René Cassin, né le 5 octobre 1887 à Bayonne (Basses-Pyrénées) et mort le 20 février 1976 à Paris, est un juriste, diplomate et homme politique français.
Membre du gouvernement de la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale, compagnon de la Libération, il a été rapporteur du projet de Déclaration universelle des droits de l'homme à l'Assemblée générale de l'ONU en 1948, vice-président du Conseil d’État de 1944 à 1959, et président de la Cour européenne des droits de l'homme de 1965 à 1968. En 1948, il fonde l’Institut libre d’étude des relations internationales (ILERI) à Paris. Il reçoit à la fois le prix Nobel de la paix et le prix des droits de l'homme des Nations unies en 1968.
Formation, Grande Guerre et premiers engagements
René Samuel Cassin naît à Bayonne de parents juifs : sa mère, née Gabrielle Dreyfus (1860-1944), est d'origine alsacienne ; son père, Azaria Cassin (1860-1959), commerçant en vins à Nice, descend de juifs portugais marranes établis à Coni, dans le Piémont, puis à Nice. Son oncle, le grand-rabbin Honel Meiss, le prépare pour sa bar-mitzvah.
Adolescent, il suit passionnément les échos de l'affaire Dreyfus. Après avoir fréquenté le lycée Masséna de Nice, il étudie le droit à l'université d'Aix-Marseille, et à Paris. Il est licencié ès lettres en 1908, puis docteur des sciences juridiques, économiques et politiques en 1914 ; il devient alors avocat au barreau de Paris.
La même année, il est mobilisé avec le grade de caporal-chef. En octobre 1914, au saillant de Saint-Mihiel, il est grièvement blessé au ventre et aux jambes par une rafale de mitrailleuse. Déclaré mutilé à 65 %, il portera toute sa vie une ceinture abdominale. Il est cité à l'Ordre de l'Armée et reçoit la Croix de guerre 1914-1918 avec palme et la médaille militaire.
Réformé, René Cassin est renvoyé à la vie civile. Il est chargé de cours à partir de 1916 à la Faculté de droit d'Aix-en-Provence et à Marseille. Reçu agrégé de droit en 1920, il devient professeur à la faculté de droit de l'université de Lille, poste qu'il occupe jusqu'en 1929. Il est ensuite professeur à la Faculté de droit de Paris, où il enseignera presque jusqu'à sa mort, en 1976, avec une seule interruption pendant la Seconde Guerre mondiale. Il enseigne également à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence.
Parallèlement à son enseignement, il s'engage dans les organismes nationaux et internationaux en faveur des anciens combattants et des mutilés dès 1916.
Il est l'un des fondateurs, secrétaire général puis président de l'Union fédérale des associations françaises de mutilés, réformés, anciens combattants, leurs veuves, orphelins et ascendants, devenue Union fédérale des associations françaises d’anciens combattants et victimes de guerre, la plus grande association d'anciens combattants de l'entre-deux-guerres.
Avec Adrien Tixier au Bureau international du travail, il fait avancer la réflexion sur le droit des anciens combattants (« droit à réparation » pour les victimes de guerre, carte de combattant) et crée à ce titre en 1926 le troisième office au sein de l'Office national des anciens combattants sur les avancées médicales (prothèse).
Il est aussi vice-président du Conseil supérieur des pupilles de la Nation de 1922 à 1936.
Il représente la France à la Société des Nations de 1924 à 1938, désigné par le gouvernement radical d'Édouard Herriot ; son mandat est renouvelé annuellement jusqu'à ce qu'il démissionne de ses fonctions après les accords de Munich.
Il y noue des relations avec des juristes internationaux et des personnalités politiques en militant par ailleurs pour un rapprochement entre la France et l'Allemagne, comme une partie de l'élite française de l'époque.
Plus pédagogue qu'homme de parti, il est battu aux élections cantonales d'Antibes de 1928, et sa candidature dans la circonscription d'Albertville en 1932 est refusée par les radicaux locaux.
À la déclaration de guerre, René Cassin est nommé à la direction de la documentation au Commissariat à l'Information.
Refusant l'armistice, René Cassin embarque sur un navire britannique, l'Ettrick, à Saint-Jean-de-Luz le 24 juin 1940 et rejoint le général Charles de Gaulle à Londres pour l'aider à poursuivre la guerre contre l'Allemagne. Il est donc l'un des premiers à le rejoindre. En conséquence, le régime de Vichy le poursuit pour trahison devant le tribunal militaire de Clermont-Ferrand, juridiction d’exception, qui le condamne à mort et le prive de sa nationalité française par contumace.
Responsable du service juridique de la France Libre, membre du Conseil de défense de l'Empire à sa création en octobre 1940, il écrit les statuts de la France libre, pour contrecarrer le gouvernement légal français. René Cassin ne parle pas anglais, mais connaît déjà des universitaires et des personnalités politiques de premier plan, comme le ministre des Affaires étrangères Anthony Eden. Il négocie ces statuts avec Winston Churchill qui signe la convention entre le général de Gaulle et le Royaume-Uni le 7 août 1940, reconnaissant la France libre comme seule organisation qualifiée pour représenter la France en guerre et assurant le financement britannique remboursable ultérieurement de l'état-major administratif de de Gaulle.
René Cassin est aussi l'artisan de la déclaration de 1940, qui entend démontrer l'inconstitutionnalité du régime pétainiste.