René Lévesque, né le 24 août 1922 à Campbellton (Nouveau-Brunswick) et mort le 1er novembre 1987 à Montréal (Québec), est un homme d'État québécois. D'abord connu comme journaliste, animateur de radio et de télévision, il est l'un des principaux artisans de la Révolution tranquille au sein du Parti libéral du Québec, pilotant l'achèvement de la nationalisation de l'électricité, et un ardent défenseur de la souveraineté politique du Québec. À la tête du Parti québécois, un parti indépendantiste dont il est à l'origine, Lévesque est premier ministre de la province de 1976 à 1985. En 1980, il tient le premier référendum sur l'indépendance du Québec.
Lévesque grandit à New Carlisle dans La Baie-des-Chaleurs. Élève doué formé chez les Jésuites de Gaspé, puis au Collège Saint-Charles-Garnier de Québec, il abandonne ses études en droit à l'Université Laval en 1943 et travaille comme annonceur et rédacteur pour la radio. Bilingue, il est recruté en 1944 comme agent de liaison puis correspondant de guerre pour l'Armée américaine. Dépêché à Londres, il participe aux campagnes militaires de France, d'Allemagne, d'Autriche et à la libération du camp de concentration de Dachau avec les troupes du général américain Patton puis du général Patch.
Après la guerre, il s'installe à Montréal et travaille comme journaliste pour Radio Canada International (RCI) puis devient animateur vedette de Radio-Canada, où il anime l'émission Point de mire. Après son implication dans la grève des réalisateurs de Radio-Canada, qui commence en 1958, Point de mire est retirée de l'antenne à l'été 1959. Journaliste vedette, Lévesque quitte Radio-Canada pour devenir, en 1960, député pour le Parti libéral du Québec et ministre dans le gouvernement Lesage. Artisan de la Révolution tranquille, il est chargé de la nationalisation de l'électricité en tant que ministre des Richesses naturelles. Déçu de la position de son parti sur l'avenir politique du Québec, il quitte le Parti libéral pour fonder le Mouvement Souveraineté-Association (MSA) en 1967 puis, l'année suivante, le Parti québécois (PQ), une formation souverainiste d'inspiration sociale-démocrate.
René Lévesque mène le Parti québécois au pouvoir lors de l'élection générale de 1976. Il devient alors le 23e premier ministre du Québec et prend la tête du premier gouvernement souverainiste de l'histoire de la province en novembre 1976. En 1980, les péquistes organisent un référendum sur la souveraineté du Québec : le « non » l'emporte avec 59,6 % des voix. Le Parti québécois et René Lévesque se maintiennent néanmoins au pouvoir lors de l'élection de 1981. Contesté au sein de son parti et peinant à susciter l'intérêt populaire pour la souveraineté, Lévesque se retire de la vie publique en 1985. Il meurt soudainement en 1987.
Symbole de la Révolution tranquille, fondateur du Parti québécois, figure de proue du mouvement nationaliste, porte-étendard du projet souverainiste et défenseur de la social-démocratie, Lévesque est l'une des personnalités les plus marquantes de l'histoire du Québec.
René Lévesque grandit à New Carlisle (comté de Bonaventure, Gaspésie), un village à majorité anglophone et bourgeoise, comptant à l'époque près de 1 000 habitants. Il naît toutefois de l'autre côté de la baie des Chaleurs, le 24 août 1922, à l'hôpital de Campbellton, au Nouveau-Brunswick. Ses parents ont décidé de s'y rendre car son frère aîné, qui devait naître à la maison, est mort-né à cause d'un médecin en état d'ébriété. L'une des plus grandes figures de l'histoire québécoise est donc venue au monde dans une province voisine.
René Lévesque est le fils de Diane Dionne-Pineault (1896–1979), née à Rivière-du-Loup et descendante d'une lignée des seigneurs de Tilly, et Dominique Lévesque (1889–1937), un avocat trouvant ses racines à Saint-Pacôme-de-Kamouraska. Le couple s'est formé à Rivière-du-Loup et s'est uni dans la même ville, le 4 octobre 1920, lors d'une sobre cérémonie à l'église Saint-Patrice. La mère de René Lévesque est une femme cultivée « avide de connaissances » qui fait « figure d'intellectuelle ». Le père de Lévesque est un jeune avocat prometteur qui, avant de s'établir en Gaspésie, travaillait au cabinet d'Ernest Lapointe, influent avocat et « lieutenant québécois » du premier ministre canadien William Lyon Mackenzie King.
