Ce Jour-là

René Dumont

Ingénieur agronome, sociologue, écologiste et homme politique français

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René Dumont, né le 13 mars 1904 à Cambrai (Nord) et mort le 18 juin 2001 à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), est un ingénieur agronome, sociologue et homme politique français. Il est connu pour son combat pour le développement rural des pays en développement et son engagement écologiste. Il est le premier candidat à s'être présenté sous l'étiquette écologiste à une élection présidentielle française, en 1974.

René Dumont participe à populariser le mot « agroécologie » le 20 avril 1975, lorsqu'il réalise le commentaire du film documentaire de Michel Yves Gattepaille : En Afrique, les peuples oubliés du Sahel. C'est également un auteur prolifique avec près de 70 ouvrages, dont L'Afrique noire est mal partie en 1962 et L'Utopie ou la mort ! en 1973.

René Dumont naît à Cambrai, 19 allée Saint-Roch le 13 mars 1904, dans une famille d'origine rurale. Il descend du côté paternel d'une lignée de paysans des Ardennes.

Son père, Rémy Dumont, est initialement instituteur rural avant d'entrer à l'école nationale d'agriculture de Grandjouan pour devenir ingénieur agricole. Professeur spécial d'agriculture à Cambrai de 1899 à 1925, il écrit une quinzaine d'ouvrages agronomiques chez Larousse et participe à la rédaction du premier Larousse agricole en 1921. Également franc-maçon, militant du Parti radical, il est quelque temps conseiller municipal de Sedan. Espérant que son fils suive sa voie, il lui inculque l'amour de la terre.

Sa mère, née Françoise Busque, est en 1898 l'une des premières femmes agrégées de mathématiques en France. D'abord professeur de sciences, elle devient directrice de collège. Sa fonction l'amène à Arras, Amiens, Évreux et, enfin, Montargis, au collège du Chinchon. En 1920, René Dumont y côtoie de jeunes Chinois qui vont ensuite lancer la révolution dans leur pays.

René Dumont est ainsi élevé dans une famille de républicains laïcs militants. Il est également très tôt sensibilisé à l'agriculture. Ses parents ne sont eux-mêmes pas agriculteurs mais ses deux oncles et son grand-père tiennent une ferme à Rubécourt-et-Lamécourt, près de Sedan (Ardennes), où il part chaque été et participe aux activités agricoles.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, sa famille réside encore dans le Nord et se trouve très proche du front. Le collège où enseigne sa mère est reconverti en hôpital militaire et René est marqué par l'horreur de la guerre. La famille part ensuite dans la Nièvre.

En 1921, il entre en classe préparatoire mathématiques supérieures au lycée Henri-IV à Paris, afin de préparer le concours d’entrée de l’Institut national agronomique (INA), ancêtre de l'actuel Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement (AgroParisTech). Entré brillamment en 1922 à l'INA, il en sort avec un diplôme d'ingénieur agronome.

Il part effectuer son service militaire mais, en raison de son tempérament pacifiste et de son comportement rebelle, des conditions particulièrement difficiles lui sont réservées et il fait par la suite une dépression. Il part se soigner à l'établissement psychiatrique de Charenton puis, en 1926, passe une année de convalescence comme ouvrier agricole dans la ferme de son frère, puis dans celle d’un de ses oncles.

Rétabli en 1927, il entre à l’Institut national d'agronomie coloniale (INAC) à Nogent-sur-Marne pour suivre une formation d'un an d'ingénieur colonial. Intéressé par l'agronomie tropicale, il quitte la France pour le Viêt Nam en janvier 1929 et commence sa carrière dans les rizières du Tonkin.

Son épouse, Suzanne, est artiste peintre.

Début de carrière au Nord Vietnam, alors le Tonkin

René Dumont commence sa carrière en expérimentant le modèle agricole dual de l'époque : d'un côté, la recherche agronomique à ses débuts, avec l'utilisation des engrais chimiques et le machinisme agricole pour les cultures d'exportation ; de l'autre, la quasi négligence des cultures vivrières en général et de la riziculture en particulier. Il est affecté comme « ingénieur adjoint de troisième classe des Services techniques et scientifiques de l’Agriculture en Indochine ». Responsable de station agricole dans le delta du fleuve Rouge, il est chargé de développer l'utilisation des engrais en rizières, notamment l'acide phosphorique qui est produit par la Société des phosphates du Tonkin, une compagnie française locale. Bien que cantonné à l'évaluation de l'efficacité des engrais prescrits, René Dumont étudie également en profondeur les techniques locales traditionnelles de la culture du riz.

En 1930, il devient responsable de la nouvelle Section du Nord indochinois de l’Office du riz. La même année, il publie ses premières études dans le Bulletin économique de l’Indochine. Ces premières missions recèlent déjà une approche originale de l'agronomie, dans laquelle il essaye d'analyser les situations dans leur globalité tout en s'intéressant aux modes de vie et aux techniques des populations locales.

Ainsi, il remet assez vite en question les bienfaits du colonialisme. Son approche critique de l'agronomie entre en conflit avec l'idéologie des agronomes coloniaux de l'époque qui méprisent souvent l'agriculture traditionnelle des populations indigènes. Écœuré par l'administration française et épuisé par son rythme de travail, il démissionne de son poste et retourne en France en février 1932.

Un an après son retour, en 1933, il commence la rédaction de son premier ouvrage, non sans avoir complété ses données indochinoises par des visites en Italie à la station rizicole expérimentale de Verceil et aux Pays-Bas à Wageningue chez les « maîtres en cultures tropicales » selon sa propre expression. Publié début 1935, La Culture du riz dans le delta du Tonkin s'illustre par son approche novatrice de l'agronomie, une approche pluridisciplinaire s'intéressant autant à la géographie qu'à l'humain et que l'agronome Igor Besson, responsable de sa réédition revue et augmentée en 1995, qualifie d'« ethno-agronomique » avant l'heure. Dans cet ouvrage il présente la trop faible capacité d'augmentation de la productivité des rizicultures par rapport à la croissance démographique dans la région du delta du Tonkin. Ce travail s'inscrivant dans une logique néo-malthusienne est précurseur, plus de 30 ans avant la prise de conscience de ces problèmes par les autorités publiques. Cette approche est notamment reprise par ses disciples Étienne Guillaume, Jean-Baptiste Ancel, Victor Cervantes et Mehdi Beghdadi dans Crise démographique et ethnoculturelle, de Malthus à René Dumont en 2023.

Pendant les années 1930, il milite pour l'économie distributive, parmi les milieux abondancistes. Il publie plusieurs articles dans la Grande Relève.

René Dumont passe toute sa carrière, de 1933, un an après son retour du Tonkin, à sa retraite en 1974, à l'Institut national agronomique (INA) à Paris ou plus simplement « l'Agro ». Il y entre en octobre 1933 comme chef de travaux des chaires d’agriculture et d’agriculture comparée (à titre provisoire puis titularisé à ce poste en janvier 1935). En 1936, il devient maître de conférences d'agriculture spéciale à vacation, puis maître de conférences d’agriculture spéciale en 1951 à l'occasion de la création de la chaire du même nom. En 1953, il est nommé professeur de la chaire d’agriculture comparée qu'il contribue à créer et où il enseigne jusqu'à sa retraite. Il est professeur honoraire de cette chaire jusqu'à sa mort, chaire qui est, de nos jours[Quand ?], d'agriculture comparée et de développement agricole.

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