Pauline Mary Tarn, alias Renée Vivien, est née le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 dans le 16e arrondissement de Paris. Surnommée « Sapho 1900 » par André Billy, elle est une poétesse, nouvelliste, écrivaine et traductrice britannique d’expression française, inclassable de par sa production poétique variée, aux multiples influences littéraires, relevant à la fois du décadentisme, du Parnasse, du symbolisme, du préraphaélisme, et du romantisme tardif qu'est le naturisme à la Belle Époque.
Un prix annuel de poésie, le prix Renée-Vivien, a été créé pour lui rendre hommage.
Pauline Mary Tarn, dont le pseudonyme est Renée Vivien, est la fille d'une Américaine et d'un Britannique fortuné (John Tarn) qui meurt en 1886, lui laissant un héritage qui la met à l'abri du besoin. Après sa scolarité — au cours de laquelle elle se fait remarquer par son attachement (amical et « sororal ») à son amie Violet (ou Violette) Shillito (qui décédera en 1901) — effectuée d'abord à Paris, puis à Londres, elle revient, à sa majorité en 1899, s'établir à Paris dans un luxueux appartement situé au rez-de-chaussée du 23 avenue du Bois-de-Boulogne donnant sur un jardin japonais.
Elle voyage beaucoup à travers le monde, le Japon, Mytilène et Constantinople figurent au nombre de ses destinations préférées. Elle vit une relation orageuse avec Natalie Barney, qu'elle quitte, trouvant ses multiples et quotidiennes infidélités accablantes, refusant même, à son retour des États-Unis, de la revoir. Cependant, elles ne cesseront pas de s’écrire, Renée revenant fréquemment vers Natalie, qui ne se résignera jamais à cette séparation, fera des efforts acharnés jusqu'à la mort de Renée pour la reconquérir, envoyant des amis communs, Pierre Louÿs notamment, plaider en son nom, ou lui adressant des fleurs et des lettres où elle lui demandait de revenir sur sa décision.
À partir de 1901, elle vécut une liaison stable qui dura plus de six ans avec la richissime baronne Hélène de Zuylen, mariée et mère d'une fille et d'un fils. Hélène lui apporte un équilibre émotionnel et une stabilité bénéfiques à sa création littéraire, tandis qu'elle apporte à la baronne, amoureuse de littérature, une collaboration avec elle sous le pseudonyme collectif de Paule Riversdale. L'attribution réelle de ces ouvrages est incertaine, mais les chercheurs pensent qu'ils ont été écrits uniquement par Renée Vivien ou au minimum en très grande partie par Renée Vivien. Les livres publiés sous le nom d'Hélène de Zuylen seraient, en réalité, dus à sa plume.
Bien que la position sociale de la baronne de Zuylen fasse obstacle à une relation publiquement affichée, toutes deux voyagent souvent ensemble et poursuivent une liaison discrète de 1902 jusqu'en 1907. Les lettres de Renée à son confident, le journaliste et érudit Jean Charles-Brun (qu'elle appelle « Suzanne »), révèlent qu'elle se considère mariée à la baronne. Seules quelques lettres étaient jusque-là connues, les quelque 500 autres de la poétesse étant conservées depuis plus d'un siècle par la famille de Jean Charles-Brun. On peut désormais les découvrir dans un livre publié en 2020 par les éditions du Mauconduit : Lettres inédites à Jean Charles-Brun (1900-1909).
Alors qu'elle vit toujours avec la baronne de Zuylen, Renée Vivien reçoit la lettre d'une mystérieuse admiratrice stambouliote, Kérimé Turkhan Pacha, épouse d'un diplomate turc (probablement Turhan Hüsnî Pacha), d'où s'ensuit, quatre ans durant, une correspondance intense, passionnée, suivie de brèves rencontres clandestines. Bien qu'éduquée à la française, Kérimé vit selon la tradition islamique (cf. Lettres à Kérimé parues en 1998). Le départ en 1908 de Kérimé pour Saint-Pétersbourg, pour suivre son mari en poste, met un terme à leur liaison, un nouveau coup dur pour Renée. Terriblement affectée par les pertes qu'elle a subies, elle voit s'accélérer la détresse psychologique dans laquelle elle se trouve déjà. Elle s'adonne toujours plus à l'alcool.
