Ce Jour-là

Raymond Roussel

Romancier et auteur dramatique français

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Raymond Roussel, né dans le 8e arrondissement de Paris, le 20 janvier 1877, et mort à Palerme, en Italie, le 14 juillet 1933, est un écrivain, dramaturge et poète français.

« On en sait plus sur Virgile que sur lui » écrit Jean Ferry en 1963. Pour résoudre certaines énigmes de sa biographie, on peut interroger Roussel lui-même en consultant Comment j'ai écrit certains de mes livres, publié deux ans après sa mort. On peut également consulter le travail critique de François Caradec qui produit en 1972 la première biographie de l'auteur. Depuis lors, de nombreuses archives inédites retrouvées en 1989 sont consultables à la Bibliothèque nationale de France et son œuvre est désormais traduite dans le monde entier.

Raymond Roussel est né le samedi 20 janvier 1877 à 6 h du matin au 25, boulevard Malesherbes à Paris dans un milieu extrêmement aisé. Ses parents sont Eugène Roussel, 44 ans, agent de change et fils d'un avoué normand, et Marguerite Moreau-Chaslon, 30 ans, fille du président du conseil d'administration de la Compagnie générale des omnibus, Aristide Moreau-Chaslon. Il est le cadet d'une famille de trois enfants : un frère, Georges, et une sœur, Germaine. Sa mère insiste pour qu'il quitte le lycée et rejoigne le Conservatoire, malgré les résistances de son père. En octobre 1893, il est admis au Conservatoire national supérieur de musique de Paris dans la classe supérieure de piano de Louis Diémer, qu'assiste alors Victor Staub. Parmi ses camarades, figurent notamment Louis Aubert, Gabriel Grovlez, Jean Gallon, Alfred Cortot et Lazare-Lévy. Ses études sont peu couronnées de succès : la mort de son père l'empêchant de se présenter aux épreuves de 1894. S'il concourt en 1895, 1896 et 1897 et 1898, il finit par quitter l'établissement, muni seulement d'un premier accessit. Après s'être vainement essayé à la composition, « la musique restant rebelle », il décide à dix-sept ans de ne plus faire que des vers, dans une versification parfaite, il écrit nuit et jour pendant de longues périodes.

En 1883, la famille Roussel quitte le boulevard Malesherbes pour s'installer dans un hôtel particulier, au 50, rue de Chaillot qui devient le 20, rue Quentin-Bauchart, et est l'adresse de Raymond de 1928 jusqu'à sa mort. En 1886, il entre au collège Janson-de-Sailly, il est un élève plutôt médiocre et le quitte en 1891, à 14 ans.

En 1894, sa mère, sa sœur et lui-même héritent de la fortune du père, ancien agent de change, mort le 6 juillet. Cette fortune, qui sera gérée par le père de Michel Leiris, est alors estimée à environ 40 millions de francs-or. Raymond Roussel commence à écrire des vers pour accompagner ses compositions musicales. À 17 ans, il écrit Mon âme, un long poème publié trois ans plus tard dans Le Gaulois.

En 1896, il commence l'écriture d'un long poème intitulé La Doublure. Pendant la rédaction de cette œuvre, il a ce qu'il appelle une « curieuse crise » où, durant quelques mois, il éprouve une « sensation de gloire universelle d'une intensité extraordinaire ». En octobre, il est à Milan avec sa mère. Il s'éveille à la vie et à la poésie.

La Doublure, paru le 10 juin 1897, est son premier livre et un échec complet : « J'eus l'impression d'être précipité jusqu'à terre du haut d'un prodigieux sommet de gloire », témoigne Roussel. Il subit une crise marquée par une éruption cutanée qui évoque la scarlatine par sa couleur et tombe en dépression. Il est soigné par un médecin de famille, et, par la suite, par plusieurs psychiatres, dont Pierre Janet qui décrit son cas sous le nom de Martial (emprunté à Locus solus, ainsi que Roussel l'explique lui-même) dans De l'angoisse à l'extase (1926). C'est le docteur Benjamin-Joseph Logre (1883-1963) qui, pour soigner ses insomnies, lui prescrit les barbituriques qui provoquent une assuétude funeste.

Raymond Roussel fréquente les salons mondains, y rencontre Marcel Proust, Reynaldo Hahn. En 1899, il rend visite à Jules Verne. Il admirait aussi Pierre Loti et Paul Bourget.

