Ce Jour-là

René Guénon

Ésotériste et philosophe orientaliste français

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René Guénon, né le 15 novembre 1886 à Blois (France) et mort le 7 janvier 1951 au Caire (Égypte), est un auteur français, « figure inclassable de l’histoire intellectuelle du XXe siècle ».

Il publie dix-sept ouvrages de son vivant, auxquels s'ajoutent dix recueils d'articles publiés à titre posthume, soit au total vingt-sept titres régulièrement réédités. Ces livres ont trait principalement à la métaphysique, au symbolisme, à l'ésotérisme et à la critique du monde moderne.

Dans son œuvre, il se propose soit d'« exposer directement certains aspects des doctrines métaphysiques de l'Orient », doctrines métaphysiques que René Guénon définissait comme étant « universelles », soit d'« adapter ces mêmes doctrines [pour des lecteurs occidentaux] en restant toujours strictement fidèle à leur esprit ». Il ne revendique que la fonction de « transmetteur » de ces doctrines, dont il déclare qu'elles sont de nature essentiellement « non individuelle », reliées à une connaissance supérieure, « directe et immédiate », qu'il nomme « intuition intellectuelle ». Ses ouvrages, écrits en français (il a également contribué en arabe à la revue El Maarifâ), sont traduits en plus de vingt langues.

Son œuvre oppose les civilisations restées fidèles à l'« esprit traditionnel », qui selon lui « n'a plus de représentant authentique qu'en Orient », à l'ensemble de la civilisation moderne considérée comme déviée. Elle a modifié en profondeur la réception de l'ésotérisme en Occident dans la seconde moitié du XXe siècle et a eu une influence marquante sur des auteurs aussi divers que Mircea Eliade, Antonin Artaud, Raymond Abellio, Raymond Queneau, René Daumal, Simone Weil et André Breton jusqu'à Charles III roi du Royaume-Uni.

La « vie simple » de René Guénon

Le titre de la première biographie sur Guénon écrite par Paul Chacornac, « La vie simple de René Guénon » a fait l'objet de beaucoup d'étonnement et de nombreux commentaires. « Vie simple » ne peut pas s'entendre au sens propre : vie simple dans son unité spirituelle acquise très tôt. En effet, jusqu'à sa stabilisation au Caire, la vie de Guénon fut tout sauf simple et sembla même partir dans toutes les directions. Une vie « déconcertante», insaisissable par ses apparentes contradictions : « élève de l'École Hermétique du mage Papus, il fut un contempteur de l'occultisme ; franc-maçon, il participa à une publication anti-maçonnique ; enfant de la Loire, il se considéra comme totalement oriental ; écrivain, il relativisa la valeur de l'écrit ; homme du secret, il publia chez les plus grands éditeurs... ». Pourtant la cohérence et l'unité de l'œuvre de Guénon ont été soulignées par beaucoup d'auteurs. Jean-Pierre Laurant parla d'ailleurs des dangers de la « magie » du discours guénonien. En effet, comme l'a écrit David Bisson, ce discours semble donner réponse à tout. Jean Borella écrivit, pourtant dans une perspective critique, « pas facile d’être juste avec Guénon. L’œuvre semble exiger une adhésion totale tant son unité est forte. On l’accepte en bloc ou on la rejette de même. Autant que personne, je suis sensible à la maîtrise qui règne dans les moindres lignes de ce penseur hors du commun : unité du style qui ne fait que refléter l’unité de la doctrine ».

Plus encore que l'unité de l'œuvre, c'est la précocité de cette unité qui a frappé les commentateurs : dès ses premiers écrits, alors qu'il n'a que 23 ans, toutes les notions les plus importantes de son discours sont présentes et ne vont quasiment pas évoluer par la suite. Guénon acquit les réponses à ses questions et toutes ses certitudes, dont il ne dévia jamais, autour de sa vingtième année par la rencontre d'hindous dont au moins un maître du Vêdânta. Il fut persuadé dès lors qu'il existait une vérité métaphysique sous-jacente à toutes les grandes traditions spirituelles, vérité encore conservée intégralement en Orient et que l’être humain peut connaître. Il partit dans tous les milieux se déclarant « missionné » pour que tous ceux qui en avaient encore la capacité puissent retrouver cette vérité perdue : les occultistes et francs-maçons progressistes, les catholiques réactionnaires, les artistes d'avant-garde, etc. La thèse de Xavier Accart sur la réception de Guénon en France est, d'après Antoine Compagnon, un véritable « Bottin mondain des lettres françaises durant un bon demi-siècle». Antoine Compagnon le compare au Zelig de Woody Allen apparaissant quelque part, semblant fondu dans le groupe, sur toutes les photos de famille des courants politiques et intellectuels de son temps.

