à partir de 1935, baptisé en l'honneur du cardinal de Richelieu, pour le rôle fondateur de ce ministre dans la création d'une première puissance navale française au début du XVIIe siècle.
Premier cuirassé français de classe Richelieu, d'un déplacement égal au maximum autorisé à l'époque par les traités de limitation des armements navals (35 000 tonnes), il était destiné à contrer les cuirassés italiens de la classe Littorio.
C'était une version plus puissante de la classe Dunkerque, dont il reprenait la disposition spécifique de l'artillerie principale en deux tourelles quadruples à l'avant, mais cette fois au calibre de 380 mm.
Le Richelieu, échappé de Brest en juin 1940 dans des conditions difficiles devant l'avance allemande, fut ensuite impliqué du côté des autorités de Vichy face aux forces britanniques en 1940, à Dakar, où il est torpillé le 8 juillet, et où il échappe avec des dégâts légers, à une attaque conjointe des Britanniques et des Forces françaises libres du 23 au 25 septembre.
Après les débarquements alliés en Afrique du Nord, il rejoint les Alliés en décembre 1942. Modernisé aux États-Unis en 1943, le Richelieu opéra dans l'Océan Indien, en 1944-1945, sous commandement britannique, contre les Japonais, puis participa au retour des troupes françaises en Indochine.
Lorsque le Dunkerque est mis sur cale le 24 décembre 1932, cela fait presque dix-neuf ans qu'un cuirassé français n'a plus été mis en chantier, et la décision qui vient d'être prise l'a été à l'issue d'une période de tergiversations de près de six ans.
À la fin des années 1920, les plus puissants cuirassés sont des navires armés de huit pièces d'artillerie principale, en quatre tourelles doubles, réparties également entre l'avant et l'arrière, soit de 381 mm (classes Queen Elizabeth, ou Revenge), soit de 406 mm (classes Maryland, ou Mutsu japonais) qui ont été conçus avant le traité de Washington, et dont la vitesse atteint au maximum 24 nœuds (avec la classe Queen Elizabeth) voire 26-27 nœuds (la classe Mutsu). Sortent du lot, les deux cuirassés de la classe Nelson, avec trois tourelles triples de 406 mm, toutes à l'avant, inspirés des projets de croiseurs de bataille britanniques G3, datant de 1921, mais avec un déplacement réduit de près d'un tiers, d'où une coque moins longue et moins hydrodynamique, avec moins d'espace pour les machines et une vitesse de 23 nœuds seulement. Dans les eaux européennes, trois bâtiments britanniques, conçus avant 1918, sont dotés d'une vitesse supérieure à 30 nœuds, conformément aux idées de Lord Fisher. Celui-ci considérait la vitesse comme un moyen de défense plus important que le blindage. Ce sont les deux croiseurs de bataille de la classe Renown, armés de six pièces de 381 mm en trois tourelles doubles, et un troisième, le HMS Hood, armé de huit pièces de 381 mm en quatre tourelles doubles. Le HMS Hood est alors, parmi les navires de ligne à flot, le plus grand, le plus lourd et un des plus rapides.
Les projets inaboutis des années 1920
L'Amirauté française à la fin de la décennie 1920, sous l'emprise des limitations des armements navals édictées par le traité naval de Washington, n'a pas cherché à mettre au point un cuirassé qui rivaliserait avec les mastodontes britanniques, américains ou japonais. Elle s'est contentée de modernisations des cuirassés de la classe Courbet et de la classe Bretagne qui datent de la Première Guerre mondiale, modernisations que le traité de Washington autorise plus profondes que pour les marines américaine, britannique et japonaise. Mais pour contenir une menace italienne, exercée sur les communications entre la France et l'Afrique du Nord, par les croiseurs lourds de 10 000 tonnes dont les premières unités, la classe Trento, seront mises en service en 1927-28, le chef d'état-major général de la Marine le vice-amiral Salaün, fait étudier en 1926 un projet de navires « tueurs de croiseurs ». Ils sont définis comme des navires de ligne d'un tonnage égal à la moitié du tonnage maximum que le traité de Washington a fixé pour construire des cuirassés, soit 17 500 tonnes. Pour l'artillerie principale, on envisage deux tourelles quadruples de 305 mm, à l'avant, la protection doit permettre de résister aux obus de 203 mm et la vitesse doit atteindre 34 à 35 nœuds. Ces navires puissamment armés et très rapides pour leur déplacement, auraient eu néanmoins une protection insuffisante pour figurer dans la ligne de bataille.
