Renaud de Forez (mort à Lyon le 22 octobre 1226) est archevêque de Lyon de 1193 à 1226. Sous son épiscopat, le pouvoir temporel de l'archevêque est renforcé, notamment par la guerre et la construction de châteaux face aux adversaires potentiels. Sur le plan spirituel, Renaud de Forez accueille des ordres mendiants à Lyon et poursuit la construction de la cathédrale saint-Jean.
Origine et première expérience ecclésiastique
Fils du comte Guigues II, il entre au chapitre de Lyon, sous l'épiscopat de Guichard de Pontigny, suivi par son jeune frère Humbert. Il devient abbé de Saint-Just vers 1182, charge qu’il quitte au profit de son frère Humbert lorsqu’il accède à l’épiscopat.
Renaud est chanoine lorsqu'il est pressenti pour succéder à Jean Belles-mains. Peu avant son accession à la charge épiscopale, son prédécesseur Jean Belles-mains signe un traité avec Guichard IV de Beaujeu qui renforce les positions de l’église de Lyon dans le Nord du Lyonnais. Bruno Galland estime que ce traité très avantageux a été accepté par le jeune comte pour éviter de se retrouver diplomatiquement isolé alors que le trône épiscopal semblait avoir toutes les chances de se rapprocher d’un ennemi puissant, le comté de Forez. Ce qui arrive effectivement avec l’élection de Renaud.
Après la démission de Jean Belles-mains, l’épiscopat est un temps sans titulaire, le synode de mai 1193 n’est présidé par aucun archevêque. Pour choisir le nouvel élu, les chanoines adoptent le procédé du « Compromis ». L’ensemble du chapitre confie alors à un groupe restreint le choix du nouvel archevêque, « selon Dieu et selon leur conscience ». Leur choix se porte sur Renaud, mais il ne fait alors pas l’unanimité. L’un des membres du groupe restreint écrit aux autres : « Je veux bien qu’il soit élu, mais à condition que nous soyons absous du serment que nous avons fait au chapitre ; car en lui, il n’y a rien de Dieu ». Le chapitre absout l’opposant de son serment et Renaud est finalement élu. Le choix par le chapitre de procéder ainsi est traditionnellement le signe d’une division de l’assemblée. Bruno Galland estime que les pressions devaient être grandes et que le collège des chanoines décida de mandater des représentants, tout en les absolvant d’avance pour leur choix. Galland en conclut que ces réticences et précautions doivent provenir de la forte personnalité de l’archevêque et de la crainte pour les chanoines de la perte de leur indépendance.
Son élection marque une inflexion dans la politique locale qui avait été marqué auparavant par le comté de Forez et l’église de Lyon. Leurs intérêts sont désormais liés.
Il devient archevêque de Lyon en 1193 après une élection difficile, qui officialise la réconciliation entre l'archevêché de Lyon et le comté du Forez, après des décennies de lutte. Cette élection se fait par « compromis ». Elle est confiée à un groupe restreint de chanoines et est très politique, les motivations religieuses étant mises sous le boisseau.
Issu d'une grande famille féodale vassale du roi de France, il conserve des liens très forts avec celle-ci, n'hésitant pas à lui porter assistance militaire et soutien financier.
En tant que seigneur, il poursuit le déplacement de l'alliance entre Lyon et les grandes puissances européennes, se rapprochant du royaume de France et s'éloignant de l'Empire. Ainsi, il se présente à plusieurs reprises à la cour de Philippe Auguste et jamais à une diète impériale.
Conflit avec les bourgeois lyonnais
Sous son épiscopat, les tensions avec les bourgeois de Lyon s'accroissent, notamment pour des raisons fiscales, et éclatent en 1208 en conflit armé. En effet, pour satisfaire ses ambitions seigneuriales, Renaud de Forez emprunte dès 1193 la forte somme de 20 000 sous forts aux bourgeois de la ville. En échange, il leur accorde plusieurs avantages. Cette somme suspend les taxes sur les marchandises qu'il prélève sur eux. Il accorde également, jusqu'au rachat de cet emprunt, plusieurs privilèges : limitations des sauf-conduits accordés à des malfaiteurs, suspension des droits de mutation sur les achats de terres, promesse d'acheter loyalement les denrées. Enfin, Renaud renonce définitivement à la taille sur les vignes. La monnaie ayant été dévaluée quelques années auparavant, les bourgeois imposent à Renaud que l'ensemble du contrat soit fixé sur la valeur actuelle de cette monnaie. Cet accord semble au bénéfice des bourgeois car il leur fournit un début d'émancipation, et de nombreux avantages qu'ils peuvent espérer conserver longtemps, si Renaud a des difficultés pour rembourser.
