Les reliques (du latin reliquiae, « restes ») sont les restes matériels qu'a ou qu'aurait laissés derrière elle en mourant une personne vénérée : soit des parties de son corps, soit d'autres objets qu'elle a, ou avait, pour certains croyants, sanctifiés par son contact. Le culte des reliques reposant sur le possible transfert de la sacralité du corps saint sur la personne qui les touche, leur émiettement multiplie leurs bienfaits puisque chaque parcelle conserve la charge sacrale primitive. La conservation et le culte de dulie relative de ces restes (la vénération des reliques des saints), sont une pratique en vigueur dans plusieurs religions. Il en découle des croyances et des pratiques religieuses variées, mais aussi de vifs débats quant à leur authenticité, le commerce ou le culte quasi superstitieux dont elles ont été ou sont encore l'objet, les « détracteurs » des reliques qui pratiquent le scepticisme scientifique n’ayant souvent pas plus d’arguments décisifs pour prouver leur fausseté ou cette superstition que les défenseurs pour prouver leur authenticité, leur virtus ou leur potestas réelles.
À partir du siècle des Lumières qui voit les philosophes et écrivains de l'Encyclopédie combattre l'obscurantisme religieux, il y a un glissement des reliques de saints vers les reliques profanes de grands personnages historiques.
Les grandes religions face à la vénération des reliques
Aussi bien au sein du bouddhisme que du christianisme et de l'islam, la vénération des reliques crée spontanément plusieurs clivages. Certains croyants les vénèrent. Les autres croyants se divisent eux-mêmes en trois groupes. Les premiers encouragent ce culte tout simplement par cupidité, vu que la possession de telles reliques peut engendrer des revenus non négligeables. Les seconds le tolèrent, voire l'encouragent, dans la pensée qu'il faut garder prise sur la religiosité populaire en essayant de la canaliser vers des formes de vie religieuse plus évoluées. Enfin un troisième groupe considère qu'il faut combattre la superstition sans complaisance, et sans hésiter à détruire les objets de la vénération populaire. C'est le cas surtout des protestants du XVIe siècle, à partir de Luther et Calvin.
Il est évident que la relique remplit une fonction et que son existence répond à un besoin profond ou à une tendance de fond de la vie religieuse, puisque ce phénomène se manifeste spontanément au sein de sociétés très diverses, même antireligieuses. Ainsi, même le communisme athée soviétique conserve précieusement dans un mausolée sur la Place rouge de Moscou le corps momifié de Lénine dans un reliquaire de verre très semblable à celui de sainte Bernadette Soubirous, et on s'y rend en pèlerinage de tous les coins de l'ex-Union soviétique.
À qui servent donc les reliques ? Plusieurs réponses sont possibles selon le point de vue où l'on se place : théologique, psychologique, ethnologique ou sociologique. Chaque religion développe à ce sujet des arguments proprement théologiques, qui généralement font débat (parfois de manière très animée, jusqu'à la destruction des objets considérés).
Les grandes reliques en tant que palladium
L'esprit moderne, qui considère la religion comme une affaire personnelle, a tendance à comprendre le phénomène du seul point de vue de la psychologie et de la religiosité individuelle. Or cet aspect des choses n'est pas premier dans l'histoire des religions. L'existence des reliques répond d'abord à un besoin collectif d'identité et de sécurité.
Dans la tradition gréco-romaine, le palladium est une statue de Pallas-Athéna tombée du ciel et récupérée par le fondateur mythique de la cité de Troie. Elle rendait inexpugnable la cité qui le détenait, Athéna étant la déesse des citadelles. Selon la tradition grecque, le palladium avait été dérobé par Ulysse et Diomède pour s'assurer de l'issue de la guerre. Selon la tradition romaine, il est emporté par Énée en Italie et sera placé plus tard dans le temple de Vesta, à Rome.