En 1927-28 le vice-amiral Violette, nouveau chef d'état-major général de la Marine, oriente les études vers des navires d'un déplacement supérieur, définis comme des « croiseurs de bataille de 37 000 tx ». Il s'agit en fait de réfléchir à la construction de cuirassés de 35 000 tonnes, un déplacement « normal » de 37 000 tonnes, correspondant à un déplacement « standard », tel que défini par le Traité naval de Washington, de 32 000 tonnes à 33 000 tonnes. Les plans retrouvés montrent des navires ayant une silhouette inspirée des croiseurs de la classe Suffren, avec deux cheminées inclinées et portant trois tourelles d'artillerie principale, deux superposées à l'avant, une à l'arrière, une artillerie secondaire de 130 mm en tourelles quadruples et une artillerie anti-aérienne constituée d'affûts simples de 90 mm, vraisemblablement le Modèle 1926 qui a été mis en place sur les croiseurs lourds Colbert et Foch. Les installations d'aviation sont situées au centre des navires, avec deux catapultes latérales, une grue entre les cheminées et un hangar accueillant quatre hydravions, entre la cheminée avant et le bloc passerelle.
Deux types de navires ont été dessinés, le premier qui date de 1927-28, aurait eu une artillerie principale de douze canons de 305 mm en tourelles quadruples, une artillerie secondaire anti-navires de douze canons de 130 mm en trois tourelles, l'artillerie antiaérienne (AA) en huit canons de 90 mm AA, et douze pièces de 37 mm AA Modèle 1925, et enfin deux plates-formes triples de tubes lance-torpilles. La protection aurait comporté une ceinture blindée verticale de 220 à 280 mm, un pont blindé principal de 75 mm, et pour la protection anti-torpilles des compartiments situés entre une cloison longitudinale de 50 mm et la coque, servant de soutes à mazout mais également à charbon, même sans avoir de chaudières fonctionnant au charbon comme c'était le cas sur les croiseurs Foch et Dupleix. La propulsion, en deux groupes associant turbines et chaudières, entrainant chacun deux lignes d'arbres, développant ainsi 180 000 ch, aurait permis d'obtenir une vitesse de 33 nœuds, grâce à une coque de 254 m de long pour 30,5 m de large. Le second type, datant de 1928, aurait été un cuirassé rapide plutôt qu'un croiseur de bataille, avec trois tourelles doubles de 406 mm et quatre tourelles quadruples de 130 mm. L'autre différence importante résidait dans la propulsion, moins puissante sans doute d'un tiers, une coque un peu plus courte (235 m) et plus large (31 m), d'où une vitesse de 27 nœuds, le gain de poids sur les machines et la coque plus courte permettant un meilleur blindage.
Mais la construction de bâtiments de cette taille, avec une coque de 235 m ou plus, aurait excédé les capacités techniques des chantiers de construction navale français, dont la plus grande forme de construction dans un arsenal était le bassin du Salou à Brest, qui est long de 200 m. Le plus grand navire français de l'époque était le paquebot Île-de-France mis en service en 1927, de 245 m, seulement. Pour le futur transatlantique géant Normandie qui dépassera 313 m, il faudra que les Ateliers et Chantiers de la Loire à Penhoët construisent une nouvelle cale de construction, dite cale no 1. La construction de telles infrastructures, s'ajoutant au coût de la construction proprement dite, aurait déséquilibré complètement le budget de la Marine Nationale, et compromis le programme de construction des autres types de navires, croiseurs, destroyers, et sous-marins prévus par le Statut Naval.