René Rémond, né le 30 septembre 1918 à Lons-le-Saunier, mort le 14 avril 2007 dans le 14e arrondissement de Paris, est un historien français.
Ses travaux sur l’histoire politique, intellectuelle et religieuse de la France contemporaine, par leur souci d’ouvrir l’histoire politique à la science politique et de dégager les tendances de long terme des courants de pensée et de la vie politique, ont contribué au renouvellement du domaine à partir des années 1970.
Il est le père d'une typologie des « Droites en France », issue de l'ouvrage Les Droites en France, en trois familles héritées des conflits du XIXe siècle : « orléaniste », « bonapartiste » et « légitimiste », qui a fait date.
Il a joué également un rôle important dans la constitution en France du courant historiographique de l’histoire du temps présent.
Il est élu à l'Académie française en 1998.
Son grand-père Émile Rémond est chef de gare et employé dans la compagnie des chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée. Son père Paul Rémond, né en 1893 à Corgoloin, mort en 1973 à Paris, est dessinateur industriel devenu ingénieur puis chef d'entreprise. Il est réformé lors de la Grande Guerre en raison d'une tuberculose. En 1917, il épouse à Paris Cécile Godbillion, professeure de musique.
Il est le frère de l'ingénieur Claude Rémond, créateur de la norme d'électricité NF C 15-100, qui régit les normes de sécurité en France.
Il est le neveu de Paul Rémond, évêque de Nice de 1930 à 1963. Le 21 décembre 1992, il préside à Nice la cérémonie de remise par Yad Vashem de la médaille de Juste parmi les nations à son oncle.
René Rémond épouse en 1946, dans le 16e arrondissement de Paris, Josette Navarro-Crespo. De leur union naît Bruno Rémond, haut fonctionnaire.
René Rémond effectue ses études secondaires au lycée Carnot, où il obtient le baccalauréat section lettres en 1935, puis fait quatre années de classes préparatoires littéraires au lycée Condorcet, où il est l'élève des historiens Léon Cahen et Maurice Crouzet. Mobilisé en 1939-1940, il fait une dernière année de khâgne au lycée Louis-le-Grand et est admis à l’École Normale Supérieure en 1942. Il est reçu à l'agrégation d'histoire, le deuxième, en 1945. Il s'engage dans la Résistance durant l'Occupation.
Il reste rue d’Ulm en tant qu’agrégé préparateur (« caïman »). Parallèlement, il s'engage à la Conférence Olivaint.
Entré à la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) dans les années 1930, il devient son secrétaire général en 1943. En 1946, il est élu secrétaire général du Centre international de documentation et d'information, créé par la JEC pour asseoir une présence internationale. La même année, il cofonde avec Pierre Juneau la JEC Internationale (JECI-IYCS), qui joue le rôle de coordination internationale des mouvements JEC.
Assistant de Pierre Renouvin à la Sorbonne au sortir de la guerre, il soutient en 1959 son doctorat ès lettres avec sa thèse sur « les États-Unis devant l’opinion française (1815-1852) », dirigée par Charles-Hippolyte Pouthas, et publiée en 1962. Durant la rédaction de sa thèse, il a également préparé ce qui devient son ouvrage le plus connu, La Droite en France de 1815 à nos jours, qu’il publie en 1954.
Il est assistant à l’université de Paris et devient, en 1956, directeur d’études et de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) et maître de conférences, puis professeur des universités à l'institut d’études politiques de Paris.
En 1964, il est nommé à la nouvelle Faculté des lettres et sciences humaines de l’université de Paris, à Nanterre, où il occupe la première chaire d’« histoire du XXe siècle » créée en France. En mai 68, il adopte une position prudente face au mouvement. D'abord opposé au Mouvement du 22-Mars et victime, le 2 mai 1968, d'une interruption agitée de son cours, événement qu'il communique, sans dramatiser ni détailler tous les incidents, au doyen Pierre Grappin, il est en voyage en Italie (prévu de longue date) du 5 au 17 mai. Dirigeant du Centre catholique des intellectuels français (CCIF), dont il délègue la gestion à Jean-Marie Mayeur, il conseille à ce dernier de s'abstenir de toute déclaration, pro ou contra, concernant le mouvement. À son retour, il est élu par l'assemblée du 20 mai à la tête du « Comité des huit » du département d'histoire, structure exécutive paritaire joignant professeurs, assistants et étudiants, et bien qu'étant le membre le plus à droite de cette structure, participe à l'élaboration d'une nouvelle organisation universitaire.
Son attitude en mai-juin 1968, faite de négociations avec les plus réformistes des contestataires et de maintien de ses principes politiques, contribue à sa popularité, tant chez les étudiants et assistants que parmi les professeurs (malgré quelques crispations éparses). En avril 1969, le doyen Paul Ricœur l'invite à le seconder, Rémond lui succédant en mars 1970 après son départ pour raisons de santé. En février 1971, il est élu président de la nouvelle université de Nanterre, poste qu'il conserve jusqu'en 1976. Il est membre du Conseil supérieur de la magistrature de 1971 à 1974, premier vice-président de la Conférence des présidents d’université, de 1974 à 1976 et directeur de la Revue historique, de 1973 à 1998. Par ailleurs, il est nommé en septembre 1968 au conseil d'administration de l'ORTF.
Dès cette époque, il intervient fréquemment à la télévision, à la radio et dans la presse pour commenter l’actualité politique, notamment lors des soirées électorales, et siège dans divers conseils d’administration d’organismes publics de radio-télédiffusion.
En 1978, il participe à la création de l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) dont il est le premier président de 1979 à 1990. Il est également, de 1988 à sa mort, président du Conseil supérieur des archives.