Richard II, connu comme Richard de Bordeaux, né le 6 janvier 1367 à Lormont et mort le 14 février 1400 au château de Pontefract (Angleterre), est le huitième et dernier roi d’Angleterre de la dynastie directe des Plantagenêt. Il règne de 1377 à 1399, année de sa destitution par son cousin Henri de Lancastre.
Il règne dans une période de grande instabilité à l'époque de la guerre de Cent Ans et du Grand Schisme d'Occident. Les grandes nations détournent à leur profit le financement des « croisades » par les deux papes, soutenant ainsi leurs intérêts aux Pays-Bas, en Italie ou en Espagne. Le discrédit jeté sur la papauté permet aux prédicateurs lollards de diffuser les idées égalitaires et réformistes de John Wyclif à travers l’Angleterre. La bourgeoisie ou la paysannerie aisée n’hésitent pas à remettre en cause le pouvoir royal et à contester l’impôt au parlement et même dans la rue. L’influence de puissants princes comme Jean de Gand ou le duc de Bourgogne Philippe le Hardi contrebalance le pouvoir des rois, ce qui conduit les royaumes de France et d’Angleterre vers la guerre civile.
Fils d’Édouard de Woodstock (le « Prince Noir »), Richard naît sous le règne de son grand-père Édouard III, initiateur de la guerre de Cent Ans. Il lui succède en 1377, âgé de seulement dix ans, sous la tutelle pendant cinq ans de différents conseils de régence. Le premier événement marquant du règne est la révolte des paysans de 1381, durant laquelle le jeune roi joue un rôle majeur pour mettre fin à la rébellion.
Dans les années qui suivent, la dépendance du roi vis-à-vis de certains courtisans crée un mécontentement qui aboutit à la prise en main du gouvernement par une faction d'opposants, les Lords Appellant. Le roi reprend le contrôle en 1389 et il s’ensuit huit années de règne sans problèmes majeurs. Mais en 1397, il s'engage dans une politique de répression : beaucoup des Appellant sont alors exécutés ou exilés et les deux années suivantes sont souvent qualifiées de « tyranniques » par les historiens.
En 1399, après la mort de son oncle Jean de Gand (3 février), il déshérite le fils de ce dernier, Henri de Bolingbroke, alors en exil contraint. Mais au mois de juin suivant, Henri rentre secrètement en Angleterre avec une petite armée dans le but de s'emparer de la couronne. Ne rencontrant que peu de résistance, il réussit à capturer Richard II et à se faire couronner roi. Le Parlement le reconnaît aussitôt sous le nom de Henri IV, premier roi de la Maison de Lancastre, branche cadette de la dynastie des Plantagenêt. Richard meurt en captivité l’année suivante, peut-être assassiné.
Richard était un homme de grande taille et intelligent. Bien qu’il ne fût probablement pas fou comme certains historiens l’ont parfois cru, il semble qu’il souffrait de troubles de la personnalité, particulièrement marqués à la fin de son règne. Moins enclin à la guerre que son père ou son grand-père, il cherche à mettre un terme à la guerre de Cent Ans qu’Édouard III avait entamée. Il cultive autour de lui une cour raffinée, qui privilégie les arts et la culture, contrastant fortement avec la cour fraternelle et militaire de son grand-père. Richard doit en grande partie sa réputation posthume à William Shakespeare qui, dans sa pièce Richard II, décrit les mauvais jugements du roi et sa déposition par Henri de Bolingbroke comme causes de la guerre des Deux-Roses, laquelle marque plus tard le XVe siècle. Les historiens contemporains contestent cette interprétation, sans toutefois ôter à Richard sa part de responsabilité dans sa propre destitution. La plupart des spécialistes s’accordent pour dire que même si ses manœuvres politiques n’étaient pas complètement irréalistes, la manière dont il les a menées n’était pas acceptable pour les autres responsables politiques, et que c’est ce qui l’a conduit à sa chute.
Richard est le fils d’Édouard de Woodstock, le Prince Noir, et de Jeanne de Kent. Édouard, prince de Galles et héritier du trône, s’est distingué comme chef militaire au début de la guerre de Cent Ans, notamment en remportant la bataille de Poitiers en 1356. Toutefois, il contracte la dysenterie en Espagne au cours d’une autre campagne en 1370. Il ne se rétablit jamais véritablement, et doit rentrer en Angleterre l’année suivante.
