Ce Jour-là

Rei Kawakubo

Créatrice de mode japonaise

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Rei Kawakubo (川久保 玲, Kawakubo Rei), née le 11 octobre 1942 à Tokyo, est une styliste japonaise, fondatrice de la marque Comme des Garçons et une personnalité influente et respectée du domaine de la mode.

Elle est une des représentantes de l'Antimode des années 1980. Elle conçoit des créations avec une approche intellectuelle, loin des critères traditionnels de la beauté. Elle remet perpétuellement en question les principes établis. Ses vêtements androgynes aux montages étranges sont souvent plein de volumes et réfutent toute élégance ou féminité telle qu'elle est établie en Occident.

Rei Kawakubo reste une grande technicienne, maîtrisant textiles, matériaux et coupe, largement reconnue par ses pairs et par les médias, même si une grande perplexité reste de mise pour ces derniers. Ses collections, qualifiées au départ de look « Hiroshima Chic », et utilisant majoritairement des noirs, gris, puis rouges ou blancs, sont la référence du mouvement de la mode déconstructive. Ses collections présentées durant l'année 1981, 1997, puis 2012, ont plus particulièrement marqué l'histoire de la mode.

Elle est mariée à Adrian Joffe, devenu directeur général de la marque Comme des Garçons.

Rei Kawakubo nait en 1942. Son père est universitaire. En 1964, Rei Kawakubo sort diplômée de la prestigieuse Université Keiō, après avoir suivi des études de philosophie, littérature et beaux-arts. Elle travaille au département publicité de l'entreprise Asahi Kasei, puis, déçue par ce métier, commence une activité de styliste indépendante sans jamais avoir reçu de formation pour la mode. Très tôt, ses créations sont influencées par le Wabi-sabi, le « beau dans l'imparfait » ainsi que par les traditions vestimentaires japonaises.

Elle fonde la marque Comme des Garçons — allusion aux paroles de Tous les garçons et les filles de Françoise Hardy même si l'anecdote n'a jamais été confirmée — dans les années 1970. Elle présente sa première collection féminine et ouvre un point de vente à Tokyo. La vitrine ne montre rien, les vêtements sont au fond de la boutique et il n'y a pas de miroir. Sa première collection masculine, Comme des Garçons Man, arrive quelques années après. Rei Kawakubo est précurseur dans l'usage majoritaire — voire exclusif au début — du noir, couleur du deuil et du soir rarement présente dans les collections des stylistes ou couturiers durant cette époque. Son usage se répand dans les rues de Tokyo, le succès est là. Le noir va la suivre tout au long de sa carrière : toujours vêtue avec cette teinte, elle apparait en noir sur les photos, lors des interviews et celui-ci dominera ses créations durant de nombreuses années. Lorsque des couleurs se voient utilisées, c'est avant tout en monochromie.

Dans les années 1970 à 1980, avec Kenzo Takada, Issey Miyake ou Hanae Mori, une vague de stylistes japonais, remuant la mode occidentale, s'installe à Paris. Kenzo, précurseur, puis Miyake, ont ouvert les portes et plusieurs obtiennent une large reconnaissance. Ils seront plus d'une dizaine à défiler dans la capitale dans les années 1980. Avec Issey Miyake et Yohji Yamamoto, Rei Kawakubo va former dans les années à venir un trio représentant un mélange entre l'Orient et l'Occident, à la fois contemporain et inspiré d'un classicisme propre à la culture japonaise. La styliste ne résiste pas à l'appel de Paris. Elle y montre des vêtements « défaits, déconstruits, dépiécés ». Sa mode reste donc loin des « jeunes créateurs » français qui triomphaient à l'époque avec une mode flamboyante et colorée à base de silhouettes sexy et glamour.

En marge de la Semaine du prêt-à-porter, elle présente Lace son premier défilé, au même moment que Yohji Yamamoto son mentor. Ne pas être dans le calendrier officiel fait que ce défilé passe relativement inaperçu dans l'immédiat.

Mais, la rumeur progresse jour après jour ,et le défilé se voit qualifié de « véritable choc » et de « provocation » ; celui-ci fait sensation et efface tous les principes occidentaux sur la féminité alors en vigueur, comme tous les « canons esthétiques ». Pour les observateurs qui y ont assisté, parfois dubitatifs, ce premier défilé audacieux devient « cet électrochoc nippon laisse sans voix » ; mais dans les médias, il reste absent des colonnes. Outre Alaïa, Montana ou Mugler, peu de stylistes donnent leur avis, certains pariant même sur son absence d'avenir dans la mode. Pourtant, c'est bien une tempête que Rei Kawakubo a déclenchée.

