Reginald Pole (12 mars 1500, Staffordshire – 17 novembre 1558) est un ecclésiastique et auteur britannique de la Renaissance. Il fut le dernier archevêque de Cantorbéry catholique, cardinal de l'Église catholique romaine, légat pontifical à la première session du concile de Trente.
Il était le troisième fils de Sir Richard Pole et de Margaret Plantagenêt, descendant d’une ancienne famille du Pays de Galles, dont la mère était comtesse de Salisbury. Le père de Reginald se distingue dans les guerres d’Écosse ; devenu chambellan de la reine, puis gouverneur du Pays de Galles, il fut un grand seigneur de l’époque. Il avait épousé en 1491 Margaret Plantagenêt, comtesse de Salisbury, fille de Georges, 1er duc de Clarence et Isabelle Neville, nièce d’Édouard IV et sœur du comte de Warwick, Édouard Plantagenêt.
Selon Dom Reginald Biron, Margaret Pole, après la mort de son mari Richard Pole, en 1505, trouva un ferme appui dans le jeune roi Henry VIII qui, à cause de ce que les Tudors avaient fait subir à la famille Plantagenêt, voulait redonner une place à ses cousins dans la noblesse d'Angleterre. C'est ainsi que le roi devint officiellement le protecteur de ses jeunes cousins et Reginald put achever sa première formation dans la chartreuse de Sheen entre 1507 et 1512, et continuer ses études à l'université d'Oxford.
Une très bonne éducation humaniste à l’université d’Oxford (1512-1521)
Interne de Magdalen College à l'université d'Oxford de 1512 à 1519, il suivit l'enseignement de William Latimer et de Thomas Linacre. Étudiant brillant, féru de grec et de latin, instruments précieux pour l'étude de la logique et de la philosophie à laquelle Reginald s'adonna avec ardeur, il soutint une thèse sur la morale et la logique et il fut fait bachelier le 27 juin 1515. En février 1518 Henri VIII le nomma doyen de la cathédrale de Wimborne, dans le Dorset.
Cependant, Pole demeura à Oxford jusqu'en 1521, où il eut l'occasion de fréquenter des gens qu'il devait plus tard retrouver dans de hautes fonctions et qui eurent sur sa vie une influence décisive. Par exemple, c'est de son séjour à l'Université que datent ses premiers rapports avec Thomas More qui se prolongèrent jusqu'à la mort du chancelier. Initié à un humanisme anglais, une parenté spirituelle unit Pole à Colet, More, Fisher, intellectuels anglais « qui après avoir contribué pour une part à implanter l'humanisme en Angleterre furent des hommes silencieux et austères, les défenseurs les plus passionnés de l'unité de l'Église ».
Son premier séjour à Padoue et ses nouvelles amitiés parmi les intellectuels italiens (1521-1526)
Reginald Pole demanda au roi, à l’exemple de ses maitres d’Oxford, de compléter sa formation humaniste à Padoue. Henry VIII ne s’y opposa pas et, au contraire, il est même probable qu’il se trouvât fier des talents de son jeune cousin. À cette période, l’université de Padoue était un carrefour où se retrouvaient les esprits les plus brillants de toute l’Europe au point qu’Érasme la désigna Athènes de l’Europe. À Oxford, Reginald Pole eut d’excellents tuteurs, car la Seigneurie de Venise, en honneur de son rang, lui donna pour professeur de philosophie l’un des plus savants de l’époque, Niccolò Leonico Tomeo (it) ainsi que Romolo Quirino Amaseo qui devint par la suite secrétaire du pape Jules III. Or, deux autres professeurs de l'Université, Flaminio et Lazzaro Bonamico devinrent les amis intimes du jeune Anglais et firent partie de sa « famille », c'est-à-dire qu'ils vivaient sous son toit et mangeaient à sa table, ainsi qu’un jeune étudiant, Christophe de Longueil, dont la mort prématurée fit écrire au jeune étudiant anglais la Vita Longili « une de ses œuvres les plus belles et achevées ».