Jeanne de Kent avait fait l’objet d’une dispute entre Thomas Holland et William Montagu qui souhaitaient tous deux la prendre en mariage, et de laquelle Holland était sorti vainqueur. Moins d’un an après la mort de ce dernier en 1360, Jeanne épouse le prince Édouard. Ce mariage requiert l’approbation du pape, Jeanne et Édouard étant cousins, petits-enfants d’Édouard Ier.
Richard naît vraisemblablement le 6 janvier 1367 à Bordeaux, en Aquitaine, alors principauté anglaise dont Édouard est prince depuis 1362. Selon des sources d’époque, trois rois : « le roi d’Espagne, le roi de Navarre et le roi du Portugal » sont présents à sa naissance. Cette anecdote, associée au fait que sa naissance corresponde avec la fête de l’Épiphanie, sera reprise par la suite dans le diptyque de Wilton, dans lequel Richard est l’enfant Jésus auquel les trois rois rendent hommage. Richard est baptisé trois jours plus tard, le 9 janvier 1367, par l’archevêque de Bordeaux.
Une accession très précoce au trône
Richard reste à Bordeaux pendant quatre ans. Lorsque son frère aîné, Édouard d'Angoulême, meurt en 1370, le laissant héritier de son père, il est envoyé à Londres. Le Prince Noir succombe finalement à sa longue maladie en 1376. Les membres de la Chambre des communes au Parlement craignent alors que l’oncle de Richard, Jean de Gand, veuille usurper le trône. C’est pour cette raison que Richard est rapidement investi des titres de son père dont, notamment, celui de prince de Galles. Le 21 juin de l’année suivante, Édouard III meurt à son tour, et Richard est couronné roi d’Angleterre le 16 juillet 1377 à l’âge de dix ans. Encore une fois, la crainte de Jean de Gand et de ses ambitions sur le pouvoir orientent les responsables politiques dans leur décision, et l’idée d’une régence dirigée par l’oncle du roi est rejetée. Plutôt que de laisser le jeune roi exercer ses pouvoirs, on choisit d’instaurer une série de « conseils continus » desquels Jean de Gand est exclu. Ce dernier garde, avec son frère cadet Thomas de Woodstock, comte de Buckingham, une grande influence informelle sur les décisions du gouvernement. Mais ce sont les conseillers et amis du roi, et notamment Simon de Burley et Aubrey de Vere, qui gagnent petit à petit le contrôle des affaires royales en gérant les pétitions soumises au roi, et éveillent ainsi la méfiance des membres de la Chambre des communes. Celle-ci tente d’abord de rapprocher le conseil et la maison royale en nommant deux conseillers, Aubrey de Vere et Richard Rous, un chevalier du roi. Les conseils sont finalement évincés en janvier 1380.
On a peu d'informations sur l'éducation de Richard. Parmi ses premiers mentors se trouvent des proches du Prince Noir, comme Simon de Burley ou Guichard d’Angle, qui sont tous deux nommés tuteurs de Richard, ainsi que Richard Abberbury, parfois décrit comme son « premier maître ». L’influence réelle de ces hommes sur le futur roi est difficile à juger et fait l’objet de diverses interprétations par les historiens. Pour l’historien Anthony Steel, le choix de proches du Prince Noir pour l’éducation de son fils vise à assurer que celui-ci sera « formé à l’image de son père », sans réellement atteindre le but escompté. De son côté Richard H. Jones[Qui ?] suggère que Simon de Burley aurait pu influencer la vision de la monarchie de Richard vers l’absolutisme en l’initiant aux écrits de Gilles de Rome.
L'alliance avortée avec la Navarre
Le roi de Navarre Charles II était constamment à la recherche d'appuis contre le roi de France, qui cherchait par tous les moyens de s'emparer de ses possessions en Normandie et à Montpellier. Il avait pu par le passé bénéficier de l'appui d'Édouard III, mais les liens s'étaient distendus dans les dernières années du règne de ce dernier. Au décès Édouard III, Charles II chercha à renouer les liens en proposant que Richard II épouse l'une de ses filles, Blanche de Navarre, alors âgée de cinq ans en promettant pour future dot les places navarraises de basse Normandie : Gavray, Avranches, Mortain, etc. sauf Cherbourg. Les négociations furent relativement avancées fin 1377, mais ce rapprochement anglo-navarrais conduisit le roi de France Charles V à intervenir au printemps 1378 pour s'emparer des possessions françaises du roi de Navarre. Le mariage n'eut finalement pas lieu.