Ce Jour-là

René Char

Poète français

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René Char, né le 14 juin 1907 à L'Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse) et mort le 19 février 1988 à Paris 5e, est un poète et résistant français.

Parmi son œuvre, ses plus grands succès poétiques et littéraires sont Fureur et mystère (1946), Feuillets d'Hypnos (1948), Les Matinaux (1950) ou encore Lettera amorosa (1952). Il fonde avec ses amis Louis Aragon, André Breton et Paul Éluard, la revue Le Surréalisme au service de la révolution. Durant la Seconde Guerre mondiale, il participe activement à la Résistance.

René Émile Char est le benjamin des quatre enfants issus des secondes noces, en 1888, de Joseph Émile Magne Char (1863-1918), négociant né à L'Isle-sur-la-Sorgue ainsi que de Marie-Thérèse Armande Rouget (1869-1951), sœur de sa première épouse, Julia Rouget, morte en 1886 de tuberculose un an après leur mariage. À la naissance de René Char, ses sœurs, Julia (1889-1965) et Émilienne (1900-1978) ont dix-huit et sept ans, son frère Albert en a quatorze.

Son grand-père paternel, Magne Albert Char dit Charlemagne, enfant naturel et abandonné né en 1826 à Avignon, placé dans une ferme du Thor puis plâtrier à L'Isle-sur-la-Sorgue, avait épousé en 1858 Joséphine Élisabeth Arnaud, fille de meunier. Son grand-père maternel, Joseph Marius Rouget, maçon, avait épousé en 1864 Joséphine Thérèse Chevalier, née en 1842 à Cavaillon.

Son père, Joseph Émile Magne Char, qui a abrégé son nom, est maire de L'Isle-sur-la-Sorgue à partir de 1905 et devient en 1907 administrateur délégué des plâtrières de Vaucluse. René Char passe son enfance aux « Névons », vaste demeure familiale, dont la construction au milieu d'un parc venait d'être achevée à sa naissance et où logent également ses grands-parents Rouget. Il bénéficie de l'affection de son père et il est attaché à sa grand-mère maternelle, à sa sœur Julia, à sa marraine Louise Roze et sa sœur Adèle, qui habitent une vaste maison au centre de la ville. Mais il subit le rejet hostile de sa mère, catholique pratiquante opposée aux idées politiques de son mari et de son frère. La famille passe l'été dans une autre de ses propriétés, La Parellie, entre L'Isle et La Roque-sur-Pernes.

En 1913, René Char entre à l'école. Après la mort de son père d'un cancer du poumon, le 15 janvier 1918, les conditions matérielles d'existence de la famille deviennent précaires. René Char se lie vers 1921 avec Louis Curel — cantonnier, admirateur de la Commune de Paris et membre du Parti communiste, qu'il dépeindra sous le nom d'Auguste Abondance dans Le Soleil des eaux —, avec un élagueur, son fils Francis et Jean-Pancrace Nougier — dit l'Armurier, car il répare les vieux fusils — que le poète évoque dans Le Poème pulvérisé, lequel lui aussi, représente l'un des personnages du Soleil des eaux. Il se lie également avec les pêcheurs de la Sorgue et quelques vagabonds au parler poétique, intitulé ultérieurement les Transparents.

Bâti comme un colosse (1,92 m) et impulsif, il joue passionnément au rugby, qu'il pratique avec son ami Jean Garcin. Interne à partir de 1918 au lycée Mistral d'Avignon, il décide en 1923 de le quitter, après une dispute avec l'un de ses professeurs qui se moque de ses premiers vers. Il fait en 1924 un voyage en Tunisie, où son père avait créé une petite plâtrerie, puis en 1925 suit les cours de l'École de commerce de Marseille, qui ne l'intéressent pas davantage. Il lit Plutarque, François Villon, Racine, les romantiques allemands, Alfred de Vigny, Gérard de Nerval et Charles Baudelaire, mais aussi vraisemblablement Rimbaud, Mallarmé et Lautréamont, peut-être des poèmes d'Éluard.

Après avoir travaillé à Cavaillon dans une maison d'expédition de fruits et légumes, il effectue en 1927 son service militaire dans l'artillerie à Nîmes, affecté à la bibliothèque des officiers. A propos d'un roman d'André de Richaud, il écrit alors une première critique pour la revue parisienne Le Rouge et le Noir, à laquelle il collabore jusqu'en 1929. Aux éditions de cette revue, grâce à de l'argent de sa grand-mère maternelle morte en décembre 1926, est publié en 1928 son premier recueil, Les Cloches sur le cœur, qui rassemble des poèmes écrits entre 1922 et 1926. Il détruira ultérieurement la plus grande partie des 153 exemplaires. Il publie également en revue, en 1928, un texte sur la ville d'Uzès dans La Cigale uzégeoise et, en 1929, un poème ancien dans Le Feu d'Aix-en-Provence.