Déconcertant, personne ne s'attendait à un tel changement radical et peu de défilés ont autant bouleversé le domaine de la mode. Celui-ci marque la fin de l'influence séculaire des créateurs parisiens sur les tendances mondiales, ainsi que l'abandon du bon goût et de l'élégance, passage obligé de la couture.

Une boutique Comme des Garçons ouvre dans la capitale française dès 1982. Par la suite, Rei Kawakubo étend ses activités vers le mobilier, dessinant, entre autres, durant une décennie, les sièges de ses boutiques.

Son second défilé, intitulé « Destroy », a lieu en 1982. Mais cette fois, la marque apparait dans le calendrier officiel. Comme le premier, le retentissement, la polémique même, est important, mais tous les médias sont alors au rendez-vous. L'élégance et la normalité sont une fois de plus mises à mal à travers des vêtements troués, des couleurs tristes, noires, des créations inachevées et des silhouettes difformes, s'éloignant une fois encore des préceptes du prêt-à-porter : les mannequins défilent avec des peintures de guerre sur le visage, la musique est faite de tambours ; Rei Kawakubo veut démontrer ce qu'est la beauté dans une pauvreté vestimentaire et l'imperfection. Malgré la large répercussion dans les médias qui surnomme cette collection « New Wave of Beauty », des critiques se font entendre. Son style d'alors, noir ou gris foncé, reçoit un temps le surnom d'« Hiroshima Chic », de « post-atomic » ou de « mode clochard » pour les plus critiques. Pourtant Rei Kawakubo ne change rien à sa ligne créative. Elle devient la figure de proue du mouvement Anti-fashion ou « no fashion » des années 1980 et source d'inspiration de la tendance minimaliste des années à venir.

Le centre Pompidou présente les créations de la styliste lors de l'exposition « Mode et photo » en 1986. Sept ans plus tard, le Kyoto Costume Institute intègre des créations de Rei Kawakubo dans ses collections. La même année, elle est récompensée par le Fashion Group International (en).

Junya Watanabe est le protégé de Rei Kawakubo. Il débute chez Comme des Garçons pour dessiner les produits « Tricot » de la marque. La créatrice lui laisse peu à peu, comme aux autres stylistes qui œuvrent pour sa marque tels Tao Kurihara, Jun Takahashi ou Fumito Ganryu plus tard, une grande part d'indépendance jusqu'à l'obtention d'une ligne à son nom. « Je leur ai donné la liberté de créer leur propre marque sous l'ombrelle de la société. C'est une manière de faire grandir CDG, un peu à la manière d'une guilde. » Ce développement incessant de nouvelles lignes aboutit à la création de dix-neuf labels différents, tous sous l'égide de Comme des Garçons et de Rei Kawakubo : « Je crée mon entreprise, pas seulement des vêtements. Les nouvelles idées porteuses de business, les stratégies de vente non conventionnelles et le développement des talents de la maison sont aussi des créations de Comme des Garçons. ».

Durant trois ans, Rei Kawakubo supervise la publication de Six (pour Sixth Sense, sixième sens), revue créée et financée par Comme des Garçons. Alors que certains ne pensaient trouver qu'un outil de promotion, la publication est majoritairement ouverte à d'autres créateurs, mais également au design, à la danse, à l'architecture, aux arts plastiques ou à la littérature ; ce magazine bisannuel fait alors appel à des grands noms de la photographie et ne comporte aucun texte.

Dans les années 1990, les teintes utilisées s'éclaircissent et le rouge entre notoirement dans ses collections. Après le lancement de plusieurs parfums, la styliste aborde ce nouveau siècle avec une série de collaborations diverses : avec Vivienne Westwood pour des produits vendus uniquement au Japon ou une ligne de sacs en collaboration avec Louis Vuitton afin de fêter les trente ans de la présence de la marque de maroquinerie au Japon. Elle dessine une collection capsule pour H&M soulevant quelques critiques sur la démarche, puis pour Hermès avec deux collections minimalistes de onze carrés. L'expérience avec Louis Vuitton est réitérée quelques années plus tard. Rei Kawakubo fait, tout au long de sa carrière, d'autres collaborations pour Repetto ou Speedo pour exemples. En 2001, Elle ouvre, avec son mari, un premier concept store à Londres, dans le quartier de Mayfair, intitulé Dover Street Market (en). Celui-ci est suivi d'un deuxième cinq ans plus tard au Japon, à Ginza, mélangeant sculptures, objets insolites ou vêtements d'autres créateurs. Puis, en 2013, un troisième à New York sur Lexington Avenue, ainsi que d'autres dans diverses villes du monde.

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