Mais Réginald Pole ne fréquentait pas uniquement à Padoue les cercles des maîtres et des étudiants. Sa situation sociale lui permettait de pénétrer dans les milieux les plus choisis où il fut longtemps connu sous le nom de Monseigneur d'Angleterre. Ce fut vraisemblablement un de ses maîtres qui l'introduisit auprès de l'illustre Pietro Bembo. Le célèbre poète vénitien, le prince des humanistes, installé à Padoue depuis la mort de son patron Léon X pour y soigner sa santé, fut bientôt gagné par le charme qui se dégageait de la personne du jeune anglais, qui lui faisait écrire de Pole : « Monseigneur d'Angleterre, outre qu'il est de très noble extraction, est le plus vertueux, le plus instruit, le plus sérieux jeune homme, qui se puisse voir aujourd'hui dans toute l'Italie. »
À Padoue, Pole rencontra aussi d'autres personnalités comme Gianmatteo Giberti (anciennement membre de la Curie romaine de Léon X), Jacopo Sadoleto, Gianpietro Carafa (le futur pape Paul IV), Rodolfo Pio, Otto Truchsess, Stanislaus Hosius, Cristoforo Madruzzo, Giovanni Morone, Pier Paolo Vergerio le jeune, Pietro Martire Vermigli (Pierre Martyr), et Vettor Soranzo, ces trois derniers ayant d'ailleurs été condamnés pour hérésie.
Son élection au collège de Corpus Christi College d'Oxford, le 14 février 1523, lui fournit l'argent nécessaire pour poursuivre des études à l'étranger encore quelques années.
Après ses années de formation à Padoue, Reginald Pole part pour un bref pèlerinage à Rome avant de débarquer dans sa patrie en 1526.
Le retour en Angleterre et le schisme (1526-1532)
Pole retourna en Angleterre en juillet 1526, traversant la France en compagnie de Thomas Lupset.
Dès son retour en Angleterre, Pole, par son rang et ses capacités, aurait pu avoir une place politique importante ; cependant il s’écarte très vite de l’entourage du roi en demandant de loger à la chartreuse de Sheen pour une vie plus paisible et s’adonner ainsi aux études de théologie que jusqu’à alors il n’avait pas entamées. Pour prendre encore plus de distance avec la cour et ses mesquineries, il sollicite du roi, peu de temps après, la permission d’aller faire ses études de théologie à l’Université de Paris.
Toutefois, à la fin de 1529, Henry VIII envoie des agents dans les diverses facultés d’Europe pour recueillir les opinions des théologiens et des canonistes en faveur de son divorce d'avec Catherine d'Aragon et faire pression sur le verdict de Rome : Reginald Pole, se trouvant déjà en France, fut sollicité pour s’occuper lui-même de ce dossier auprès des maîtres de la Sorbonne. Cependant, très vite, il demanda de renoncer à sa fonction au profit d’Edward Foxe. En effet, Pole était opposé à ce divorce ; Henri VIII lui refusa le siège de York, laissé vacant par la mort de Thomas Wolsey, et le diocèse de Winchester.
Malgré cela, en 1531, le roi Henry VIII fit signer aux deux chambres ecclésiastiques les 5 articles de reconnaissance de l’acte de suprématie royale : c’est le premier pas de la rupture avec Rome. Dans ce contexte de tension politique, dangereux pour ses idées, Pole demanda au roi de pouvoir partir en Italie pour perfectionner ses études. Malgré les convictions de son cousin, Henry VIII le laissa quitter le royaume en confirmant une pension annuelle de 400 ducats avec l’espoir que son protégé, avec le temps, consentirait à sa cause.
Son deuxième séjour à Padoue et les réseaux d’amitiés autour de Bembo et Contarini (1532-1536)