Renaud Van Ruymbeke, né le 10 août 1952 à Neuilly-sur-Seine et mort le 10 mai 2024 à Rennes, est un magistrat français.
Juge d'instruction, il a notamment conduit les enquêtes politico-financières dans l'affaire Urba, l'affaire des frégates de Taïwan et l'affaire Clearstream 2.
Renaud Van Ruymbeke naît le 10 août 1952 à Neuilly-sur-Seine. Son père, André Van Ruymbeke (1921-2012), ancien élève de l'École nationale d'administration (ENA) de la promotion Croix de Lorraine, administrateur civil honoraire, et ancien directeur général de l'Union laitière normande puis président de la société Formançais. Sa mère vient d'une famille ouvrière du Nord, et travaille au ministère de la Marine. Il a quatre sœur et frères : Olivier van Ruymbeke, également ancien élève de l'ENA (promotion Henri François d'Aguesseau), ancien maître des requêtes au Conseil d'État, et Bertrand Van Ruymbeke, historien, ainsi que Fabienne et Frédéric. Son grand-père Bobby De Ruymbeke et trois de ses grands-oncles, Douglas, Joseph, et Gaston, belges, ont été footballeurs à l'Olympique de Marseille.
Renaud Van Ruymbeke passe toute sa jeunesse à Cachan. Enfant, il commence à jouer du piano et déclare en 2009 :
« Le piano est un élément essentiel de ma vie. J'ai commencé à huit ans. À 13 ans, je m'y suis mis sérieusement. Étudiant, je jouais trois heures par jour. J'ai tenté le Conservatoire de Paris, en vain. Alors je me suis dit que je deviendrais juge de paix en province, que j'aurais du temps pour satisfaire ma passion. J'ai eu tout faux ! »
En février 1975, Renaud Van Ruymbeke commence sa carrière de magistrat. En 1977, après une maîtrise en droit, il sort de l'École nationale de la magistrature et est nommé juge d'instruction à Caen. De 1983 à 1985, il est substitut du procureur de la République à la section financière de Caen. Il quitte ensuite le parquet pour rester indépendant.
Entre décembre 1985 et décembre 1988, il devient maître de conférences à l'École nationale de la magistrature. Puis, en décembre 1988, il est nommé conseiller à la cour d'appel de Rennes, rattaché à la chambre de l'instruction de cette cour fin 1991. Dans la nuit du 4 au 5 février 1994, l'incendie du palais du Parlement de Bretagne l'affecte personnellement car son bureau se trouve dans le palais de justice où il mène ses nombreuses investigations. Il réagit dans le journal de France 2 à ce sujet : « Mon enquête est secondaire. Un bâtiment extraordinaire a été brûlé. Je suis atterré. Le reste, vous savez, ce n'est pas le plus important. »
En 1996, il signe avec six autres magistrats de différents pays l'appel de Genève contre la corruption.
En avril 2000, il rejoint le tribunal de grande instance de Paris en tant que premier juge d'instruction au pôle financier. En 2013, il est nommé premier vice-président chargé de l'instruction de ce tribunal.
Le 28 juin 2019, il prend sa retraite et joue pour l'occasion au piano des compositions de Franz Schubert et Franz Liszt au Grand Hôtel à Cabourg, dans le Calvados.
Affaires judiciaires notables traitées
Il s'agit du volet des terrains de 37 ha à Ramatuelle vendus deux fois par Henri Tournet (la deuxième fois à une société qu'il contrôle) dont il revend deux hectares pour 40.000 frs à Robert Boulin en 1974. Ce dernier obtient un permis de construire et y édifie une villa, mais voit la transaction contestée par les premiers acheteurs de l'ensemble, victimes d'un notaire véreux. Jeune juge d'instruction à Caen, Van Ruymbeke est saisi du dossier en 1979. Lors d'une audition, Tournet affirme que la vente à Robert Boulin est un don déguisé, puisqu'il lui a remboursé la somme par un chèque au porteur. Le talon du chèques est récupéré par le juge. Il porte la mention "R.Bin". Ce dernier constate que quelques jours après son encaissement, Boulin a bien déposé 40.000 frs sur son compte à Libourne. Van Ruymbeke prévient sa hiérarchie une semaine avant la mort de Boulin. À peu près au même moment, l'affaire fuite dans la presse.