Au moment de la parution d'Impressions d'Afrique, en 1910, il est de nouveau déçu. Le roman reçoit peu d'échos. Personne ne s'y intéresse, sauf Edmond Rostand qui propose d'en faire une « pièce extraordinaire ». Roussel en fait alors jouer successivement trois versions, mais la critique s'acharne sur la pièce, qui est un échec.

L'année 1911 est marquée par la mort de sa mère en octobre. Sa sœur, Germaine Roussel (1873-1930), duchesse d'Elchingen, s'installe dans l'hôtel particulier familial. Raymond part de temps en temps se reposer à la Villa Chaslon-Roussel, située sur le front de mer de Biarritz, construite par Walter-André Destailleur et élevée sur un ancien terrain de la famille Bonaparte. Elle sera revendue en 1917. En 1913, il est nommé officier de l'Instruction publique.

En janvier 1914, c'est la parution du roman Locus Solus qui n'est guère mieux accueilli que les précédents. Durant le premier conflit mondial, il demande à être mobilisé et servir comme chauffeur au service des armées et l'obtient. Il fait teindre tous ses habits en noir en signe de deuil. Il tombe malade en mars 1918 et passe les six derniers mois de la guerre à l'hôpital, affecté par une jaunisse, puis une scarlatine. En 1919, sans doute aussi grâce à ses nombreux dons — il offre 50 000 francs à la maison de retraite de la Légion d'honneur —, il reçoit la médaille commémorative française de la Grande Guerre et la médaille interalliée dite de la Victoire.

En 1920 et 1921, Roussel effectue un tour du monde. Il séjourne notamment à Tahiti, sur les traces de Pierre Loti et prend de nombreuses photographies. Son homme d'affaires, Eugène Leiris (père de Michel) lui signale que pour la première fois ses dépenses annuelles, qui atteignent presque 1,5 million de francs, dépassent ses revenus. Roussel dépose alors un brevet, le 18 septembre 1922, intitulé Utilisation du vide à la non-déperdition de la chaleur pour tout ce qui concerne l'habitation et la locomotion : des tubes de verre vide insérés entre les cloisons, plafonds et planchers des habitacles permettent d'y maintenir un climat tempéré. Pour tester son isolant, il fait construire un gros cube dans son jardin de Neuilly. Le brevet lui est délivré le 14 décembre 1923.

En 1922, Roussel charge Pierre Frondaie de faire une adaptation théâtrale de Locus solus avec Gabriel Signoret en tête d'affiche, qui rencontre aussi un notable insuccès et provoque même des disputes : la première représentation a lieu le 7 décembre au théâtre Antoine et convoque rien de moins que Maurice Fouret (1888-1962) à la musique, Paul Poiret aux costumes et Émile Bertin (1878-1957) aux décors. Spectacle coûteux, entièrement financé par Roussel, il accède ainsi à une forme de célébrité par le scandale.

Le 5 mai 1924, pensant que ses pièces échouaient parce qu'elles n'étaient que des adaptations, Roussel écrit directement pour la scène L'Étoile au front, mais c'est encore un échec accompagné de protestations et de bagarres : « Pendant le second acte, un de mes adversaires ayant crié à ceux qui applaudissaient : « Hardi la claque », Robert Desnos lui répondit : « Nous sommes la claque et vous êtes la joue ». Le mot eut du succès et fut cité par divers journaux. »

Le 2 février 1926, La Poussière de soleils, sa dernière pièce, est jouée au théâtre de la Porte-Saint-Martin, dans les décors de Numa et Chazot : « On s'arracha les places, et l'affluence y fut énorme. Beaucoup ne venaient que pour avoir le plaisir d'assister à une séance houleuse et d'y jouer leur rôle. Cependant la représentation fut calme. » La critique fut toutefois encore assez négative. Au même moment, il présente à la presse dans les jardins de son hôtel particulier à Neuilly-sur-Seine (La Revue du Touring Club de France, L'Illustration) son invention, une « villa-nomade », en réalité un camion Saurer aménagé en « maison roulante », qu'il appelle « sa roulotte », avec chambre-salon, salle de bains et logement du personnel. Entre la fin 1926 et début 1927, il fait Paris-Rome en roulotte et fait visiter celle-ci à Mussolini.

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