René Lévesque est d'ascendance normande du côté paternel. Plus tard, alors qu'il est premier ministre du Québec, il ira d'ailleurs en Normandie pour honorer la mémoire de Robert Lévesque, le premier porteur du patronyme à débarquer en Nouvelle-France. Son biographe Pierre Godin fait ressortir deux ancêtres marquants de René Lévesque: Charles Pearson, mutin de la marine britannique au XIXe siècle, et Germain Dionne, rebelle canadien français ayant combattu aux côtés des Américains lorsqu'ils envahirent la Province of Quebec en 1775. Godin souligne avec humour qu'un tel arbre généalogique prédestinait Lévesque à devenir « l'enfant terrible de la politique québécoise ».
René Lévesque est l'aîné d'une famille de quatre enfants. Il a deux frères, Fernand et André, ainsi qu'une sœur, Alice. À New Carlisle, le foyer familial est une maison de bois blanc située au 16 rue Mount Sorel, sur une butte qui surplombe la baie des Chaleurs. Si à l'époque elle était « considérée comme une maison bourgeoise », Godin souligne qu'elle serait aujourd'hui « bien ordinaire avec son portique rudimentaire orné d'un lustre en fer forgé plutôt banal, ses bay-windows qui en rompent l'harmonie ancienne et un solarium que les années ont un peu mutilé ». Modeste comparativement aux luxueuses demeures des bourgeois anglophones de la région, elle met en lumière, pour Lévesque, les inégalités entre les Wasps et la population francophone. Plus tard, il y verra même une manifestation du colonialisme : « Les Canadiens français à New Carlisle, nous étions des colonisés. Dans ce village, une minorité d'Anglais contrôlait tout, le CN, la banque, le magasin général… nous étions leurs indigènes. Ils n'étaient pas méchants. Ils nous traitaient comme les Rhodésiens blancs traitent leurs Noirs. Ils ne leur font pas de mal mais ils ont tout l'argent, donc les belles villas et les bonnes écoles ».
René Lévesque fait d'ailleurs ses études primaires dans une petite école de rang bilingue, une one-room schoolhouse qu'il qualifie de « misérable cabane ». À l'école, les francophones le considèrent comme un enfant triste alors que les anglophones voient en lui un trouble maker. Chétif, il fait toutefois preuve de caractère et ne craint aucun élève. Il côtoie surtout des catholiques à l'école primaire: Canadiens français, Acadiens ou encore anglophones d'origine irlandaise. Bien qu'ils se taquinent entre eux, s'insultant de French frogs et de crawfish, René Lévesque conserve de bons souvenirs de cette époque, qu'il qualifie de « très folklorique ». Il assure également qu'il n'a « gardé aucun ressentiment vis-à-vis des gens de langue anglaise ». Il est pourtant confronté directement aux inégalités, notamment lorsqu'il passe devant la New Carlisle Academy, une high school moderne que fréquentent les fils de riches et qui contraste avec sa modeste école de rang où il étudie. Malgré le sentiment d'injustice, le jeune René Lévesque, enfant hyperactif et bagarreur, est apaisé par la mer qui borde sa Gaspésie natale. Influencé par un père qu'il admire, René Lévesque développe très tôt un goût pour la lecture. Il confiera plus tard : « Quand j'y pense, je peux dire que c'est l'un des hommes les plus remarquables que j'aie connus. C'est un homme pour qui le mot « culture » avait un sens. Il m'a appris le français dans une édition illustrée des fables de La Fontaine... ». Sa mère est également une « lectrice boulimique » depuis qu'elle est jeune . Plus tard, durant l'été, René Lévesque dévore des livres mis à l'index par le clergé, notamment les romans d'Émile Zola, Guy de Maupassant et Gustave Flaubert. Il s'intéresse également à l'histoire et l'actualité, notamment lorsqu'il découvre le chancelier autrichien Engelbert Dollfuss, dont il admire le dévouement à l'indépendance autrichienne.