Par suite, on appelle palladium tout objet symbolique et sacré dont la possession et le culte soudent le groupe d'un point de vue religieux, et le préservent des menaces extérieures. Corrélativement toute menace sur l'objet devient une menace pour le groupe. Ainsi, pour les reliques de saint Marc à Venise : elles ne sont pas seulement l'emblème de la cité, saint Marc est aussi le saint patron, c'est-à-dire le protecteur de l'État. C'est pourquoi aussi le roi David avait fait transférer à Jérusalem, la nouvelle capitale de l'état hébreu, l'arche d'Alliance.
Les reliques majeures et officielles de la cité ou de l'État sont sollicitées en cas de crise majeure, épidémie ou guerre[réf. nécessaire]. Ainsi, en 911, les Normands qui ravageaient impunément toute la France du Nord échouèrent devant les murs de Chartres, derrière lesquels le clergé du lieu portait en procession la sainte tunique de la Vierge Marie. De même à Thessalonique, où l'on conservait les reliques du saint martyr Démétrius : aux dires du chroniqueur local Jean Caminiatès, « ce sauveur de la patrie l'avait soustraite à maint péril, lui avait offert la victoire et, plein de compassion, avait souvent empêché qu'elle ne connaisse la guerre ».
À titre prophylactique, on vénère régulièrement les reliques par des fêtes à date fixe, généralement par des processions[réf. nécessaire], comme la Perahera de Kandy, au Sri Lanka, où une dent de Bouddha est promenée dans les rues de la ville sur un éléphant. Ainsi à Étampes, aujourd'hui en Essonne, comme dans tant d'autres villes européennes, du XIe siècle jusqu'à la Révolution française on promenait dans la ville, en présence de toutes les autorités constituées, la châsse de trois saints martyrs d'Aquilée du IIIe siècle appelés, là comme ailleurs, les « Corps Saints ». En Limousin, les ostensions limousines restent une manifestation populaire, qui tous les sept ans réunit religieux et habitants de plusieurs communes, qui à l'occasion décorent les villes et sortent les reliques de leurs saints.
Le sort des reliques est lié symboliquement à celui du groupe qui les révère[réf. nécessaire]. Ainsi, à Naples, si, lors de la fête annuelle et de l'ostension des reliques de saint Janvier, le sang de ce martyr conservé dans une ampoule ne se liquéfie pas, toute une partie de la population redoute une catastrophe dans l'année, tremblement de terre ou épidémie. Toute menace sur les reliques majeures est par ailleurs considérée comme une menace sur le groupe social ou sur le corps politique. Ainsi la disparition provisoire d'un poil de la barbe de Mahomet au sanctuaire de Srinagar plongea en 1963 le Cachemire dans le chaos. La destruction récente par une attaque terroriste du dôme de la mosquée de Samarra en Irak, où sont censées se trouver les reliques de l'imam Ali, visait le cœur de l'identité chiite[réf. nécessaire].
Les reliques en tant que talisman
L'individu autant que le groupe ressent un besoin profond de maîtriser son destin et les menaces qu'il sent confusément peser sur lui. Chez presque tous les peuples on constate le besoin multiforme de détenir et de manipuler des objets dotés de pouvoirs magiques, qu'on appelle, avec des distinguos qui varient selon les auteurs, amulettes, talismans, fétiches ou grigris, voire porte-bonheur. Ces talismans dans certains cas étaient partiellement composés de restes humains. Les grandes religions ont progressivement converti ces usages.
Au Tibet, les pèlerins rapportaient chez eux entre autres des lambeaux de vêtements qui avaient été portés par le Bandchan de Djachi-Loumbo.
En Gaule mérovingienne, les guerriers francs gagnés au christianisme faisaient grand usage de talismans chrétiens, os de saints ou poussière de leur tombeau, cette dernière parfois ingérée par les malades.
Au XIXe siècle et encore dans toute la première moitié du XXe siècle, le clergé catholique faisait une grande diffusion d'images pieuses où étaient collés un ou deux millimètres carrés d'une étoffe ayant touché les ossements d'un saint.