Le reclusoir des Innocents, également appelé reclusoir des Saints-Innocents, était un reclusoir situé dans l'enceinte du cimetière des Saints-Innocents et adossé à l'église des Saints-Innocents dans le quartier des Halles de Paris.
Il tient son nom de l'église des Saints-Innocents qui était dédiée aux « saints Innocents », enfants de Judée massacrés sur l'ordre du roi Hérode.
Le reclusoir, dont la porte était murée dès l'entrée de la recluse, était une espèce de cellule de pierre, étroite et ne recevant le jour et l'air que par deux sortes de meurtrières grillagées, dont l'une ouvrait sur la voie publique et servait à la recluse à recevoir ses aliments tandis que l'autre, appelée hagioscope, donnant dans l'église même, lui permettait de prendre part aux cérémonies religieuses.
La coutume voulait au Moyen Âge que l'on construise, auprès des lieux de retraite ou de prière, des cellules dans lesquelles des femmes ou hommes dévots s'isolaient volontairement de la société en signe de pénitence et de dévotion. À ne pas confondre avec les ermites qui s’isolaient volontairement de la société en signe de contemplation et de dévotion.
Contrairement à l’ermitage, l’Eglise catholique a toujours critiqué la réclusion et a fini par l’interdire.
Le cimetière des Saints-Innocents posséda jusqu'à deux reclusoirs à la fois, le premier entre l'église et la fontaine et le second du côté opposé.
De 1350 à 1421, on rencontre une recluse aux Innocents. Celle-ci reçoit régulièrement en aumône des rois de France une somme de vingt sous par an.
L'Histoire nous a laissé le nom de quatre recluses :
Jeanne la Verrière, ou Jeanne la Vodrière, enfermée volontairement dans la cellule le 11 octobre 1422.
Alix la Burgotte, religieuse à l'hôpital Sainte-Catherine, enfermée volontairement, qui y mourut le 29 juin 1466 après y avoir demeuré au moins 46 ans comme l'indiquait son tombeau situé dans l'église des Saints-Innocents.
Renée de Vendômois, femme du seigneur Jean de Saint-Berthevin, seigneur de Souday, enfermée à partir de 1485. Ayant fait assassiner son mari et s'étant rendue coupable d'adultère, elle fut condamnée par le prévôt de Paris à être brûlée vive sur la place du Marché-aux-Pourceaux. Mais le roi Charles VIII lui ayant fait grâce de la vie, sa peine fut commuée en une prison perpétuelle et elle fut condamnée à subir le châtiment que d'ordinaire les recluses s'imposaient d'elles-mêmes en expiation d'une vie déréglée. La sentence de son jugement, inséré aux registres du parlement de Paris, porte qu'elle est condamnée « à demourer perpétuellement recluse et enmurée au cymetiere des Saints-Innocents à Paris, en une petite maison qui lui sera faicte à ses dépens et des premiers deniers venans de ses biens, joignant l'église, ainsi que anciennement elle estoit ». On peut donc penser que le reclusoir initial était détruit à l'époque de cette condamnation.
Jeanne Pannoncelle, originaire de Saumur.
Un passage extrait d'un testament laissé par une bourgeoise de Paris morte en 1247 nous prouve qu'il y en avait quatre à cette époque, car ce testament contient un legs de 20 livres en faveur de quatre recluses des Innocents : « Quatuor inclusis Innocentium XX solidos ».
En 1496, l'official de Paris ayant enjoint aux marguilliers des Innocents de lui construire une logette, et ces derniers s'y étant refusés, ils furent frappés d'excommunication jusqu'à ce qu'ils se soumissent à cette injonction. On en peut conclure qu'au XVe siècle il y avait encore simultanément plusieurs recluses dans cette église.
Une femme nommée Alix La Bourgeotte, ou Alix la Burgotte, s'était retirée à l'hôpital Sainte-Catherine dans la rue Saint-Denis en tant que religieuse.
Après un certain temps, elle manifesta le désir de se cloîtrer complètement. Quand on eut éprouvé sa vocation, il lui fut permis d'exécuter son projet. Le 2 juillet 1424, elle acquit de Jean Nicolas, papetier, bourgeois de Paris, un terrain d'environ cinq toises, entre l'église et la fontaine des Innocents (la fontaine n'existait pas à cette époque), en bordure de la rue Saint-Denis, afin d'y établir son reclusoir. Elle y vécut saintement jusqu'au 29 juin 1466.
À sa mort, le roi Louis XI lui fit élever dans l'église auprès de laquelle elle s'était sanctifiée un tombeau de bronze sur lequel était représentée une religieuse tenant un livre ouvert. Par son testament, elle avait donné aux marguillers de la paroisse son reclusoir, ses heures à fermoirs d'argent, sa chapelle garnie de calice, nappe d'autel, missel, chasubles, ses reliques et le reste de tous ses biens :
« Le 28 juillet 1466, Me Robert Perier, prêtre, chappelain en l'église des Saints-Innocens, Michel Le Borgne, tondeur de draps, et Jehan de Sainct-Jehan, tailleur de robbes, demourans à Paris, comme exécuteurs du testament de deffuncte sœur Alix La Bourgeotte, en son vivant recluse en la dicte église, confessent avoir fait dellivrance aux dictz marguilliers de la maison ou recluz qui appartenoit à la dicte deffuncte et où elle soulloiet habiter et demourer, ensemble ses bonnes heures à fermoirs d'argent, sa chapelle garnie de calice, nappe, messel, chasubles et ses relicques et generallement le résidu de tous ses biens... »