En réalité, il s'agit d'un piège tendu par Tournet pour compromettre Boulin quand il a appris par son ex-épouse devenue la secrétaire des Boulin que la mère du ministre lui avait avancé l'argent de l'achat des deux hectares. Et la signature illisible sur le chèque au porteur n'a pas choqué le juge. Curieusement, quarante ans après, Van Ruymbeke continuera dans ses mémoires à croire à la thèse du suicide de Robert Boulin, malgé les résultats de l'autopsie (visage tuméfié, traces de liens, dérivé du valium dans le sang et pas dans l'estomac, scellés relatifs cambriolés, etc).
En 1992, Renaud Van Ruymbeke conduit une perquisition au siège du Parti socialiste, alors dans la majorité. Il s'agit de la première perquisition en France chez un parti politique au pouvoir. Selon Daniel Mayer « il s'agit de salir […] l'ensemble de la démocratie représentative. », et pour Laurent Fabius, « s'il continuait à être plus anti-socialiste qu'anti-corruption, [il pourrait peut-être] y avoir une affaire Van Ruymbeke ». Enfin, François Mitterrand estime que les « procédures sont assez bizarres ». Choquée par le terme d'« inculpation », la majorité introduit l'expression de « mise en examen » dans la procédure pénale.
Magistrat instructeur de l'affaire des frégates de Taïwan, il reçoit plusieurs courriers anonymes cherchant à attirer son attention sur plusieurs personnalités politiques ou économiques. Dès avril 2004, il se laisse entraîner par Jean-Louis Gergorin, vice-président d'EADS — le groupe possédant notamment Airbus —, dans un arrangement non prévu par le code de procédure pénale : les deux hommes conviennent d'un rendez-vous secret non acté chez Thibault de Montbrial, avocat de Jean-Louis Gergorin. L'auteur des lettres anonymes est donc connu depuis toujours du magistrat, qui prétend ensuite avoir voulu protéger la vie de son témoin, lequel s'affirmait en danger de mort.
Après une première lettre de dénonciation reçue le 3 mai 2004, Renaud Van Ruymbeke fait interpeller à Toulouse le vice-président d'EADS, Philippe Delmas, en pleine inauguration par Jean-Pierre Raffarin d'une nouvelle chaine de montage de l'Airbus A380. Il sera rapidement innocenté. En juin 2004, Renaud Van Ruymbeke reçoit ensuite un CD-ROM contenant 16 121 comptes Clearstream et une deuxième lettre intitulée « Le Bal des crapules ». Cette lettre contient une liste de 895 comptes prétendument clos par Clearstream. Apparaissent six comptes de la Banca Populare di Sondrio, en Italie, dont Stéphane Bocsa et Paul de Nagy seraient titulaires. Il s'agit d'une allusion à Nicolas Sarkozy, dont le nom complet est Sarközy de Nagy-Bocsa, et dont les deuxième et troisième prénoms sont Stéphane et Paul. Sont également mentionnés les noms de personnalités politiques telles que Jean-Pierre Chevènement, Alain Madelin ou Dominique Strauss-Kahn ». Des commissions rogatoires internationales sont adressées à l'étranger, en particulier à Sondrio, en Italie, via le parquet financier de Milan. La réponse italienne n'arrive qu'en novembre 2005 : tout est négatif.
Renaud Van Ruymbeke met un certain temps à admettre qu'il a fait l'objet d'une manipulation. Les noms de personnalités sont ajoutés aux listages de Clearstream. L'enquête préliminaire ouverte sur les autres comptes est classée sans suite en mai 2005. Une procédure est lancée pour dénonciation calomnieuse. Début mai 2006, il est établi que Jean-Louis Gergorin a fait contacter le juge Renaud Van Ruymbeke par son avocat Thibault de Montbrial.
Le 12 mai 2006, le ministre de la Justice Pascal Clément demande à Renaud Chazal de Mauriac de recueillir les explications du juge Van Ruymbeke sur l'affaire Clearstream 2, et le 15 mai 2006, il ajourne la promotion du juge au poste de président de chambre à la cour d'appel de Paris. Finalement c'est à cause de cette procédure qu'il peut rester aussi longtemps au pôle financier.