Dans une époque où l'homosexualité est considérée à la fois comme une maladie mentale et un grave péché, des auteurs d'ouvrages critiques tels que Martin-Mamy, Le Dantec, Kyriac et Brissac font de Renée Vivien une femme vouée au mal et à la damnation, perverse et libertine à la fin de sa vie ; allant jusqu'à lui inventer une vie de débauches et d'orgies liées à la consommation de cocaïne. Si rien de tout ceci n’est vrai, de tels ouvrages attestent de la perversion et de la dégradation qui s’attachent à un auteur homosexuel, victime des préjugés de son époque.
Il n'en demeure pas moins vrai que Renée Vivien a rencontré des problèmes de santé mentale (elle tente à plusieurs reprises de se suicider) et d'addiction (au moins à l'alcool). Les faits sont les suivants :
Plongée dans une dépression suicidaire, elle refuse de se nourrir convenablement, facteur qui finit par contribuer à sa mort dont elle a une image romantique. Lors de son séjour à Londres en 1908, dans un moment de découragement extrême et profondément endettée, elle tente de se suicider au laudanum. Après ce suicide raté, elle contracte une pleurésie qui la laisse affaiblie après son retour à Paris. Souffrant d'une gastrite chronique due à des années d'abus d'alcool et d'hydrate de chloral, elle commence à refuser de s'alimenter. De multiples névrites lui paralysent les membres, et elle meurt au matin du 18 novembre, âgée de 32 ans. Son décès serait attribué, à l'époque, à une « congestion pulmonaire », sans doute due à une pneumonie compliquée par l'alcoolisme et l'anorexie. Au sujet de cette première pathologie, Le Monde note que Renée Vivien faisait partie d'un groupe de femmes qui, comme d'autres, « buvaient comme pour prendre la parole contre un monde qui ne voulait pas d’elles, qui retournaient la violence de la société contre elles-mêmes ».
Enterrée dans le quartier où elle a vécu, au cimetière de Passy, sa tombe, située non loin de celle de Marie Bashkirtseff, est constamment fleurie, preuve que sa figure et son œuvre continuent de susciter une intense ferveur.
Il est possible de lire cette fin de vie difficile par les yeux de son amie Colette, dans Le Pur et l'Impur, paru en 1932, ou dans les Souvenirs indiscrets de Natalie Clifford Barney parus en 1960, ou par Une soirée chez Renée Vivien de Marcelle Tinayre.
Le surnom de « Sapho 1900, Sapho cent pour cent » a été donné à Renée Vivien par André Billy, dans L'Époque 1900. Les alentours de l'année 1900 connaissent une floraison d'œuvres écrites par des femmes (Renée Vivien, Colette, Anna de Noailles, Lucie Delarue-Mardrus…), dont plusieurs affichent leurs relations saphiques. Ce phénomène met au goût du jour l'œuvre et le personnage de la poétesse Sappho. Renée Vivien préférait employer le nom Psappha, du dialecte grec dorien. Elle loua une maison à Mytilène, sur l'île de Lesbos, qu’elle visita à plusieurs reprises, notamment en compagne de Natalie Clifford Barney. Mais elle fit surtout paraître en 1903 un texte novateur, Sapho, dans lequel le texte grec est suivi d'une traduction en prose et des propres vers de Renée Vivien, agrémenté d’épigraphes d’autres traducteurs de Sappho, à savoir Catulle, Swinburne... Ses vers ont toutefois une qualité poétique proche de l'original : Vivien utilise la strophe sapphique avec une grande aisance. En plus de cela, elle y adjoint ses propres réécritures. L'ouvrage de Vivien a contribué à ancrer dans le public la réputation d'une Sappho avant tout lesbienne.
Au cours de sa vie, Renée publie son premier recueil sous le nom de plume « R. Vivien », nom qui devient, au fil de ses publications « René Vivien » puis enfin Renée Vivien. Prolifique, elle a été surnommée la « Muse des violettes », pour son amour de cette fleur (et de la couleur violette), dont l'obsession est une évocation de Violet Shillito, son amie d'enfance. Son premier recueil de poèmes, Études et préludes, parait en 1901. Ses vers suivants, y compris des sonnets et des hendécasyllabes, chantent les amours lesbiennes. Sa poésie, d'une nature autobiographique à peine voilée, suscite, comme les œuvres de Natalie Barney, un intérêt croissant au sein d'un public grandissant.