Pourtant, malgré cette agitation extérieure apparente, beaucoup furent frappés par sa manière d'être. Même lorsqu'il devint une figure centrale des milieux intellectuels parisiens des années 1920, il semblait toujours calme, d'humeur égale, toujours bienveillant sans jamais un mot blessant avec ceux qui le contredisaient. Pierre Naville décrivit « un ton si paisible, proche et lointain tout ensemble, de cet homme qui vivait dans cet ailleurs ». Il semblait déjà désindividualisé face à « la vérité », détaché des émotions : Guénon sera toujours décrit comme un homme « diaphane ». Cette transparence renvoie à l’expérience spirituelle vécue lors de sa rencontre avec son maître hindou, lors de sa vingtième année. Après l'année 1927 où tout bascula et durant laquelle il comprit qu'il ne pourrait pas réaliser un redressement spirituel en Occident, il partit enfin pour l'Orient. Dans le vieux quartier traditionnel du Caire, en 1930, vivant dans une relative indigence matérielle, il écrivit : « je me trouve plus « chez moi » ici qu'en Europe ». Ses articles devinrent plus lyriques, en particulier un article d'octobre 1930 sur la simplicité évangélique. Sa vie de musulman soufi au Caire ne fut pas une fuite ou un moyen de trouver son identité, car cela s'était produit depuis très longtemps déjà, mais de mettre en accord sa simplicité intérieure et la simplicité de sa vie extérieure, de vivre enfin « une vie traditionnelle unifiée ».

René Guénon naquit le 15 novembre 1886 à Blois, en France, dans une famille angevine très catholique. Son père était architecte. De santé très fragile, il fut un excellent élève, en sciences comme en lettres, et il reçut un prix au concours général. Il fut très entouré par sa mère, son père et surtout sa tante, Mme Duru, institutrice dans l'école catholique de Montlivault, dont il sera très proche jusqu'à la mort de cette dernière en 1928 : c'est elle qui lui apprit à lire et écrire. Il entra en classe de mathématiques élémentaires en 1904 à Blois où il eut comme professeur de philosophie Albert Leclère, qui sera nommé ensuite professeur à l'Université de Fribourg, en Suisse. La personnalité de Leclère semble l'avoir marqué : le professeur fit des compliments sur son élève et ce fut l'une des rares périodes où Guénon n'eut pas de problème de santé. Leclère était un spécialiste des présocratiques : son rejet du monde des phénomènes hérité de Parménide, sa critique de la science qui ne s'intéresse qu'à ces phénomènes, sa considération d'une décadence de la pensée à partir de la période socratique, son intérêt pour la relation entre la mesure de la matière et les mathématiques, en particulier à travers le calcul infinitésimal, semblent avoir eu un certain écho dans toute l'œuvre de Guénon.

Jusqu'en 1928, date de la mort de Mme Duru, Guénon se rendit régulièrement dans sa famille et put ainsi souvent discuter avec l'abbé Ferdinand Gombault (1858-1947), le curé de Montlivault, docteur en philosophie et ami de la famille. Guénon reçut l'essentiel de ses connaissances sur le thomisme de l'abbé, mais ces connaissances étaient limitées et étroites, ce qui resta toujours un handicap lorsqu'il eut de nombreuses discussions philosophiques avec certains des membres les plus éminents du néothomisme durant la période 1916-1924. D'autre part, Gombault semble lui avoir laissé en héritage une certaine incapacité à ne voir dans le mysticisme chrétien des derniers siècles qu'une voie passive. D'une façon générale, l'ambiance saint-sulpicienne du catholicisme qui l'entourait semble ne pas avoir inspiré le jeune Guénon et explique probablement son détachement du christianisme comme voie spirituelle personnelle. Les deux hommes partagèrent aussi une critique très dure de l'école allemande de pensée (en particulier Kant et Hegel pour Gombault) et des orientalistes allemands, ainsi qu'une préoccupation constante sur la question du mal et du danger d'un mélange du domaine spirituel et de phénomènes extra-spirituels d'ordre inférieurs voire démoniaques, en particulier dans le spiritisme et dans certaines apparitions mystiques (ce qui amplifia probablement les préjugés de Guénon sur le mysticisme chrétien des derniers siècles).

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