Mais quelques années après, il tente de créer de nouvelles taxes ou d'élever les restantes. Les bourgeois protestent et un premier accord est conclu en 1206. Cet accord est doublé d'une charte qui détaille les « coutumes » que chacun, et avant tout l'archevêque, se doit de respecter. Mais Renaud ne respecte visiblement pas ce premier accord. Dès 1208, les Lyonnais s'associent par serment, lèvent des barricades et en appellent au pape Innocent III. Or ce dernier n'est pas satisfait de plusieurs actions de Renaud, notamment l'attaque et la prise par les armes de l'abbaye de Savigny et surtout sa prise de position dans le conflit pour la couronne impériale pour Philippe de Souabe contre Othon de Brunswick, soutenu par le pape. Ce dernier envoie trois émissaires chargés de régler la question, dont l'archevêque de Vienne Humbert et le duc de Bourgogne Eudes III. Ce dernier est particulièrement influent et impose à Renaud l'observance des contrats passés. En revanche, les libertés que les bourgeois se sont octroyées sur le plan politique (pouvoir se réunir en assemblée, prêter un serment de soutien mutuel, prendre les armes librement) sont rejetées par les médiateurs.
Après le conflit avec les bourgeois lyonnais, Renaud construit le château de Pierre Scize, pour se prémunir d'éventuelles actions violentes de la part des Lyonnais. Ces successeurs utiliseront également cette forteresse. Plusieurs anciens historiens de Lyon pensent que Renaud n'a fait que restaurer un château existant déjà à Pierre Scize. Toutefois, la notice de l'obituaire de la cathédrale est claire sur le fait qu'il soit le créateur de cet édifice.
Renaud de Forez en tant qu'archevêque mène une politique qui vise à défendre ses intérêts politiques, que ce soit en tant que prélat lyonnais ou que membre de la famille des comtes du Forez. Pour cela, il s'engage dans de nombreuses relations, positives ou plus conflictuelles avec de nombreux voisins. Un temps tenté de se ranger du côté de l'empereur au sein de l'échiquier européen, l'éloignement de celui-ci le pousse à se tourner résolument vers le royaume de France.
Consolidation de la puissance épiscopale
Renaud de Forez acquiert plusieurs terres pour augmenter le patrimoine archiépiscopal, notamment à Anse, Ternand, Chazay, Lissieu, Givors, Condrieu et Yzeron, dans une stratégie de défense de son comté que ce soit au nord (Oingt, Anse) ou au sud (Condrieu ou Givors) ; mais également pour faire en sorte que la cité épiscopale soit davantage en sécurité (acquisition de possessions à Yzeron).
Dans cette optique de renforcer ses défenses, il entreprend de construire ou de rénover tout autour de Lyon des points fortifiés : un château à Irigny, à Dardilly, un château à Francheville. Il rénove également le château de Saint-Cyr-au-Mont-d'or pour compléter cette première ceinture proche de sa cité. Il entreprend l'édification ou le renforcement d'ouvrages défensifs plus éloignés : le château des Tours à Anse, un château à Condrieu, des fortifications à Rochefort, le château de Saint-André-la-Côte une motte à Givors et un château à Yzeron.
Il mène plusieurs actions pour contraindre de petits seigneurs locaux à accepter pleinement son autorité. Il use pour cela de diplomatie, comme avec le seigneur d'Oingt à qui il prête de l'argent, faisant de lui son obligé. Ces sommes ont peut-être servi à bâtir les châteaux d'Oingt et de Châtillon d'Azergues. Sur le même modèle que le seigneur d'Oingt, Renaud obtient, par endettement de la famille de Guillaume et Bernard de Tarare, le mandement de Ternand, de Anse et de Saint-Vérand. Enfin, il obtient des biens de faibles intérêts dans plusieurs localités : à Saint-Jean-de-Thurigneux, Meximieux, Saint-Priest et Vaulx. Dans d'autres cas, il achète directement les possessions à divers seigneurs, comme à Yzeron où il acquiert un quart des terres de la part de Blanche de Montagny et un autre de Girin de Sal.