Au début de l'année 1929, aidé financièrement par le directeur de la maison d'expédition de Cavaillon où il avait travaillé, René Char fonde, à L'Isle-sur-la-Sorgue, la revue Méridiens avec André Cayatte, rencontré lors de son service militaire. Elle connaîtra trois numéros de mai à décembre. Dans le deuxième, il publie une lettre inédite du maire de Charenton sur la mort de Sade, trouvée dans la bibliothèque des sœurs Roze (où il découvrira également treize lettres inédites de Sade), ainsi qu'une nouvelle largement autobiographique, Acquis par la conscience. En septembre, il envoie l'un des vingt-six exemplaires hors commerce de son second recueil, Arsenal, publié en août à Nîmes, à Paul Éluard, qui vient lui rendre visite à l'automne à L'Isle-sur-la-Sorgue, où il passe trois semaines. À la fin novembre, René Char arrive à Paris, rencontre Louis Aragon, André Breton, René Crevel et leurs amis, adhère au groupe surréaliste au moment où Robert Desnos, Jacques Prévert et Raymond Queneau le quittent et, en décembre, publie Profession de foi du sujet dans le douzième numéro de La Révolution surréaliste. Durant quatre ans, il va collaborer aux activités du mouvement, dont il est le trésorier en 1931 et 1932.

Le 14 février 1930, les surréalistes saccagent à Paris le bar « Maldoror », lors d'une bagarre au cours de laquelle Char est blessé d'un coup de couteau dans l'aine. Il partage alors avec Éluard une vie libre et fastueuse et, en mai 1930, ils rencontrent ensemble « Nush » (Maria Benz), figurante sans travail et sans toit, laquelle vient habiter avec eux et épouse Éluard en 1934. Tandis qu'il lit les philosophes présocratiques et les grands alchimistes, Char publie une deuxième édition, remaniée, d'Arsenal puis, en avril 1930 à Nîmes, Le Tombeau des secrets, douze photographies, dont un collage de Breton et d'Éluard, légendées par des poèmes. Imprimé à Nîmes, paraît simultanément Ralentir travaux (d'après un panneau rencontré sur la route de Caumont-sur-Durance), recueil de poèmes écrits entre le 25 et le 30 mars en collaboration par Breton, Char et Éluard à Avignon et dans le Vaucluse. En juillet 1931 paraîtra L'action de la justice est éteinte aux Éditions surréalistes.

Aragon, Breton, Char et Éluard fondent en juillet 1930 la revue Le Surréalisme au service de la révolution. Char revient régulièrement en Provence, durant l'été près de Cannes et, en compagnie de Nush et Éluard, il s'embarque à Marseille, faisant escale à Barcelone pour séjourner à Cadaqués chez Salvador Dalí et Gala. Ses poèmes d'Artine paraissent en novembre aux Éditions surréalistes, chez José Corti, avec une gravure de Dalí. En février 1931, Éluard lui rend à nouveau visite à L'Isle-sur-la-Sorgue avec Jean et Valentine Hugo. Ils visitent les villages de Ménerbes, Gordes, Lacoste et Saumane[réf. nécessaire]. Char signe en 1931 les tracts surréalistes concernant le film L'Âge d'or (réalisé par Dalí et Luis Buñuel). Il s'associe aux surréalistes parisiens (Aragon, Breton, Éluard, etc.) pour dénoncer l'Exposition coloniale de 1931, décrite comme un « carnaval de squelettes ». Ils réclament également « l'évacuation immédiate des colonies » et la tenue d'un procès sur les crimes commis.

L'héritage qu'il a reçu de son père une fois dilapidé, Char loge en 1932 Rue Becquerel, dans un appartement aménagé par Éluard pour Gala. Pendant l'été, il voyage en Espagne avec Francis Curel, puis rencontre sur la plage de Juan-les-Pins Georgette Goldstein. Ils s'épousent à Paris en octobre 1932, Éluard étant l'un des témoins. En janvier 1933, Char séjourne à Berlin avec Éluard et signe un tract antifasciste. De juin à octobre 1933, le couple s'installe à Saumane. Durant l'hiver, Char revient à L'Isle, loue au début de 1934 un appartement à Paris, Rue de la Convention, séjourne en février au Cannet, rentre à L'Isle en avril, puis surveille à Paris, avec Georgette, l'édition chez José Corti du Marteau sans maître, d'abord refusé par Gallimard et illustré d'une gravure donnée par Vassili Kandinsky. Au mariage d'Éluard et de Nush, le 30 août, il est son témoin avec Breton.

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