René Thom, né à Montbéliard le 2 septembre 1923 et mort à Bures-sur-Yvette le 25 octobre 2002, est un mathématicien et épistémologue français, fondateur de la théorie des catastrophes. Il reçoit la médaille Fields en 1958. Il est élu à l'Académie des sciences en 1976.
Fils d'un épicier, René Thom fait ses études au lycée Saint-Louis, puis à l'École normale supérieure (promotion 1943 Sciences).
Agrégé de mathématiques en 1946, il obtient son doctorat à Paris en 1951, sous la direction d'Henri Cartan. Il est boursier au Princeton University Graduate College (en) en 1951-1952.
À Strasbourg, en 1946, avec Henri Cartan, il commence à étudier les travaux de Kiyoshi Oka. Il participe aussi, en 1946, à un séminaire organisé par Charles Ehresmann qui l'introduira aux « notions les plus importantes de la topologie algébrique ».
Maître de conférences à la faculté des sciences de Grenoble en 1953, il est ensuite maître de conférences et professeur à la faculté des sciences de Strasbourg de 1954 à 1963.
Son premier travail est une systématisation de la théorie de Morse.
Il résout le problème du cobordisme en 1954, travaux pour lesquels il reçoit la médaille Fields en 1958 ainsi que pour des travaux antérieurs sur la topologie différentielle (qui inclut la théorie du cobordisme).
Il devient professeur permanent à l'Institut des hautes études scientifiques de 1963 à 1990 — il sera nommé professeur émérite en 1988.
En 1966, il donne (un peu empiriquement) la liste des 7 singularités qui apparaissent avec un déploiement de dimension inférieure ou égale à 4.
C'est aussi à partir de ce moment-là qu'il se désintéresse un peu des mathématiques pour s'engager dans la théorie des catastrophes, qu'il développe entre 1968 et 1972.
René Thom est un des directeurs du Séminaire de philosophie et mathématiques, créé en 1972 à l'École normale supérieure, qui a pour objet la confrontation des idées vivantes sur les rapports entre la philosophie et les mathématiques ; il s'intéresse à l'épistémologie des mathématiques et à la philosophie d’Aristote. Par son approche multidisciplinaire des problématiques, il est, avec Gilles Gaston Granger et Jules Vuillemin, un des plus grands épistémologues français du XXe siècle.
Ami de François Le Lionnais, il est l'invité d'honneur de l'Oulipo en 1973.
Il préside la Fondation Louis-de-Broglie de 1991 à 2000, fondation créée en 1973 au Conservatoire national des arts et métiers, et qui a pour objet la recherche fondamentale en physique.
René Thom a consacré la suite de sa vie scientifique à l'étude de la biologie théorique et mathématique avec l'application de la topologie différentielle à la morphogenèse. Il eut, sur cette complexe question, un stimulant mais vif et contradictoire débat avec le biologiste Antoine Danchin (né en 1944) dont on retrouve l'écho dans l'important recueil de textes paru sous le titre Apologie du logos. Il est notamment l'auteur de Stabilité structurelle et morphogenèse, ouvrage destiné à présenter au grand public la théorie des catastrophes en termes relativement simples.
Sur l'origine des structures syntaxiques
Dans un entretien en 1978 avec Jean Petitot-Cocorda, Jean-Claude Milner, Antoine Culioli, Jean-Pierre Desclès, Jacques-Alain Miller et Jacques Lacan, René Thom engage un échange sur l'origine des structures syntaxiques. Il soutient :
« Ce qui fait que lorsqu'on parle d'intentionnalité du psychisme à l'égard de l'objet, il ne faut pas seulement penser à l'intention du sujet vis-à-vis de l'objet. Il faut aussi penser que, dans son identification à l'objet, le sujet lui confère une certaine intentionnalité. Autrement dit, il y a non seulement intentionnalité du sujet, mais intentionnalité conférée à l'objet. Je suis tenté de croire que l'aspect fondamental de la signification est celui-là : l'identification du sujet avec une forme extérieure. »
Ainsi, le langage « en usage normal » n'est pas ambigu puisque « à l'intérieur d'une même communauté linguistique émission et réception fonctionnent de manière duale ». Antoine Culioli lui donnera la réplique en précisant que « l'émetteur étant son propre récepteur, il va y avoir un brouillage. »